Objectif du gouvernement : taper sur les dépenses...et amuser la galerie avec l'anodine taxe de 75% sur les hauts salaires



Hollande : la rigueur avec vigueur


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Plus que jamais, la politique de Hollande apparaît réduite à son noyau dur : l’austérité et le démantèlement du droit du travail. Pour le reste c’est la navigation à vue. Ces derniers jours, chaque fois que le ministre des Finances avançait un chiffre en terme de croissance et de déficit budgétaire, il se voyait démenti quasiment dans l’heure ! 

 Moscovici s’est enfin résolu à prendre acte de la stagnation économique en 2012 (+ 0 % de croissance) et à annoncer un maigre 0, 1 % de croissance pour 2013 suivi de 1, 2 % en 2014. Envolées, les prévisions antérieures plus optimistes : la crise est toujours là, ce qui se traduira par des suppressions d’emplois encore plus fortes en 2013 qu’en 2012 et une quasi-stagnation du nombre de salariéEs en 2014.

La politique économique ne conduit à aucun des résultats annoncés : le chômage augmente et la dette publique aussi. Mais Hollande ne voit que les injonctions du traité budgétaire européen. Tout au plus, l’objectif de retour du déficit public en-dessous de 3 % du PIB est-il décalé à 2014.


L’austérité au mépris des résultats

Pour y arriver, le gouvernement entend en 2014 surtout taper sur les dépenses. À la rigueur déjà programmée pour 2013 s’ajouteront de nouvelles mesures : poursuite du blocage des salaires des fonctionnaires, compression des moyens de fonctionnement des administrations et des hôpitaux, baisse des crédits aux collectivités locales, économies sur les allocations-familiales et engagement de la réforme des retraites… Du côté des recettes, la hausse de la TVA, nécessaire pour financer le cadeau de 20 milliards d’euros aux entreprises, sera mise en vigueur. On peut déjà prévoir que, pour amuser la galerie, le gouvernement fera de la mousse autour de la nouvelle mouture de la taxe de 75 %, taxe qui n’aura pas une grande importance même si quelques grands patrons se déclarent énervés.

En fait, la situation économique de la France en 2013 sera bien pire que celle annoncée par le gouvernement. Même le Haut Conseil des finances publiques créé dans le cadre des dispositions du traité européen met en doute les prévisions gouvernementales, et juge vraisemblable une récession en 2013 (comme d’ailleurs le Fonds Monétaire International). Le Haut Conseil pointe deux vrais problèmes. Le gouvernement compte sur une reprise des exportations françaises, mais les politiques d’austérité des pays du Sud de l’Europe vont sans doute les conduire à moins acheter à l’extérieur. De plus, il n’y a aucune garantie que les entreprises françaises utilisent le crédit d’impôt de 20 milliards pour investir et faire des efforts de qualité. Deux bonnes remarques venant d’un organisme qui, dans le reste de son rapport, appelle à une austérité renforcée (il a été créé pour ça) ! Ce qui veut dire que les objectifs budgétaires pour 2013 et 2014 ne seront pas atteints.

Gauche du PS et Mélenchon à la manœuvre

Il est tellement clair que cette politique détériore les liens ténus du PS et de son électorat populaire que
plusieurs éluEs de la gauche du parti ont présenté lundi 22 avril un « plan de relance écologique et social pour la France et l’Europe ». En fait, ce plan ne se situe qu’en amendement à la politique gouvernementale. Ainsi, il ne propose pas de supprimer le crédit d’impôt compétitivité (le 20 milliards aux patrons) mais de mieux utiliser une moitié de celui-ci. La seule mesure concrète pour ceux d’en bas est une amélioration « temporaire de l’indemnisation du chômage et du chômage partiel dans les entreprises ». On verra si même sur ces mesures, ces éluEs se battront vraiment !

En fait, la politique de Hollande-Ayrault ne procède pas d’une maladresse. Hollande changera peut-être de gouvernement prochainement, mais pas de politique économique, sauf à la marge. Les patrons français, comme étrangers veulent casser le modèle social européen et tout gouvernement ne peut que s’aligner, sauf à lancer une épreuve de force majeure avec le capitalisme. Hollande ne le fera pas, d’ailleurs aucun gouvernement qui ne serait pas issu d’une dynamique ouvrière et populaire ne pourrait le faire. C’est ce qui rend soit ridicule, soit opportuniste, l’idée énoncée par Jean-Luc Mélenchon le 22 avril selon ­laquelle François Hollande pourrait le nommer Premier ministre…

Henri Wilno


L'article sur le site national du NPA


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