Banques. Le gouvernement est leur "chevalier blanc" !


 Qui c'est le plus capitaliste des ministres des finances européens ? Cocorico, c'est le "socialiste" Michel Sapin !

[A lire ci-dessous A notre avis]

Extraits

Une fois de plus, le projet de taxation sur les transactions financières n’a pas abouti lors de la réunion des ministres des finances le 7 novembre. Le gouvernement français en porte la responsabilité. Contre l’avis de nombre de pays européens, Paris fait tout pour préserver les intérêts des banques, en réduisant cette taxe à une mesure symbolique. […] 

En février 2013, [le projet] semblait sur le point d’aboutir. La commission chargée du marché intérieur avait présenté ses travaux : elle prévoyait d’imposer une taxe de 0,1 % sur les actions et les obligations et de 0,01 % sur les produits dérivés.

Mais tout a capoté par la faute de la France. 

Le texte était à peine révélé que la fédération bancaire française, au nom de toutes les grandes banques, s’élevait contre ce projet qui allait, selon elle, mettre à terre le modèle français de la banque universelle. Très engagées dans les opérations financières sur les dérivés, les banques françaises estimaient que cette taxe allait les ruiner, en détournant les opérations vers d’autres places financières non soumises à la taxe.

Convaincu par de si sérieux arguments, le ministre des finances d’alors, Pierre Moscovici, faisait volte-face en moins d’un mois. Au nom de la « défense de la Place de Paris », il ne pouvait accepter une telle taxe. […] 

Depuis, tout piétine. Reprenant le dossier, Michel Sapin s’est fait le porte-parole des banques françaises. Il propose une taxe sur les transactions financières, vidée de sa substance. Son projet prévoit de dupliquer au niveau européen ce qui se pratique déjà en France pour les particuliers depuis 2012. […] Réduite à la portion congrue, comme le propose Bercy, [la taxe] ne rapporterait plus que quelques milliards par an. […]

La proposition française est tout sauf désintéressée : elle est bâtie sur mesure pour préserver les intérêts des banques françaises. Comme d’habitude, le diable est dans les détails. Ainsi, en proposant de limiter la taxation aux seuls CDS [(credit default swaps), dont le grand public a découvert la dangerosité lors de la crise financière], la France protège l’activité des banques françaises sur les opérations sur tous les autres dérivés. Or, ces dernières figurent dans les premiers rangs mondiaux quant aux opérations de dérivés de change ou de taux.  

[…] L’ONG Oxfam propose pour sa part un tout autre mécanisme : celui du bénéficiaire effectif. « Grâce à ce modèle, la taxe sur les transactions financières s’appliquerait à toutes les transactions effectuées pour le compte d’un résident fiscal dans l’un des dix États membres de la coopération renforcée ». […]

Les banques françaises sont vent debout contre cette proposition. Et l’État français, alors même qu’il serait gagnant avec ce mécanisme, s’est rangé à leur avis. […]

L’alignement constant des ministres des finances sur les positions du lobby bancaire français finit par poser question. Après la farce de la séparation des activités bancaires, et aujourd’hui le projet de taxation sur les transactions financières, Bercy est en train de s’activer pour vider aussi de son contenu la réforme sur les sauvetages bancaires, adoptée au niveau européen [qui prévoit qu'à l’avenir, ce serait aux banques de se sauver elles-mêmes]. […] Les banques françaises ont protesté quand elles ont découvert les premières ébauches de la taxation : compte tenu de leur taille, et donc du risque systémique qu’elles représentent, elles devraient être les premières contributrices à ce fonds. […] Paris est tout de suite monté au créneau pour défendre le système bancaire français. […]

La sollicitude du gouvernement français ne s’arrête pas là. Selon des rumeurs répétées, Bercy serait prêt à accorder la déductibilité fiscale sur les sommes versées par les banques françaises à ce fonds européen de sauvetage. Interrogé à ce sujet, Michel Sapin a reconnu qu’en effet, ses services travaillaient sur un tel projet. Si une telle mesure était adoptée, elle reviendrait à nier tous les engagements pris au niveau européen. Si les banques obtenaient une exonération fiscale des sommes versées au fonds européen, ce serait au bout du compte encore et toujours l’État français, et donc les contribuables, qui payerait pour les banques.

