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Gauche radicale : s'allier ou pas aux socialistes ? L'exemple andalou


Gauche Unie (Izquierda Unida) [1], la coalition à la gauche du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) regroupant divers partis radicaux autour du PCE, a décidé, suite aux élections régionales de mars, de participer au gouvernement de la communauté autonome andalouse sous la direction du parti social-libéral. 


Alors que le PSOE supporte l'infamie d'avoir appliqué servilement les mesures d'austérité pilotées par l'UE et le FMI, aidé en cela par des directions syndicales lançant, comme le 29 mars, une grève générale sans aucune dynamique de radicalisation; alors que ces agressions "de gauche" ont ouvert la voie à un retour de la droite dure du Parti Populaire qui a décroché en novembre dernier la majorité absolue au Congrès des députés et au Sénat et qui ...poursuit la politique antipopulaire de son prédécesseur socialiste; voilà que Gauche Unie d'Andalousie intègre un gouvernement avec des socialistes locaux qui, au gouvernement de la communauté autonome (la plus importante du pays avec ses 8 millions d'habitants) sans interruption depuis la chute du franquisme, ont été aux avant-postes des politiques social-libérales appliquées au gouvernement central (Felipe Gonzalez et José Luis Zapatero) avec le résultat de paupérisation, d'accroissement des inégalités que l'on imagine. Sans parler de cas avérés de corruption impliquant les plus hautes sphères de la "Junte" de la communauté autonome andalouse !

Comment cette gauche radicale a-t-elle pu en arriver là alors qu'elle avait construit toute sa campagne régionale sur la dénonciation de la politique social-libérale menée par le gouvernement socialiste de Séville (siège de la Junte andalouse) ? Critiquant violemment le social-libéralisme, elle se revendiquait du mouvement des indignés et des mouvements sociaux. Ce qui lui valut de doubler le nombre de ses députés (12, soit 11,35% des voix) et ... de devenir par là-même incontournable pour permettre au PSOE de conserver le pouvoir, avec 47 élus (perte de 9 sièges avec 39,53 %), face à une droite qui avait obtenu, elle, 50 députés (+ 3 sièges avec 40,66 %).

Pour conjurer le danger d'une arrivée de la droite au pouvoir en Andalousie, dans la dynamique de sa victoire aux élections nationales, Gauche Unie, au lieu d'opter pour le maintien de son indépendance politique obligeant le PSOE à gouverner en minorité soumis au bon vouloir des élus de la radicalité de gauche, a fait le choix de se lier à la gestion social-libérale de son partenaire. Qu'on en juge : aucun bilan n'est tiré, dans l'accord, sur l'action du précédent gouvernement, en particulier ses attaques contre l'emploi public. Et pour cause : cela aurait amené, conformément d'ailleurs à la campagne menée par Gauche Unie, à mettre en cause les partenaires socialistes! Des perles de voeux pieux sur la "participation citoyenne" sont enfilées faisant silence sur les multiples pratiques concrètes de clientélisme "socialiste". Le sésame ouvre-toi de la nouvelle politique est en fait constitué par une prolifération annoncée de groupes de travail et de commissions qui dispensent de devoir aborder concrètement les propositions en faveur d'une allocation universelle, des droits des femmes, de l'emploi (dans une région dépassant les 35% de chômage, record national !). Et la boucle est bouclée avec l'acceptation de ne pas dépasser la barre des 1,5 % de déficit imposée par le gouvernement central ! Le tout enrobé d'une solennelle mais creuse déclaration en faveur d'"un modèle productif et économique développant la cohésion sociale et l'égalité de genre et mettant en place une planification publique et démocratique de l'économie afin de faire de la création d'emplois de qualité la priorité des priorités du gouvernement" ! Parole, paroles, chantait Dalida ...

