Polémique radio. "Là-bas si j'y suis" : la fin (militante) justifie-t-elle des moyens indignes (dignes des ennemis de notre militantisme) ?

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Page actualisée ce 11 juillet

Tout  est parti de cet article : Daniel Mermet ou les délices de « l’autogestion joyeuse » (Article11)
qui précise dans son intro "Ce n’est jamais un plaisir de « tirer » sur son propre camp. Mais quand l’une des personnalités les plus influentes de l’audiovisuel « de gauche » adopte au quotidien des techniques de management dignes du patronat néolibéral le plus décomplexé, difficile de détourner les yeux. Enquête sur l’animateur un brin schizophrénique de « Là-bas si j’y suis », l’émission culte de France Inter."

Nous publions ci-dessous une des réactions qu'a déclenchées ce texte et donnons ensuite le lien vers le texte de François Ruffin qui probablement fait le plus contrepoint avec celui d'Article 11. Nous ajoutons ce 11 juillet un communiqué important du SNJ-Radio France.

Le cas Mermet et ce qu’il dit de nous … [MAJ]

Lorsque l’on admire quelqu’un … il est difficile de le voir sali, attaqué …. Mais il est encore plus dur de constater que ces nouvelles "attaques" en rappellent d’autres et qu’au final, l’image de cette personne en devient floue, incertaine. C’est ce qui m’arrive avec Daniel Mermet. Je suis un fan, une groupie de l’émission "Là-bas si j’y suis". Il m’est arrivé d’être en retard à un rendez-vous pour écouter la fin d’une émission (avant l’arrivée des Podcast :o ), c’est vous dire. Même s’il m’arrive de zapper certains épisodes, je ne rate jamais les rendez-vous du "Monde Diplo", de Gérard Filoche, du professeur Lordon, ou encore les émissions qui traitent des luttes sociales ici et là-bas !! Je tremble encore au souvenir de la série sur le docteur Josef Mengele (monstre ordinaire du camp nazi d’Auschwitz).

Et puis il y a eu l’épisode 2004, avec le départ houleux de Claire Hauter et Thierry Scharf, suite à une tentative de suicide, sur son lieu de travail, d’une collaboratrice de l’émission. De premiers écrits, un article sur le site Acrimed (ICI), puis une réponse de Mermet intitulée "Pourquoi tant d’amour ?". De premiers doutes ….. Mais nous sommes passés dessus, parce que c’est Là-bas et que cette émission nous est essentielle. C’est bien là d’ailleurs notre ‘crime’ et j’y reviendrais.

Et puis il y a quelques semaines, un "coup de tonnerre" pour un auditeur moyen, qui n’a pas accès aux bruits de couloirs de la maison ronde et aux rumeurs que journalistes, hommes et femmes de média, s’échangent entre eux. Articles, buzz sur les réseaux sociaux, remous dans l’émission (avec une ‘instrumentalisation’ de dernière minute lors de la dernière émission de la saison). Le compte rendu réalisé par la revue Article11 (ici) sur le départ (et leurs témoignages) des journalistes Julien Brygo et Benjamin Fernandez est clair, limpide, étayé. Bien sûr la personnalité d’Olivier Cyran, auteur de l’article est sujette à interrogations tant ses relations avec Mermet sont connues pour êtres … difficiles. Mais tout de même. Les faits semblent parler d’eux-mêmes (mais méfions nous, Chomsky et Normand Baillargeon (ici), grâce à Mermet nous ont appris à regarder le monde que l’on nous présente avec circonspection …).

Rue89, dans un article assez complet dans ses références, vous donnera un bon résumé. Ici.
Dans un des commentaires, justement sur Rue89, certains évoquent le caractère militant de l’émission qui "excuserait" le comportement de l’animateur-producteur. Cet argument me fait frémir. Il me fait penser aux premiers mots de la chanson de Ferrat, Le bilan…. S’il est avéré, rien n’excuse le comportement de Mermet !! La première démarche d’un militant d’une cause est d’être irréprochable sur son comportement vis à vis de cette cause. Comment faire des reportages sur le harcèlement moral chez France Telecom, interpeller responsables et syndicalistes, faire témoigner médecins et experts et user des mêmes pratiques au sein de son équipe ?

Mais le pire de tout ça, c’est qu’au nom de cet espace de liberté que représentent les 45 minutes quotidiennes d’émission, nous nous taisons, nous les AMG ["Auditeurs Modestes et Géniaux" comme se désignent, en récupérant une des formulations fétiches de Daniel M, les fidèles auditeurs de l'émission !]. Nous trouvons des excuses au grand Timonier et nous serions prêt à accepter la souffrance de certains pour pouvoir bénéficier de notre "drogue" quotidienne !! Mais nous avons ni plus ni moins que du sang sur les mains !!! Nous avons peur, nous sommes juste des lâches !!

