Languedoc : le capitalisme nuit gravement à la santé des salariè-es

     Pendant que la courbe du chômage poursuit sa courbe ascendante, celle des arrêts maladies suit la même dynamique. Pas de quoi étonner les anticapitalistes.Quand seuls comptent les taux de profit, quand la vie humaine ne vaut que comme matériau exploitable et jetable à volonté, la santé ne pèse pas lourd  ... sauf dans les comptes de la Sécurité Sociale !               npa 34
Un rapport parlementaire dénonce l'explosion des arrêts maladies.
En Languedoc-Roussillon, les conditions de travail sont pointées du doigt.
(MIDI-LIBRE 27/O4/2013)
Comment faire face à l’inflation "préoccupante" des arrêts maladie ? Etabli sur la base d’un document de la Cour des comptes paru en juillet, le rapport parlementaire d’évaluation et de contrôle du financement de la Sécurité sociale pointe, cette semaine, l’alourdissement des indemnités journalières de 4,3 milliards d’euros en 2000 à 6,3 mds € en 2011. Il dénonce aussi l’inefficacité de mesures de surveillance coûteuses, 6,8 M€ par an.

La région n’est pas épargnée, presque toujours hors des clous si l’on considère le nombre moyen de journées d’arrêt par salarié chaque année : 9,2 en Aveyron et dans l’Hérault, 10,3 dans l’Aude, 12 dans le Gard quand la moyenne nationale s’établit à 9,1 en 2010. Seule la Lozère est en deçà, avec 6,5 jours.
Mais avec 35,4 jours indemnisés en moyenne par patient en arrêt, le département rural est largement au-delà des chiffres relevés dans le Nord de la France (18 jours). Ce sont ces disparités régionales que le rapport parlementaire incite à mieux cibler pour plus d’efficacité. Avec d’autres pistes : "responsabilisation des salariés", suivi accru des médecins gros prescripteurs, généralisation des contrôles dans la fonction publique...

"Les Français souffrent quand on les fait travailler de façon incohérente" Aurélie Pain, rattachée au CNRS
"La caisse d’assurance-maladie fait déjà passer le message", témoigne Serge Fromental, généraliste à Montpellier. L’œil sur son dernier relevé d’activité professionnelle qui rappelle le volume annuel d’arrêts maladie prescrits par médecin en Languedoc-Roussillon (2 169 jours) et la moyenne par patient (33,70 jours), le généraliste, moins prescripteur que ses confrères, n’a pas été inquiété.
Il n’en voit pas moins "de plus en plus de gens avec un mal-être au travail", et "de plus en plus d’arrêts maladie".
Aucun secteur d’activité n’est épargné
Cas typique : cet ingénieur brillant en fin de carrière, privé brutalement de secrétaire il y a six mois. "On lui a demandé de rédiger lui-même des rapports d’activité. Pour un homme de terrain qui a toujours fonctionné différemment, c’est impossible. Il est en dépression depuis trois mois. On envisage un départ à la retraite anticipé", rapporte le médecin.
Ce sont ces situations que traque Aurélie Pain, référent du centre d’étude et de recherche sur le travail (Certop) du CNRS à Toulouse. Elle a créé une société spécialisée dans la prévention du stress et de la souffrance au travail, pour désamorcer les situations de crise qui conduisent à l’arrêt maladie. Basée à Carcassonne, RHéponses intervient dans de grosses sociétés, jusqu’à Paris.
Un contexte de "morosité ambiante"
Pour la jeune femme, l’augmentation sensible des arrêts de travail ne repose pas plus sur des patrons "psychopathes", "c’est rare", que sur des salariés trop prompts à dégainer la feuille marron au moindre conflit : "Les Français sont travailleurs et ils sont attachés à la qualité de ce qu’ils font, ils ne sont pas résistants au changement mais ils souffrent quand on les fait travailler de façon incohérente."
Elle constate la multiplication des "accidents organisationnels" et des "irritants relationnels", dans un contexte de "morosité ambiante" et d’intensification des rythmes.
Exemple ?
"Une personne fait la paye depuis des années. Le patron recrute, pour l’aider, un jeune plus diplômé qu’elle. Elle commence à se sentir sur la sellette. Dans la foulée, il déménage son bureau pendant ses vacances, et quand elle revient, c’est lui qui est en congés et qui ne peut pas lui expliquer cette réorganisation. La situation se gangrène. Elle explosera sur un épiphénomène, le jour où le patron fera une réflexion banale sur un dossier qui n’a pas été rendu assez vite. L’arrêt de travail surviendra peut-être quand la situation n’est pas la plus problématique", constate Aurélie Pain.
Adepte de la prévention, elle prône le retour d’une "conscience collective" où "chacun fait un bout de chemin", plutôt que d’user de "la répression à tout va".
La chasse aux fraudeurs 
Mais sur le terrain, c’est bien la chasse aux fraudeurs supposés qui est lancée. En Aveyron, on n’a pas attendu un feu vert national : face à l’envolée du coût des arrêts de travail (+7,3 % en 2011), soucieuse du "bon usage des deniers publics" et attentive à ce que "les dépenses de santé engagées correspondent à un besoin", la CPAM a lancé cet hiver le slogan : “Arrêt de travail, c’est mon médecin qui décide”. Avec une augmentation des contrôles annoncée.
SOPHIE GUIRAUD