On relèvera, pour apprécier l'importance de la dérive brutale de Gauche Unie d'Andalousie, qu'il aura fallu que sa direction pèse de tout son poids pour faire pencher la balance en faveur du choix de participation gouvernementale lors de la consultation des militants : une conférence de presse fut même organisée avec les secrétaires généraux des deux grands syndicats andalous (Commissions Ouvrières et UGT) pourtant réputés pour leur refus de toute interférence des politiques dans leurs affaires mais n'hésitant pas à faire l'article dans les affaires internes de Gauche Unie en faveur de l'union au gouvernement avec le PSOE ! Une mise en scène incroyable, sous forme d'une conférence de presse de tous les responsables provinciaux de Gauche Unie, tous favorables à la participation gouvernementale, transforma même la consultation en un plébiscite en faveur de la direction. Le maire de la commune "révolutionnaire" de Marinaleda, membre prestigieux de Gauche Unie, dénonça, quant à lui, le truquage des résultats qui, selon ses calculs, avaient donné la victoire aux opposants à gouverner avec les sociaux-libéraux!

Les termes de l'accord avec le PSOE prévoyant une étroite solidarité de gestion, il ne reste plus aux dirigeants de la gauche radicale andalouse qu'à se féliciter d'avoir barré la voie à un gouvernement de droite et à faire porter sur le gouvernement central la responsabilité de certains choix "difficiles" à assumer comme le licenciement de nombre d'intérimaires et de non-titulaires qui constituent la majorité des salariés dans les administrations andalouses (santé, enseignement public).

Le symbole le plus évident du sens que prend l'intégration de Gauche Unie dans un gouvernement dirigé par les socialistes aura été son attitude face à la mobilisation des ouvriers agricoles de Somonte, près de Cordoue, où, le mois dernier, à 500, ils occupèrent des terres, expropriées en 1983 par le gouvernement andalou, pour protester contre la décision de ce même gouvernement de les mettre aux enchères. Le président socialiste de la communauté autonome andalouse, celui précisément qui était en train de négocier l'entrée de Gauche Unie, n' hésita pas à faire intervenir la Garde Civile pour déloger brutalement les intrus ! Déjà toute à ses préparatifs gouvernementaux, Gauche Unie opta pour le silence ! (2)

Le fait est que par ce choix de reniement de sa campagne antilibérale, Gauche Unie aura permis au PSOE de se refaire une santé politique à peu de frais : échappant à son bilan politique et social désastreux celui-ci peut se targuer d'avoir réalisé une coalition des gauches antidroite sans que la continuité de son ralliement aux réponses capitalistes à la crise soit le moins du monde affectée. C'est sur la capacité des militants de Gauche Unie à s'opposer à leur direction et à celle des anticapitalistes (en particulier de nos camarades de Izquierda Anticapitalista, IA) à maintenir le cap d'une unité avec eux dans l'indépendance totale vis-à-vis du social-libéralisme qu'il faudra compter pour construire la résistance populaire à une politique gouvernementale régionale qui, sous la pression de l'UE et du FMI, restera foncièrement social-libérale. Avec la caution des antilibéraux !

Voilà de quoi méditer, ici en France, sur les dangers qui guettent ceux qui, à la gauche du PS, se contentent des belles paroles radicales prononcées dans les échauffements de meetings ou d'émissions télévisées, sans que soient levées les ambiguïtés et non-dits sur les possibilités d'accords avec le PS ! En quelques jours, Gauche Unie d'Andalousie, nous le montre aisément, peuvent s'opérer des virages vertigineux dont le coût politique peut s'avérer catastrophique si, contre vents et marées, ne s'affirme pas un pôle anticapitaliste unitaire mais indépendant !

Antoine

[1] Ne pas confondre Izquierda Unida (Gauche Unie) qui est l'objet de ces lignes pour son alliance avec les socialistes andalous et Izquierda Anticapitalista (Gauche Anticapitaliste), l'organisation soeur du NPA, qui refuse le cours opportuniste de Gauche Unie. Comme dit ci-dessous, c'est d'après un article de Izquierda Anticapitalista que nous avons rédigé ces notes.









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