Montpellier. Migrants: stop humiliations !

La préfecture persiste, la mobilisation continue.

29 juillet


C'est un tout petit bureau, 8m2 maximum, sans fenêtre, dans les coulisses du service immigration de la Préfecture. Nous sommes 3 physiquement autour du bureau...

28 juillet

Babiker a été expulsé (récit)

Les amis repartent chez eux, persuadés que le juge judiciaire, garant des libertés de chacun en matière de privation de liberté injustifiée, va statuer ce matin et libérer Babiker. Qu’à cela ne tienne, la préfecture n’attendra pas la décision du juge et ramène Babiker à l’aéroport en catimini dans la soirée, pour un vol à 22h pour Paris, puis ce matin pour Bologne en Italie. Reparti quasiment à la case « départ », Babiker lutte aujourd’hui contre le désespoir, se demande où il va dormir ce soir, nous dit : « ma vie sans France va être difficile ». Le texte intégral est à lire ci-dessous

 26 juillet : Communiqué du Collectif Migrants Bienvenus 34 (lire ci-dessous)

Hier, lundi 24 juillet, malgré la période estivale, une cinquantaine de personnes se sont réunies devant la préfecture pour dénoncer l’assignation à résidence de 6 soudanais hébergés au CAO, centre d'accueil et d'orientation, de Montpellier.

Ces personnes sont le coup de la procédure  "Dublin" et ne peuvent déposer une demande d'asile en France. Suite au rendez vous du collectif en préfecture début juillet, ils n'ont pas été "dédublinés" (comme ce fût le cas pour d'autres dont le dossier a été accepté). Déjà très inquiètes par la précarité de leur situation en France, elles doivent, depuis le 18 juillet, se présenter tous les jours au commissariat de police de Montpellier avec tous leurs effets personnels, avec l'angoisse permanente d'être renvoyés en Italie. (voir communiqué du collectif Migrant-e-s Bienvenue 34).

Des militantes du collectif Migrant-e-s Bienvenue 34 ont rappelé la promesse de Michel Lalande, Préfet du Nord, faite aux réfugiés  du camp d'accueil de grande Synthe, détruit par un incendie en avril dernier: pour les convaincre de la pertinence de monter dans les bus affrétés pour les envoyer en régions, alors que tel n'était pas leur projet, le préfet avait prononcé des paroles rassurantes et promis que s'ils acceptaient de faire confiance à l'administration, ils ne seraient pas renvoyés aux frontières. La presse s'était fait alors l'écho de ces propos. A Montpellier, le collectif a accueilli ces exilés, traumatisés pour la plupart par leur longue errance. Et aujourd'hui, non seulement l’État ne tient pas ses promesses, mais accentue la répression  de ces demandeurs d'asile! 

Un militant d'un collectif cévenol, tout juste arrivé d'Italie avec trois autres militants, a ensuite décrit la réalité de l'accueil des réfugiés venant de France "dublinés" en Italie. D'aéroports en services préfectoraux et même ministériel, le petit groupe a réussi à être reçu par des autorités administratives et a pu constater combien l’administration italienne est débordée par le nombre des réfugiés, les "dublinés" de France ne faisant l'objet d'aucun accueil ni traitement particulier, et étant souvent renvoyés vers leur pays d'origine. L'Italie demande avec force aux autre pays de l'UE d'accueillir les migrants. Ce militant interrogeait le sens de ces procédures Dublin pour des demandeurs d'asiles accueillis, parrainés par des habitants et qui ne demandent qu'à s'intégrer.

La préfecture a refusé de recevoir le collectif MB34. Celui-ci nous demande de rester prêt à nous  mobiliser le jour de l'entrevue, en solidarité et en soutien aux soudanais. Demande est faite également pour les personnes qui le peuvent de les accompagner quotidiennement au commissariat.

En finir avec le règlement Dublin, ‬pour un vrai droit d'asile en Europe : http://www.stopdublin.fr/

Correspondante NPA34

Sur Midi Libre  

Migrants : le bras-de-fer continue à Montpellier


Rassemblement ce lundi 24 juillet du collectif de soutien aux personnes exilées. 

