La politique capitaliste de Hollande et Ayrault en quelques citations
"Mittal [...] ne prend aucun engagement à maintenir les hauts
fourneaux en activité, en revanche l’Etat s’engage à abonder dans des
financements supplémentaires, pour une entreprise qui a distribué
l’année dernière deux milliards de dividendes. On est quand même dans un
monde extrêmement étonnant."
"L’histoire, c’est celle de Mittal qui
s’est surengagé dans l’achat d’entreprises les unes après les autres, et
qui se trouve aujourd’hui surendetté."
"Il semble bien que la conviction de ce gouvernement est que
seule l’entreprise privée est efficace."
"On pérennise toute une série de dispositifs (dont le
crédit d’impôt recherche) qui donnent cartes blanches aux entreprises et
créent toutes sortes de niches et d’effets d’aubaines."
L'article intégral le site de Rue 89
Benjamin Coriat, économiste atterré : « Mittal s’en est bien tiré » (entrevue)
Renée Greusard | Journaliste
Professeur à l’Université Paris XIII, Benjamin Coriat fait partie des économistes atterrés,
ces économistes qui s’opposent au tout libéral. Comme les salariés du
site de Florange, il ne comprend pas la décision de Jean-Marc Ayrault et
a accepté de répondre aux questions de Rue89. [...]
Y a-t-il finalement un engagement à maintenir les hauts fourneaux en activité ou pas ? Il semble que non.
La seule chose qui est dite, c’est qu’on les garde avec la
possibilité de les rouvrir. Ce qui veut dire qu’on peut aussi les fermer
définitivement. D’ailleurs Jean-Marc Ayrault ne dit pas « le site avec
ses hauts fourneaux est sauvé », il dit « il n y aura pas de plan
social », ce qui veut dire que même si le site fermé on fera en sorte
que les salariés (en âge de l’être) seront reclassés .
En fait tout dépend du fait que l’UE adoptera le projet Ulcos sur le CO2, ou non.
On peut aussi s’étonner de l’annonce du gouvernement français qui va y mettre de sa poche pour des sommes (au delà des 150 millions déjà prévus pour Ulcos) qui sont, semble-t-il, assez importantes.
Et cette fois purement à perte, puisqu’elles seront dépensées au bénéfice de M. Mittal qui reste propriétaire des installations alors que dans le cas de la nationalisation temporaire, c’était des actifs qui restaient du côté public. Donc on ne voit pas très bien, sur un plan strictement économique l’intérêt de la formule retenue.
Il s’en est bien tiré Mittal dans la négociation ! C’est le moins qu’on puisse dire. Il ne prend aucun engagement à maintenir les hauts fourneaux en activité, en revanche l’Etat s’engage à abonder dans des financements supplémentaires, pour une entreprise qui a distribué l’année dernière deux milliards de dividendes. On est quand même dans un monde extrêmement étonnant.
De plus les 180 millions d’investissement de Mittal annoncées d’ici 2015 (si cet engagement est respecté, ce qui reste évidemment à vérifier) ne sont pas une somme qui excède de beaucoup ce qui est de toute façon nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de l’aciérie, même sans extensions.
En fait tout dépend du fait que l’UE adoptera le projet Ulcos sur le CO2, ou non.
On peut aussi s’étonner de l’annonce du gouvernement français qui va y mettre de sa poche pour des sommes (au delà des 150 millions déjà prévus pour Ulcos) qui sont, semble-t-il, assez importantes.
Et cette fois purement à perte, puisqu’elles seront dépensées au bénéfice de M. Mittal qui reste propriétaire des installations alors que dans le cas de la nationalisation temporaire, c’était des actifs qui restaient du côté public. Donc on ne voit pas très bien, sur un plan strictement économique l’intérêt de la formule retenue.
Il s’en est bien tiré Mittal dans la négociation ! C’est le moins qu’on puisse dire. Il ne prend aucun engagement à maintenir les hauts fourneaux en activité, en revanche l’Etat s’engage à abonder dans des financements supplémentaires, pour une entreprise qui a distribué l’année dernière deux milliards de dividendes. On est quand même dans un monde extrêmement étonnant.
