Castelnaudary. "Si ça se passe pas comme on veut, on va enclencher d'autres actions" (les salariés de Spanghero)



Spanghero : les salariés menacent de durcir leur action

Menacés de licenciement, les salariés ont rejeté de nouvelles propositions de la coopérative propriétaire. Ils attendent une offre plus "sérieuse" d'ici à mercredi.



Siege de la société Spanghero a Castelnaudary, dans l'Aude, le 11 février 2013. (FAGES ROBERT/SIPA)
Siege de la société Spanghero a Castelnaudary, dans l'Aude, le 11 février 2013. (FAGES ROBERT/SIPA)


Les salariés de Spanghero, pris dans la tourmente du scandale de la viande de cheval, ont rejeté vendredi 31 mai de nouvelles propositions formulées par la coopérative propriétaire pour accompagner un plan de licenciements de plus en plus probable, et promettent de durcir leur action s'ils n'ont pas une offre plus "sérieuse" d'ici à mercredi.

Devant le spectre de plus en plus menaçant du licenciement, les 230 salariés réclament du propriétaire, la coopérative basque Lur Berri, le versement de trois mois de salaire par année d'ancienneté, la prise en charge de leur mutuelle santé pendant un an et le versement d'une prime de fin d'année complète.

Après avoir vu ses premières propositions rejetées mardi, Lur Berri en a soumis de nouvelles vendredi et elles ne sont "vraiment pas sérieuses", a tranché Jean Aparicio (FO) à l'unisson des autres représentants du personnel. Lur Berri continue "à mépriser les revendications de ses salariés", dit un document qu'ils ont lu aux salariés réunis en assemblée générale.

"Si ça se passe pas comme on veut, on va enclencher d'autres actions"

 

Lur Berri doit revoir sa copie d'ici à mercredi avant un comité d'entreprise qui pourrait être lourd de conséquences, a dit Jean Aparicio. "Mercredi, si ça se passe pas comme on veut, on va enclencher d'autres actions", a-t-il prévenu.

Les représentants du personnel appellent déjà la population de Castelnaudary et des environs à venir se rassembler devant Spanghero au moment du comité d'entreprise. Le maire de Castelnaudary, Patrick Maugard (PS), a jugé l'attitude de Lur Berri "inacceptable" et "moralement condamnable pour un groupe se voulant coopératif qui a réalisé en 2012 un chiffre d'affaires dépassant le milliard d'euros".

Sans s'exprimer explicitement sur le contenu des propositions de Lur Berri, le ministre délégué à l'Agroalimentaire Guillaume Garot a laissé entendre que tout n'était pas encore joué quant au plan social : "Il reste du temps d'ici à mercredi, espérons que ce temps sera mis à profit pour aboutir à une solution la plus juste" pour les salariés, a-t-il déclaré à l'AFP.

L'usine ne fait plus travailler que quelques dizaines de salariés

 

Selon les représentants des salariés, Lur Berri propose à présent d'assumer la part patronale de la mutuelle des salariés licenciés et de leur verser environ la moitié de la prime annuelle. Mais c'est surtout la proposition d'indemnité qui fait bondir les salariés : au lieu des trois mois de salaire par année d'ancienneté, Lur Berri avance en moyenne 200 euros par an, soit en moyenne 25 fois moins que ce que demandent les représentants du personnel, ont dit ces derniers.

Lur Berri met aussi sur la table 105 reclassements.

Spanghero, qui revendiquait 360 salariés avant le scandale, est aux abois depuis qu'elle a été accusée début février d'avoir sciemment revendu du cheval à la place de boeuf à des entreprises produisant elles-mêmes des plats cuisinés comme des lasagnes pour de grandes marques ou de grands distributeurs.

La société est en liquidation depuis avril avec maintien de l'activité pendant trois mois. L'entreprise vient d'apprendre qu'un client de plus s'était détourné cette semaine, a dit Jean Aparicio; l'usine ne fait plus travailler que quelques dizaines de salariés.

L'"obsession" du ministre

 

L'administrateur a annoncé mardi qu'un plan social toucherait tout le personnel, faute de projet de reprise d'au moins une partie de l'activité. Sous la pression, il a cependant consenti à un nouveau délai de grâce jusqu'à un comité d'entreprise le 5 juin pour laisser leur chance à deux projets de reprise encore non-finalisés (l'un porté par les salariés eux-mêmes, l'autre par le fondateur et ancien propriétaire Laurent Spanghero), voire à un autre projet.

Le ministre délégué à l'Agroalimentaire a répété tout faire pour au moins une reprise partielle de l'activité; "C'est mon obsession", a-t-il assuré.

"Est-ce que ce sera suffisant d'ici au 5 juin, je ne peux évidemment pas le dire", a-t-il admis, "parce que chacun sait bien que la situation est très rude pour l'entreprise Spanghero et difficile également sur l'ensemble de la filière".



 NPA 34, NPA