Communiqué




29 juillet, pris sur FB

Une histoire, des histoires ... à diffuser largement.
28 juillet 2017
Babiker a été expulsé très discrètement hier soir, de l’aéroport de Montpellier vers Bologne en Italie, où il est arrivé ce matin…
Et c’est reparti… ! Désespoir pour lui. Trahison pour nous.
Babiker 26 ans né au Darfour Ouest : ah.., ce n’est pas de chance, ça fait 30 ans qu’au Darfour, des bandes armées alimentées par le régime en place tuent, torturent, violent, pillent, en toute impunité ; l’ONU impuissante ou presque ; une des pires dictatures de la planète.
Babiker réfugié à Kartoum : dans un bidonville avec sa famille, pas de paix, on ne les laisse pas s’installer, pas d’études possibles, considérés comme des opposants du Darfour, surveillés, traqués, harcelés sans cesse…
Babiker en Libye : qui tente de fuir son sort et arrive en Libye, dans un pays en guerre civile, où règnent les armes, le racket, la prison sans jugement, la torture, les rançons et travaux forcés, l’esclavage pour les plus vulnérables, où l’humanité ne semble plus exister. C’est à ce pays que l’UE vient justement d’octroyer mi juillet 46 millions d’euros pour former les gardes frontières aux droits de l’homme, tandis qu’elle octroie 35 millions à l’Italie pour l’aider à l’accueil des migrants ; tiens…
Babiker sur un bateau pourri : terrorisé, qui tente de traverser la méditerranée, rêvant de l’Europe et de ses droits de l’homme, qui sait que « la mort est toute proche de moi, partout sur ma route ».
Babiker en Italie : après 11 jours parqué dans un camp sicilien jusqu’à ce qu’il donne ses empreintes digitales en juillet 2016 pour nourrir le fichier Eurodac, il est prié de quitter l’Italie sous 7 jours et d’aller voir ailleurs en Europe : l’Italie ne peut pas accueillir tout le monde, que voulez-vous, et elle ne veut pas des soudanais, qu’elle renvoie trop vite au Soudan : ça lui a déjà valu en septembre 2016 une plainte de 5 soudanais devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, alors bon.., qu’un autre pays européen se charge de les y renvoyer ! Brinquebalé jusqu’à Milan où aucune institution ne le prend en charge, ramené tout en bas de la botte italienne à Taranto où il n’est pas plus accueilli, livré à lui-même et démuni de tout, Babiker part pour la France, comme l’y invitent les italiens.
Babiker à Paris, enfin ! Aout 2016, joie, il y retrouve son cousin germain maternel, élevé et grandi au Soudan tout comme lui, avec le même déplorable vécu soudanais. Il pense enfin pouvoir respirer, on enregistre sa demande d’asile, il est logé et a une petite allocation pour se nourrir. Il ne s’attarde pas sur la mention « Procédure Dublin » sur son attestation, car on lui a promis que s’il accepte, tout comme son cousin et d’autres « relocalisés » en province, de monter dans un bus pour Montpellier, ils ne seront pas renvoyés aux frontières, leurs dossiers seront bien examinés en France par l’OFPRA. .
Babiker à Montpellier : depuis début novembre 2016 qu’ils sont au Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO) du Millénaire, son cousin a été reçu en entretien par l’OFPRA, qui a étudié sérieusement et vérifié son dossie, lui a accordé l’asile et la carte de réfugié. Son cousin est heureux et Babiker attend son tour, apprend le français, noue des liens avec des habitants de Montpellier, partage des bouts de nos vies, réapprend à sourire, à faire confiance, croit pour la première fois en l’avenir possible d’une vie d’homme pour lui aussi…
… Jusqu’au 18 juillet dernier où tout s’écroule brusquement, s’accélère soudainement, sans qu’on ne sache pourquoi ! La préfecture lui notifie ce jour là, comme à 5 autres soudanais, une assignation à résidence au CAO du Millénaire au motif d’un possible risque de fuite, le contraint à se rendre chaque jour à 16h au commissariat, avec tous ses effets personnels, pour attester sa présence (bizarre.., il ne cherche pas à fuir).
