Béziers. Le trompe-l'oeil de la lutte contre les filières du travail clandestin


Béziers : son fonds de commerce, les sans-papiers 

JEAN-PIERRE AMARGER Midi Libre 18/05/2013 

[voir le commentaire du NPA 34 à la suite de l'article] 


Les salariés travaillaient essentiellement dans les vignes.
Les salariés travaillaient essentiellement dans les vignes. (ARCHIVE - MIDI LIBRE)

Un quadragénaire a été placé en détention provisoire, jeudi soir. Depuis des mois, il fraudait les organismes sociaux en faisant travailler des sans-papiers sans les déclarer.

Les hommes de la Paf de l’Hérault (Police de l’air et des frontières) ont mis au jour une belle affaire de travailleurs clandestins. Une première pour ce service, de par l’ampleur des moyens humains mis en place pour venir à bout de ce dossier, qui mêle travail dissimulé et employés clandestins.

Trois suspects interpellés

"Après des mois d’enquête réalisée par une vingtaine de personnes, nous avons pu interpeller trois suspects en lien avec une société de mise à disposition de main-d’œuvre qui fournissait des personnels à des donneurs d’ordre pour réaliser des travaux, notamment dans les vignes", a confirmé Luc Tarayre, le directeur départemental de la Paf de l’Hérault.

"Le principal mis en cause, précise le procureur de la République de Béziers, Patrick Mathé, un homme de 41 ans qui travaillait sur Vias, a été mis en examen puis placé en détention provisoire, jeudi soir, conformément aux réquisitions du parquet. Son complice présumé a, lui, été placé sous contrôle judiciaire. L’épouse du détenu a été entendue puis remise en liberté."

Une longue enquête

L’enquête des hommes de la Paf a débuté au mois de janvier dernier. "Dans un premier temps, nous avons essentiellement collecté des informations et fait de la surveillance. Nous sommes ensuite passés à la phase d’interpellations. Maintenant, nous œuvrons à vérifier certaines données financières pour établir les contours de la fraude", précise encore Luc Tarayre. Les salariés de cette société n’étaient pas déclarés. Ils étaient sans-papiers, et bien entendu, les organismes sociaux n’étaient pas payés à la hauteur des maigres salaires versés.

Peut-être une filière de travailleurs clandestins

Une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Béziers. Il reste encore un énorme travail d’investigation à mener. D’une part pour établir le nombre de fiches de paye qui ont été établies, mais aussi pour connaître l’ampleur de toutes les fraudes. Les donneurs d’ordre seront, eux aussi, recherchés pour comprendre les liens entre toutes les structures. Le mis en cause, bien connu des services de la justice, a été inquiété en 2006 et 2009 pour le même type d’affaires. "C’est un récidiviste bien connu, poursuit Patrick Mathé. Désormais, nous allons essayer d’établir s’il y a une filière en place sur ce secteur d’activité pour y mettre fin."

Un juge d’instruction va désormais suivre l’ensemble du volet financier de toute cette affaire.

L'article sur le site de Midi Libre 

Remarque 

Ne nous y trompons pas : ce que rapporte Midi Libre ne doit aucunement amener à croire à un règlement policier et judiciaire du "problème" de l'immigration par la lutte contre les filières clandestines de travailleurs clandestins. La seule mention que nous avons affaire ici à "un récidiviste bien connu" démonte cette illusion : le trafiquant "connu" a pu continuer à vaquer à ses affaires. Malgré cette arrestation, d'autres continuent en toute impunité. L'action de police de ce jour n'est qu'un coup d'épée dans l'eau de ce qui est un véritable système organisé de fragilisation d'un secteur du salariat ! 

Tant que les sans-papiers ne seront pas tous régularisés et par là-même n'auront pas accès à l'égalité des droits, les cas de surexploitation identiques à celui de Béziers seront légion. Pire : loin que la police soit un acteur dans la mise en place de la solution au "problème", elle est le vecteur de sa perpétuation par ses activités, elles, bien plus systématiques qu'envers les trafiquants de main-d'oeuvre, de chasse aux sans-pap'. Mais ce sont en fait les gouvernements - celui-ci dit de gauche parvenant à faire la nique à son prédécesseur, pourtant musclé, de droite - qui "organisent" une situation en tout point profitable au patronat et favorisant le renforcement de la droite et le développement du FHaine. Arrêter de-ci, de-là, un trafiquant permet de se donner bonne conscience et surtout de légitimer une traque des sans-papiers au nom d'un traitement par les deux bouts (équitable !) de la question.

Alors redisons-le : ni l'immigration ni les immigrés ne sont un problème. Le problème c'est l'action combinée du gouvernement, de la police et des patrons, sur fond de développement du racisme qu'ils alimentent ainsi contre les sans-papiers et d'agressions contre les salariés et les pauvres. L'arbre de Béziers ne doit pas cacher cette forêt de l'ignominie où se perd la légitimité politique d'une certaine gauche. Le NPA est, lui, de ceux qui, sans pitié envers les trafiquants, ne trafiquent pas sur les droits des immigrés, étant entendu que l'obtention de papiers par tous est le seul moyen de mettre fin au trafic !

NPA 34

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