Toulouse. Plongée dans l'extrême droite...



Les "Identitaires" toulousains se dopent au mariage pour tous



Manif en mémoire du 9 juin 721 qui avait vu la victoire du Duché d'Aquitaine sur le Califat omeyyade 
 Manif en mémoire du 9 juin 721 qui avait vu la victoire du Duché d'Aquitaine sur le Califat omeyyade© Bloc Identitaire

L’arrestation de leur leader Mathieu Clique en 2012 et la fermeture provisoire de leur local l’Oustal avait révélé des tensions au sein des identitaires toulousains, ces militants d’extrême-droite habitués des coups de force. Mais les manifestations anti mariage pour tous leur ont redonné l’occasion de sortir de leur relatif silence. Entre temps, même surveillés de près, ils réactivent leurs réseaux.


Par Jean-Manuel Escarnot sur www.frituremag.info

Le groupe dans lequel se trouvent deux jeunes filles passerait presque inaperçu au milieu des manifestants anti « mariage pour tous » rassemblés ce mardi 23 avril devant la cathédrale Saint-Etienne à Toulouse. L’un d’entre eux sort du lot avec sa coupe à l’iroquois et son pantalon de treillis. Surveillé de loin par les gros bras du service d’ordre de la manif et par les policiers de la Brigade anti-criminalité (Bac), la dizaine de militants identitaires s’est abstenue ce jour-là du moindre dérapage. Mais ils étaient bien là.

L’ultra-droite toulousaine fait profil bas au milieu des familles venues défiler contre la loi Taubira. Ils n’ont pas sorti les drapeaux. Ils ont remisé les slogans homophobes et n’ont pas entonné les chants nationalistes. L’accord passé avec les organisateurs de la manifestation est respecté. Signalés à la tête des échauffourées avec la police dans les manifestations parisiennes, les membres les plus agités du groupuscule toulousain sont restés discrets. Ce qui a permis à Chantal Dounod Soubraques, conseillère UMP à la ville de Toulouse de déclarer qu’il n’y avait rien de gênant à leur présence dans les cortèges : « Tant qu’ils ne sont pas violents, ils ont le droit de manifester comme tout le monde » ajoute l’élue, qui souligne, « l’importante mobilisation de tous ces jeunes » contre le mariage homosexuel.


Sortie des lycées

Priés d’aller se faire voir ailleurs par un Front National (FN) soucieux d’aseptiser son image, les agités de l’ultra-droite ont pourtant sauté sur l’occasion offerte par l’UMP et les organisateurs des manifs pour réapparaître au grand jour. Ils en ont profité pour recruter dans les cortèges. Dans les jours qui ont précédé les manifs, ils auraient tracté à la sortie de plusieurs lycées toulousains.

Tout comme les islamistes radicaux et l’ultra gauche, les groupuscules d’extrême droite sont dans le collimateur des services de police. Ces derniers « relèvent plus des violences urbaines que de l’agitation politique » précise une source policière. A Toulouse, le noyau dur d’une vingtaine d’individus s’est structuré autour de la section locale du Bloc Identitaire. Ce mouvement fondé en 2003 à la suite de la dissolution par le Ministère de l’intérieur de l’Unité Radicale se dit « préoccupé par la croissance de l’Islam en Europe et le caractère désagrégrateur du multiculturalisme ». Le Bloc est présidé au niveau national par Fabrice Robert un ancien élu du FN.


Manif des "Souchiens" à Toulouse le 4 décembre 2012

La section toulousaine du Bloc Identitaire s’est officiellement déclarée en association loi de 1901 le 12 septembre 2011 sous l’intitulé « Bloc Identitaire Occitanie Centrale Fédération nationale ». Sous couvert de « la découverte de l’identité culturelle toulousaine et occitane », les militants du Bloc ont loué en janvier 2012 un local situé 36 allées de Barcelone, baptisé « L’Oustal » (la maison en occitan ndlr), fermé depuis. Le Bloc Identitaire et l’Oustal sont dirigés poste pour poste par les mêmes personnes.

