Hollande, Cahuzac...Le Pen, « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » (Gramsci)...



Tableau d'un glissement néolibéral


Qu'a fait François Hollande de sa victoire à l'élection présidentielle de 2012 ? La Fondation Copernic publie - sous la forme d'un abécédaire - les contributions de quarante-trois auteur-e-s, qui dressent un bilan d'étape de la présidence Hollande et dessinent le tableau d'un véritable glissement néolibéral. Cet ouvrage sera présenté et discuté le lundi 6 mai 2013, à partir de 19 heures, au café Le Lieu-Dit, à Paris.

Il n’aura pas fallu un an pour que la présidence Hollande se retrouve totalement embourbée dans une crise sociale, économique et politique. François Hollande a été élu à l’issue d’une campagne électorale marquée par le sceau de l’ambiguïté : d’un côté, la dénonciation de la finance et la promesse de renégocier le Pacte budgétaire mais de l’autre, le respect de l’objectif de Nicolas Sarkozy de réduire le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2013 et d’arriver à l’équilibre budgétaire en 2017.

Les mesures avancées dans les 60 propositions se caractérisaient par un « réalisme » revendiqué et constituaient une impasse. Celle-ci s’est d’autant plus vite révélée que les objectifs avancés l’avaient été sur la base d’une prévision de croissance fantaisiste de 0,8 % en 2013, le gouvernement n’ayant visiblement pas tenu compte de la profondeur de la crise. Les demi-mesures du programme ne pouvaient suffire face à une crise systémique du modèle d’accumulation du capitalisme néolibéral qui se double d’une crise écologique majeure. Le président de la République est donc tombé du côté où il penchait et on a vu progressivement se mettre en place tous les éléments d’une politique néolibérale.

Après une augmentation du SMIC qui fut dérisoire, la première étape fut celle de la ratification sans gloire du Pacte budgétaire. Oubliée la promesse de renégocier, la capitulation en rase campagne de François Hollande devant les exigences du gouvernement d’Angela Merkel allait constituer le signe que le gouvernement acceptait de se plier à une construction européenne dont il avait pourtant annoncé vouloir réorienter le cours. Le reste allait suivre, et très rapidement.

Un budget 2013, où certes les riches payent un petit peu plus, mais qui reste marqué par des coupes dans les dépenses publiques, encore aggravées par la loi de programmation budgétaire pour les années suivantes. La deuxième étape fut celle du pacte de compétitivité où l’on vit la quasi-totalité des responsables socialistes reprendre le refrain du Medef sur la baisse du coût du travail, cela se traduisant par un cadeau de vingt milliards d’euros au patronat, le rétablissement de la « TVA sociale » que François Hollande avait condamnée durant la campagne électorale et la programmation d’une baisse supplémentaire des dépenses publiques. La troisième étape concerne la réforme du « marché du travail », avec la transposition dans la loi de l’accord national interprofessionnel du 11 janvier, qui constitue une régression sociale majeure des droits des salarié-es.

L’abandon de l’objectif de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2013 et l’annonce d’un déficit un peu plus important que prévu en 2012 n’ont en rien modifié la ligne du gouvernement alors même que les politiques d’austérité, outre leurs conséquences socialement désastreuses, sont contre-productives par rapport à l’objectif visé de réduction des déficits. Pire, ce sont de nouvelles mesures d’économies pour 2013, plus sévères encore pour 2014, et une remise en cause de la protection sociale qui ont été annoncées ! La France s’engage ainsi sur le même chemin que d’autres pays européens, où les gouvernements ont ajouté de l’austérité à l’austérité, avec pour conséquences une aggravation de la récession et une paupérisation des populations. Les électeurs de François Hollande n’avaient pas voté pour cela.

C’est donc un gouvernement profondément affaibli et en perte de légitimité qui a essuyé la tourmente politique suscitée par l’aveu de Jérôme Cahuzac. Cette affaire est le symptôme d’une perte totale de repères des élites actuellement au pouvoir : le ministre chargé de lutter contre la fraude fiscale qui fraude ; le ministre appliquant avec zèle la politique de coupes drastiques dans les dépenses publiques qui tente d’échapper au fisc ; le responsable socialiste qui entretient par affairisme des relations douteuses avec des personnalités d’extrême droite ; les plus hauts responsables du pouvoir qui laissent faire, malgré l’enquête journalistique de Médiapart. L’affaire Cahuzac traduit la cristallisation sur un individu des tares d’un système bienveillant envers les puissants et impitoyable envers les faibles, d’un système qui érige la cupidité en règle de vie, le pouvoir et l’argent en signes de réussite sociale, et la toute-puissance du pouvoir en paratonnerre. Quels que soient ses développements ultérieurs, cette affaire laissera des traces profondes.

Dans cette situation, il est à craindre que, le sentiment du « tous pourris » gagnant de plus en plus de terrain, de larges pans des milieux populaires ne finissent par juger qu’il n’existe de facto aucune différence entre droite et gauche et ne s’en remettent à des solutions autoritaires favorisant la recherche de boucs émissaires. Le dégout et la colère peuvent se transformer en résignation ou en révolte. Mais même dans ce dernier cas, le sens de la révolte n’est pas donné d’emblée. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » écrivait Gramsci. Nous sommes précisément à ce moment, un moment charnière. Rassembler autour d’actions, de propositions et de perspectives communes toutes celles et ceux qui se réclament d’une gauche de transformation sociale, anticapitaliste, féministe et écologique est plus que jamais nécessaire.

Camille Jouve, Pierre Khalfa et Francis Parny sont membres de la Fondation Copernic.

Ce texte a également été publié dans le hors-série que le journal Politis consacre à l'année de présidence Hollande : « Un an de Hollande : c'est mal parti » (hors-série n°58, mai-juin 2013, 5 €).

Un an après l’élection de François Hollande. Tableau d’un glissement néolibéral, Camille Jouve, Pierre Khalfa, Patrick Le Moal, Claire Le Strat (coord.), Syllepse, mai 2013 (166 pages, 7€). La liste intégrale des auteur-e-s est disponible ici.

Présentation-débat avec Camille Jouve, Pierre Khalfa, Claire Le Strat et Francis Parny, le lundi 6 mai 2013, à partir de 19 heures, au café Le Lieu-Dit (6, rue Sorbier, Paris 20ème, M° Gambetta ou Ménilmontant).

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