Le Tribunal administratif de Montpellier, qui reconnaît l’absence de risque de fuite, valide pourtant le 24 juin la mesure d’assignation à résidence, qu’il n’estime pas disproportionnée. Disproportionnée à quoi ? A l’anxiété violente qui soudain réapparait, celle de ne pas savoir ce qu’on vous réserve, ce qu’on vous cache, ce qu’on prépare pour vous, mais sans vous en informer, ce que va être votre sort et où vous serez demain ? Celle qui fait que Babiker fait brusquement un malaise puis se ressaisit vite vite, pour nous laisser croire qu’il n’a pas trop peur, que ça va quand même, qu’il garde espoir jusqu’au bout ?
Le lendemain 25 juillet à 16h, malheur !, ses 4 compatriotes d’infortune repartent du commissariat sans lui, Babiker est retenu dans un bureau de la Police de l’air et des frontières pour « vérifications », puis embarqué dans une voiture vers dieu sait où, sans adieux possibles, sans aucune sérénité, préparation, information. On va avertir son avocat, dit la police : ce n’est pas vrai ; il faudra attendre le lendemain matin pour apprendre qu’il a été placé la veille au Centre de rétention de Nîmes dans le Gard (pourquoi pas au CRA de Sète, dans l’Hérault ?), qu’il lui faut donc un autre avocat nîmois cette fois, pour déposer un recours devant le Juge de la liberté et de la détention du TGI de Nîmes.
Le recours est déposé en urgence, mais la Loi n’oblige pas à attendre : alors, on accélère encore, on embarque Babiker en voiture vers l’aéroport de Montpellier pour un vol du début d’après-midi. Ses amis, partis pour lui dire adieux au cra, l’y rejoignent pour lui remettre des cadeaux avant son départ. Ils dérangent ? Ils sont des témoins gênants d’une expulsion qu’on voudrait plus discrète, invisible ? Qu’à cela ne tienne, on annule le départ de Babiker, on annonce qu’on le ramène au centre de rétention de Nîmes.
Les amis repartent chez eux, persuadés que le juge judiciaire, garant des libertés de chacun en matière de privation de liberté injustifiée, va statuer ce matin et libérer Babiker. Qu’à cela ne tienne, la préfecture n’attendra pas la décision du juge et ramène Babiker à l’aéroport en catimini dans la soirée, pour un vol à 22h pour Paris, puis ce matin pour Bologne en Italie. Reparti quasiment à la case « départ », Babiker lutte aujourd’hui contre le désespoir, se demande où il va dormir ce soir, nous dit : « ma vie sans France va être difficile ».
L’avocate nîmoise de Babiker a plaidé tout seule ce matin, sans son client à ses cotés, devant un Juge de la liberté et de la détention de Nîmes embarrassé par cette expulsion déjà réalisée à l’heure où il statue. Il vient de juger qu’il n’y avait pas lieu de se prononcer sur la demande de prorogation de la détention demandée par la préfecture, puisque Babiker a déjà été « éloigné » et que cette demande administrative est donc devenue sans objet. Il a curieusement omis de statuer sur l’illégalité de la mesure de rétention en CRA dont l’avait pourtant saisi l’avocate de Babiker.
Babiker voulait pouvoir jouir de ses droits jusqu’au bout, espérant être entendu par la Justice française. Il avait donné mandat pour faire appel en cas de rejet de son recours. Nous y veillerons, pour son honneur et le notre.
Qui Babiker dérangeait t-il donc, dans notre beau département, pour qu’on le traite autrement que son cousin germain maternel, reconnu comme légitimement réfugié en France ? Qu’est ce qui justifie cette différence entre eux, cet arbitraire, alors qu’ils ont grandi ensemble et partagent la même histoire ? L’un réfugié, l’autre expulsé vers l’Italie, cela n’a pas de sens.
A quoi joue la préfecture de l’Hérault avec Babiker et ses quelques compagnons d’infortune, si ce n’est au chat et à la souris, en décidant de les déplacer tels des objets à qui il n’est nul besoin de donner d’information préalable, que l’on peut soustraire précipitamment au regard du Juge judiciaire et expulser hors les yeux de ses amis ?
L'histoire de Babiker c'est aussi celle de Mustapha, Hamdan et Abdallah Abdallah qui seront expulsés lundi et plus tard d'Abbas et Babo qui attendent leur tour.
État, Préfets, juges, policiers ...Pétain aurait-il oublié ses chiens ?


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