De plus les 180 millions d’investissement de Mittal annoncées d’ici 2015 (si cet engagement est respecté, ce qui reste évidemment à vérifier) ne sont pas une somme qui excède de beaucoup ce qui est de toute façon nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de l’aciérie, même sans extensions.
Le secteur n’est pas moribond. Le secteur de la sidérurgie, comme
l’ensemble des autres secteurs en Europe, passe par une période
difficile du fait de la récession et de la crise.
Et la récession elle-même, pour partie elle est le résultat des
politiques choisies en Europe. En alignant l’ensemble des pays de la
zone euro sur les engagements à revenir à des déficit zéro dans des
délais très brefs., (dispositions adoptées dans le Pacte budgétaire,) on
rajoute de la récession à la récession, partout en Europe.
Dans ces circonstances, il y a des surcapacités, des difficultés,
mais en 2007, c’est-à-dire juste avant la crise, Arcelor a fait la
meilleure année de toute son histoire.
La sidérurgie comme beaucoup d’autres secteurs connaît une activité cyclique. Ça va, ça vient...
Ce que les salariés d’Arcelor ont démontré, dans le cas de Florange,
c’est que sous certaines conditions, si on garde ensemble le chaud et le
froid, le site est viable. Ce qui n’était pas viable c’était la seule
partie dont Mittal voulait se défaire. Donc on n’est pas dans des
domaines voués à disparaitre.
Montebourg a d’ailleurs sur son bureau un rapport d’expert qui montre
que le site Florange si son intégrité est préservée est parfaitement
rentable. Si le gouvernement ne fait plus confiance aux experts qu’il a
lui même commissionnés, il y a un gros problème…
Le site de Florange n’est nullement moribond. Il fabrique des aciers premiums pour Mercedes et d’autres voitures haut de gammes.
L’histoire n’est pas celle là. L’histoire, c’est celle de Mittal qui
s’est surengagé dans l’achat d’entreprises les unes après les autres, et
qui se trouve aujourd’hui surendetté.
Le moins qu’on puisse dire c’est que la décision prise est
extrêmement décevante. Pourquoi cette extrême frilosité ? On peut
avancer deux séries d’explications.
D’abord, il semble bien que la conviction de ce gouvernement est que
seule l’entreprise privée est efficace. Il donne l’impression de ne
pouvoir envisager d’autres formules, sans une extrême défiance. Je dis
cela car avec Florange, les conditions étaient réunies pour franchir le
pas et semble-t-il dans des conditions économiques certainement pas plus
mauvaises que celles qui ont été adoptées et qui seront mises en œuvre.
Ensuite, je crois que ce gouvernement est très réticent à mettre en
œuvre de la politique industrielle sous quelque forme que ce soit.
Regardez le rapport Gallois.
Hollande avait annoncé qu’il ne fallait surtout pas augmenter la TVA,
que les coûts en travail n’étaient pas le problème, etc… A l’arrivée
(quelques semaines après ces déclarations) on fait le contraire de ce
qui était annoncé !
De surcroît, on pérennise toute une série de dispositifs (dont le
crédit d’impôt recherche) qui donnent cartes blanches aux entreprises et
créent toutes sortes de niches et d’effets d’aubaines. Rien donc qui
relève de la politique industrielle. Et une série de dispositifs pour
conforter les choix spontanés des entreprises. On a ainsi une série
d’éléments pour comprendre comment ce gouvernement pense et oriente son
action.
Du coup, et même si je comprends le choc et l’amertume des salariés,
les décisions prises vendredi sont en cohérence avec les décisions
précédentes et le plan Gallois. Au lieu de favoriser des politiques
industrielles novatrices, on abonde dans les directions choisies par les
entreprises en les dotant de subventions diverses.
On est très surpris de voir la capacité de ce gouvernement à céder à
toutes les demandes des lobbys patronaux ! L’idée de la nationalisation
partielle avec revente ensuite aurait peut être couté de l’argent au
passage, ça on ne peut pas le dire à l’avance. Mais l’opération choisie
vendredi, on ne nous l’annonce pas à coût zéro non plus.
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