samedi 13 février 2016

Cosse perdue de l'écologie...


Em-Manuel-Cosse

« Elle incarne le vieillissement social de toute une génération qui, à des exceptions près, était vouée à occuper des positions de pouvoir après les avoir contestées. » 

Etre débauché-e par les socialos n'est pas de tout repos : ils crachent le morceau et savonnent les planches ... : Manuel Valls balance le lobbying d’Emmanuelle Cosse pour entrer au gouvernement

Avertissement du blog NPA 34 (lire ci-après)


La trajectoire d’Emmanuelle Cosse, qui incarna jadis une voix militante, libre et radicale, l’a donc conduite sous les lustres d’un ministère. Désormais "responsable" et "pragmatique", elle représente l’échec politique d’une génération. Opinion.

Ce qui, au fond, me gêne dans le cas d’ Emmanuelle Cosse (je ne dirai plus "Emma Cosse", "Emma" est morte) – au-delà de la personne et de ses positions et prises de positions successives, assez prévisibles pour qui voulait bien voir l’évidence –, c’est le mal qu’elle fait à la parole politique et sa dignité, j’allais dire sa beauté. Car, qu’on le veuille ou non, et surtout qu’elle le veuille ou non, elle aura un temps incarné cette merveilleuse "parole en première personne" d’Act-Up qui, contrairement à ce que laisse penser l’expression, était tout le contraire d’une parole personnelle, d’une parole visant des intérêts personnels, et à faire valoir des positions personnelles.

Non, la "parole en première personne" était tout le contraire d’une parole officielle et autorisée par des positions de pouvoir. C’était une parole qui ne s’autorisait que d’elle-même, pour bousculer les privilèges de la parole politique légitime. C’était une parole qui ne parlait pas au nom des autres, ne représentait pas des voix (des voix que l’on peut compter et faire compter dans un congrès, un vote), mais faisait entendre une voix qui ne comptait pas (celle des séropos, des homos, des migrants, des toxicos, des putes, etc.). Cliquer ici

Illustration par NPA 34

Avertissement du blog NPA 34

Nous proposons à la lecture ce billet car il déjoue ironiquement la fausse piste de son titre : il ne règle pas l'analyse sur le parcours (le destin ?) d'un individu mais sur ce dont celui-ci est en quelque sorte la métaphore, à savoir la dérive d'une génération, voire, selon nous, d'un collectif plus intergénérationnel; celui d'un groupe d'activistes très radicaux qui se sont affirmés, à un moment donné, en porte-à-faux délibéré,  hyperboliquement assumé, vis-à-vis de ce qui verrouille le système capitaliste d'exploitation, les institutions. 

Emmanuelle Cosse a longtemps été ce que son entrée à Europe Ecologie Les Verts l'a imparablement et immédiatement fait cesser d'être : une révoltée comme on en a besoin quand on se donne l'horizon stratégique si nécessaire de la révolution, si nécessaire mais si incantatoire s'il ne se nourrit pas des révoltes iconoclastes de l'instant. Emmanuelle Cosse, en entrant au gouvernement des ennemis emblématiques des révoltes, se trahit elle-même, en tant qu'actrice sociale, autant qu'elle trahit ce qui l'a fait advenir à la politique : la radicalité des ruptures. On laissera le billet ci-dessus décliner avec pertinence les diverses facettes de cette intégration de l'alternative à la morne plaine des gestionnaires gris et violents de l'ordre injuste qui opprime et exploite des millions de personnes d'ici et d'ailleurs. 

On contestera seulement que l'on puisse dire (seul point faible de cette excellent texte) que "nul ne saurait contester un choix qui est tout personnel, au sens propre cette fois." Toute l'argumentation déployée montre paradoxalement, sens propre compris, qu'il ne s'agit pas de cela : l'accession d'EC, avec quelles contorsions, à un ministère des salauds qui nous gouvernent, après le parcours que l'on vient d'évoquer, n'autorise pas que l'on cède à la rhétorique euphémisante, en forme de boucle stérile, du choix personnel forcément honorable en soi car... personnel. S'abandonner à être ministre de Valls c'est signer, dans sa négativité la plus totale, que son nom soit personne... au sens propre du masque, ici du théâtre du pouvoir politique des dominants ! Ce que, au demeurant, dit brillamment ce texte et qui rend donc superflue la concession susmentionnée. Pardon de ne pas avoir laissé passer ce tic de langage contreproductivement, car apolitiquement, complaisant.

Tout cela étant posé, reste à se coltiner le vaste chantier, incontournable, de la reconstruction de ce que à quoi Emmannuelle Cosse a tourné définitivement le dos : la politique de l'éruption par les révoltes et les révolutions... Il n'est jamais trop tard pour s'atteler à ce travail mais en posant impérativement les garde-fous évitant de répéter les sorties de route politiques comme celle à laquelle nous venons d'assister et par laquelle le pouvoir perpétue, en quelques sinuosités bien contrôlées, ses énormes nuisances.

Antoine 

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