Nous nous cachons, alors que (une fois de plus) si les faits sont avérés, c’est Mermet qui devrait avoir honte. Le même sentiment de honte que devrait avoir des hommes comme Cahuzac ou DSK (dont on sait que ce n’est pas ça qui les étouffe !!). Car si cela devait être le cas, Mermet salirait une magnifique idée, une belle histoire, des mobilisations de citoyens et d’auditeurs qui croient à un mon moins moche.

J’attends avec impatience les réactions des piliers de l’équipe. Que nous diront-ils ? Que diront les syndicats de Radio France ? Filoche s’est exprimé ... Il devrait directement interpeller Mermet !!!! Que diront les journalistes du Diplo ?

Une fois de plus, si les faits sont exacts, rien ne peut les justifier. Pour Mermet, même si certains éléments de contraintes sont imposés par la direction, il aurait été à son honneur (de son devoir) de montrer comment lutter contre cet état de fait. Pas de s’en accommoder. C’est ce que font les résistants de par le monde. Pire, s’il s’est montré coupable de comportements inhumains envers ses collaborateurs, dépréciateurs, pervers … il aura contribué à la grande marche en avant des idées néo-libérales, de l’individualisme, du pouvoir pour le pouvoir, de l’avidité, des "There’s no alternative" que nous entendons sans cesse. Il nous aura rendu ce monde encore plus moche, il nous aura retiré de l’espoir …

Mais ne serait-ce pas nous qui sommes fous de l’avoir élevé au rang de saint ?

Dans le deuxième volet de la dernière trilogie Batman, le Joker s’en prend directement au procureur Harvey Dent pour démontrer que : "même le meilleur d’entre vous peut tomber et renier ce à quoi il croit" … Finalement, le commandant Gordon choisira de mentir à la population pour préserver l’image du héros. Las …. Le dernier chapitre de la saga démontrera l’inutilité et la vanité du subterfuge. Ne commettons pas la même erreur.

Si les faits sont vrais, soyons du côté des victimes pas de celui du bourreau.

[MAJ 1] : Réponse d’un des piliers de l’émission, Antoine Chao (ICI). Et mon commentaire :

Donc … Je ne suis pas bien sûr de comprendre ….. Parce que l’émission est radiophoniquement une réussite et reste sur les ondes, un des derniers lieux, qui porte une parole différente et salvatrice, cela justifierait toutes les dérives  (si elles sont avérées) ? Mais , Antoine, ne serait-ce pas là qu’un avatar de "la fin justifie les moyens" cher à tous les pourris que l’émission pourfend à longueur d’année ? A ce rythme-là toutes les dérives sont possibles : les reporters de "Là-bas", pourraient être bénévoles pendant qu’on y est ; ça, ça serait du VRAI militantisme !!! Et puis être militant, ne signifie pas forcément, en dehors de la question de la rémunération et de l’engagement, que l’on ai demandé à être traités comme des merdes !!!!

Pour faire cheminer une idée il est bien souvent plus "rentable" d’en faire la promotion par l’exemple plutôt que de pérorer sur sa montagne. C’est pourquoi cette histoire fait aussi mal. Dans notre lutte pour un monde meilleur, la forme compte autant que le fond. Sinon comment convaincre que nous sommes différents dès lors que nous ne sommes pas (ou tout du moins le plus possible) irréprochables ? Cette histoire ne vient pas dénoncer le formidable travail de cette émission depuis des années pour nos oreilles et nos cerveaux, mais elle vient jeter une ombre dégueulasse sur le comportement d’un homme qui porte en lui tout le discrédit de ce qu’il prétendait défendre.

Et c’est ça qui est le plus terrible. Et si c’est le prix à payer pour avoir accès à d’autres manières de penser et de réfléchir, je refuse de le payer.

Le texte sur le site d'Abominablog 

A lire aussi 

Mes années Mermet par François Ruffin (Fakir)


Affaire Mermet, « Là-bas si j’y suis » : les origines du mal (SNJ-Radio France)
 

Les précisions du SNJ Radio France

 

Non, le CHSCT n’a pas terminé son enquête interne sur l’émission Là-bas si j’y suis.
Non, les syndicats n’ont pas abandonné les collaborateurs de ce programme.
Oui, il y a des problèmes de management qui durent depuis longtemps, trop longtemps, mais pour juger des dysfonctionnements de l’émission, il faut aussi comprendre l’origine du mal.
  
 
 


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