Eau. Les opacités des partisans de la gestion privée...

  
Gestion publique ou privée : la guerre informationnelle, par Paul Linossier
par Marc Laimé, 27 mai 2013


Le processus administratif et politique qui précède le choix d’un mode de gestion de l’eau et de l’assainissement, public ou privé, s’apparente désormais à une véritable guerre informationnelle, qui voit les tenants de la gestion privée, soutenus par des bureaux d’étude aussi complices que duplices, énoncer des contre vérités flagrantes. Décryptage.


« Dans le passé, et surtout au cours des années 90, des augmentations très importantes du prix de l’eau ont très fréquemment été constatées, entraînant des réactions parfois dures d’associations de consommateurs, sans faire alors les grands titres de la presse économique.

Il est impossible pour les collectivités dont les services sont gérés en délégation de service public (DSP), de connaître le coût réel du service. Cette impossibilité est une conséquence directe, voire un objectif, de la méthode de production des comptes de résultat d’exploitation.

Cette méthode a été mise au point par le syndicat professionnel des distributeurs d’eau, le SPDE, aujourd’hui dénommé FP2E (Fédération des entreprises de l’eau), après les réactions qui ont suivi les augmentations considérables des tarifs à partir de 1992.

La méthode consiste à affecter les charges, non pas directement aux collectivités, mais aux structures d’exploitation des entreprises délégataires. Ces charges, dont les frais de personnel, sont ensuite réparties sur les services délégués au moyen de clés de répartition dont la célèbre « valeur ajoutée des distributeurs d’eau ». De ce fait les comptes remis aux collectivités sont parfaitement théoriques et virtuels. Avec cette méthode, les charges augmentent automatiquement lorsque les tarifs des délégataires augmentent.

Il est parfaitement incohérent de voir aujourd’hui ces entreprises consentir des « rabais » incroyables, jusqu’à 80% de la tarification antérieure, lorsque les collectivités acceptent de poursuivre une DSP au regard des difficultés financières auxquelles doivent faire face les Trois Soeurs.

La presse a largement informé des solutions adoptées par Veolia : réduction de 10% des effectifs et revente des « pépites » du groupe afin de réduire significativement la dette.

Pour la SAUR recherche d’un repreneur afin d’éviter la liquidation judiciaire.

Il est particulièrement scandaleux par ailleurs de voir ces entreprises refuser fréquemment, encore aujourd’hui, de rembourser les redevances payées par les usagers, et non dépensées par le délégataire sur le service délégué. Ce reproche peut également être adressé aux collectivités qui s’interdisent d’exiger ce remboursement, soit par incompétence soit par complaisance.

On peut aussi s’étonner du silence de la presse sur l’incohérence apparente entre la situation très obérée des Trois Soeurs et les profits gigantesques réalisés sur l’activité de distribution d’eau. Il est pourtant exclu dans ce cas de conclure à l’incompétence de la presse, en particulier de la presse spécialisée.

Se souvenir aussi que les usagers domestiques ne consomment que 8% de l’eau prélevée dans le milieu naturel, dont 30% est ensuite perdue dans les fuites non réparées, y compris par des entreprises dont beaucoup se plaisent à souligner le professionnalisme.

Ces mêmes usagers domestiques rejettent leurs eaux usées dans les stations d’épuration et paient en conséquence.

Mais une grande partie des 90% d’eau prélevée pour l’agriculture, l’industrie, l’énergie, est, elle, rejetée dans le milieu naturel sans épuration, ce qui oblige les usagers domestiques à épurer les eaux brutes à leurs seuls frais : c’est le principe du « pollué-payeur » , adopté sans sourciller par les agences de l’eau au bénéfice des industriels et des agriculteurs.
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