Détention et actions

Le secrétaire du Bloc et de l’Oustal se nomme Matthieu Clique. Cet étudiant en Droit à la Faculté de Toulouse sera interpellé par la police prés d’Orange (Vaucluse) et mis en détention préventive cinq mois à la maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne) comme l’un des auteurs d’une rixe le 31 mars 2012, dans laquelle un étudiant chilienManuel Andres Pardo avait été grièvement blessé. Atteint d’une fracture du rocher le jeune homme garde toujours de graves séquelles. En liberté conditionnelle depuis novembre 2012, Mathieu Clique aurait quitté Toulouse pour Paris.

En dehors des « apéros saucisson pinard » comme celui organisé le 4 septembre 2010 à la Prairie des Filtres, les identitaires se signalent dans les actions contre les mosquées. Certaines, non revendiquées, ont lieu la nuit : tags xénophobes sur les murs et têtes de cochon posées devant les entrées des salles de prières de la région toulousaine. Hasard ou coïncidence ? La fréquence de ces attaques nocturnes correspondait à la création de la section locale du Bloc.

D’autres ont lieu le jour. Comme le 20 octobre 2012 lorsque les identitaires ont occupé en plein jour le chantier de la grande mosquée de Poitiers. Quatre toulousains ont été contrôlés par la police parmi les 74 militants de Génération Identitaire (1) qui avait participé à l’envahissement de ce lieu de culte.


Les hooligans du Stadium

Les cours de lycées et les amphis de la Faculté de Droit ne sont, par ailleurs, pas les seuls rendez-vous de l’ultra-droite toulousaine. Ils se retrouvent aussi aux matchs de foot dans les tribunes du Stadium. Ils y retrouvent les bandes de hooligans avec lesquels ils partagent le même goût pour les fight, ces combats de rue entre supporteurs adverses organisés en marge des rencontres. Le tronc commun « ultra violence-bière-baston-homophobie » permet d’enrôler les paumés des stades dans les bagarres contre les militants d’extrême gauche, comme celle qui a failli coûter la vie à Manuel Andres Pardo. Baston toujours, les clubs de Krav Maga, cette technique de combat de l’armée israélienne utilisée par le GIGN, a la cote chez les fanas de l’ultra-droite. Mais aussi chez les policiers, les videurs de boite de nuit, et les gros bras des services d’ordre qui fréquentent les mêmes clubs du centre-ville.

Des identitaires exhibant La devanture d’un local syndical qu’ils venaient de vandaliser Photo Fafwatch

Concert de Black Metal et bikers

La nuit, les concerts de « Black metal » du bar le Saint des Seins situé sur la Place Saint Pierre attirent une faune bigarrée ou se mêlent activistes végétariens, bikers tatoués et étudiants en goguette. Dans cette ambiance viking dopée au gros son et aux boissons énergisantes, les identitaires y retrouvent certains des membres des « Occitaners », une association de bikers fans de Harley Davidson. Leur sigle est une tête de mort frappée de la croix occitane. Le groupe d’une vingtaine de membres est présidé par Stéphane Esposito-Fava. Leur local, déclaré en Préfecture le 28 janvier 2011, est situé à l’Union, dans la banlieue de Toulouse. Le 5 avril 2013, ces « passionnés de la moto et du rock’n’roll », ainsi qu’ils se présentent, y ont accueilli une conférence organisée par les identitaires sur le thème du racisme anti-blanc, animée par Gérald Pichon auteur du livre « Sale Blanc ».

L’arrestation de leur leader Mathieu Clique en 2012 et la fermeture de l’Oustal aurait provoqué des tensions au sein des identitaires toulousains, certains d’entre eux décidant de quitter la section locale du Bloc. « Malgré leur activisme, ils restent à l’état de groupuscule », explique Pierre, l’un des contributeurs de Fafwatch, un collectif « antifasciste » dont le site dénonce les actes des militants de l’ultra droite. « Les manifestations comme celles des opposants au mariage pour tous leur donne une visibilité inespérée ».

(1) Génération identitaire se présente comme la branche jeune du Bloc Identitaire.
Le texte sur Mediapart
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