L'article complet (réservé aux abonné de Médiapart) est accessible en cliquant ici

Dans le même ordre d'idées

A notre avis

L'article ci-dessus de Martine Orange, publié dans Mediapart, confirme, une nouvelle fois, sur un des sujets test du rapport au système capitaliste, le positionnement vis-à-vis du système bancaire, que le gouvernement français est aux avants-postes de la défense de celui-ci. Or les banques sont au coeur de cette crise, "leur" crise (dont la financiarisation spéculative des économies est une des pièces maîtresses), que ledit système s'acharne à faire payer aux peuples; avec l'aide de leurs alliés politiques dont, pour la France, les socialistes français s'avèrent être parmi les plus serviles. Ce qui nous est décrit dans ces lignes de la constance frénétique de "nos socialistes" à défendre les intérêts de la boutique banque doit être interprété comme autant de marques de la constance corrélée de cette "gauche" à multiplier les agressions contre les droits et les conditions de travail et de vie de la population. Ces agressions sont le prix que les "socialistes" sont décidés à payer (à faire payer) pour maintenir les profits des banques et de tout ce qui est accroché socialement et économiquement à elles !

Cette ligne force de ce qui nous est exposé dans cet article ne doit pas être obscurci, à notre avis, par la question de savoir si une telle taxe est légitime, justifiée, etc. Pour illustrer notre point de vue à ce sujet, relisons ce qu'Alain Krivine, alors député européen pour la LCR, avait été amené à expliquer, en  2000, sur la position qu'il avait défendue au Parlement européen et qui lui avait valu certaines critiques, à propos de la taxe Tobin :

Une fois de plus, la volonté des groupes de gauche au Parlement européen d'accéder à un compromis avec une partie de la droite aboutit à une résolution dont nombre de considérants nous ont obligé à nous abstenir alors que nous avions soutenu, initialement, la mise à l'ordre du jour d'un débat sur la taxe Tobin.

Notre explication de vote, livrée le 19 janvier, est la suivante : 


“Nous avons voté la demande de mise à l'ordre du jour d'une discussion sur la taxe Tobin parce que nous sommes convaincus que son application, même limitée à l'Europe, serait un premier pas vers plus de justice sociale et vers une autre répartition des richesses. Nous n'avons pas, pour autant, la moindre illusion sur le fait que cette taxe, à elle seule, puisse supprimer les causes mêmes de la misère, liées au système économique et financier qui domine la planète. Nous votons pour tout ce qui va dans le sens de demander à la commission d'examiner la faisabilité de la taxe Tobin. En revanche, nous ne votons pas les considérants de la résolution de compromis présentée par les socialistes, la Gauche unitaire européenne, les Verts et les libéraux, qui visent à défendre et réguler le système économique dominant et à "assurer le fonctionnement des marchés financiers globalisés, même débarrassés de leurs excès". Le 20 janvier 2000.

Plus d'infos sur cette question ici

Le choix, en 2014, de divers Etats européens de mettre en place une taxe sur les transactions financières obéit, sans l'ombre d'une hésitation, à cette volonté de "défendre et réguler le système économique dominant et d' "assurer le fonctionnement des marchés financiers globalisés, même débarrassés de leurs excès" qu'Alain Krivine critiquait. Il n'en est que plus symptomatique qu'un Sapin, emporté par la logique irrécusablement social-libérale de son parti, en arrive à être plus libéral que les libéraux, ses partenaires européens, pourtant seulement désireux de corriger certains "excès" du système ... pour ainsi mieux le pérenniser !

A lire aussi

 

NPA 34, NPA