Le gouvernement de gauche continue le sale boulot de Fillon et Sarkozy...

 
Retraites: ce sera cotiser plus et plus longtemps
|  Par Rachida El Azzouzi

Ci-dessous aussi la première réaction du NPA 34 et le communiqué national du NPA : Danger ! Une nouvelle réforme de destruction de la retraite des salariéEs

Allongement de la durée de cotisation après 2020 pour atteindre 43 ans en 2035, dans la droite ligne de ce qu'ont entériné les gouvernements précédents, petite hausse des cotisations sociales, compte temps-pénibilité... Le gouvernement a dévoilé les contours de la réforme des retraites. [...]

Taillée dans le consensus pour ne fâcher personne, bric à brac donnant des gages de la CFDT au Medef, [les mesures annoncées] devraient répondre aux exigences de Bruxelles et des marchés financiers… à court terme et poursuivre en matière d’allongement de la durée de cotisation ce qui a été entrepris en 2003 avec la réforme Fillon. 

En voici les grands axes :
  • Travailler plus longtemps
La durée de cotisation sera portée à 43 années en 2035, contre 41,5 actuellement. Cet allongement se fera progressivement. Il faudra tout d'abord cotiser 41 ans et trois trimestres dès 2020, puis 42 ans en 2023, 42 ans et un trimestre en 2026, 42 ans et demi en 2029 et enfin 43 ans en 2035. [...]
  • Pas de hausse de la CSG mais une petite hausse des cotisations
Le gouvernement renonce à augmenter la CSG souvent évoquée et opte pour une hausse des cotisations salariales et patronales de 0,15 point en 2014. [...] Dans le détail, la hausse des cotisations patronales et salariales sera progressive sur quatre ans: 0,15 point en 2014, puis 0,05 en 2015, 2016 et 2017, soit au final 0,3 point pour les actifs comme pour les employeurs en 2017. «Tous les régimes seront concernés: celui des fonctionnaires, les régimes spéciaux comme le régime général ou, par exemple, celui des indépendants selon des modalités propres», a déclaré Ayrault. Cette solution a été préférée à une hausse de la CSG qui aurait pesé « sur l’ensemble des ménages » et qui « n’a pas été créée pour financer les retraite ». [...]
  • Mise en place d’un compte-temps pénibilité
A partir du 1er janvier 2015, un compte personnel de prévention de la pénibilité sera mis en place. Il sera financé par une cotisation des employeurs : une cotisation minimale de toutes les entreprises et une cotisation de chaque entreprise tenant compte de la pénibilité qui lui est propre. Il pourra servir à financer «la formation pour une reconversion, un temps partiel en fin de carrière» ou permettre à un salarié en situation de pénibilité de partir «plus tôt à la retraite». [...]

Le compte pénibilité coûterait un milliard en 2020, 2 à 2,5 milliards en 2035.

« 2013 prolonge 2003 !»

Le premier ministre a par ailleurs annoncé que le gouvernement engagera une réforme «pour que le financement de la protection sociale pèse moins sur le coût du travail». Cette réforme, promise au Medef, concernera la "branche famille" en particulier, a-t-il précisé, ajoutant que «cette évolution sera engagée dès 2014, de sorte qu'il n'y ait pas de hausse du coût du travail l'année prochaine».
 
C’est «l’ouverture surprise» du gouvernement qui a été faite lundi 26 août au nouveau patron du Medef Pierre Gattaz qui plaide ardemment pour un basculement des 5,4 % de charges patronales de la branche famille vers la fiscalité (CSG ou TVA). Ce que Force Ouvrière et la CGT, les syndicats les plus déçus par cette réforme, vont s’employer dans les prochaines semaines à surveiller car «cela reviendrait à transférer le financement des allocations familiales sur les ménages», s’étrangle Philippe Pihet de Force Ouvrière.

Si quelques mesures les satisfont comme celle concernant la pénibilité, les femmes ou les jeunes mais avec une portée limitée sur les salariés concernés, cette réforme se situe dans la continuité des précédentes en privilégiant la poursuite jusqu’en 2020 de l’allongement de la durée de cotisation prévue par la loi Fillon, et en prolongeant ces dispositions après 2020, déplorent les deux syndicats. «Ayrault fait du Fillon ! 2013 prolonge 2003 ! Et sur cette question, il n’y a pas eu de concertation», constate Philippe Pihet de FO. 

«Demander 43 ans de cotisations aux jeunes nés à partir de 1973 alors même qu’on sait qu’ils rentrent de plus en plus tard dans le monde du travail et qu’ils atteindront ainsi l’âge du taux plein bien après 65 ans est une disposition orientée contre la jeunesse», renchérit la CGT dans son communiqué.

 «Ce n’est pas ce que nous attendions de la gauche. En 2010, ils étaient dans la rue avec nous pour défendre la retraite à 60 ans. Aujourd’hui, non seulement ils entérinent les ravages de l’ère Sarkozy mais ils vont encore plus loin puisqu’à partir de 2020, ils augmenteront encore la durée de cotisation. Nous avons l'impression d'avoir un gouvernement qui écoute plus le patronat que les salariés du monde du travail », abonde un cadre de la CGT. Il espère une forte mobilisation des salariés lors de la journée d’action du 10 septembre pour les salaires, l’emploi et une protection sociale de haut niveau mais il ne s’attend pas à revivre les manifestations houleuses de 2010 contre la tant décriée réforme Sarkozy.

 Car le gouvernement a tactiquement très bien joué, réussissant à désamorcer et à déminer un dossier explosif et crucial du quinquennat, en ne touchant pas par exemple aux régimes spéciaux ou aux retraites des fonctionnaires. [1] [...]

[1] Premier commentaire du NPA 34 :  "le gouvernement a tactiquement très bien joué" est-il écrit dans l'article de Mediapart. Nous savons que cela s'appelle en fait jouer avec (contre) nos retraites et avec les faiblesses du syndicalisme "de proposition" et  "d'accompagnement"... des contre-réformes. Car, pour nous en tenir à ce seul point, outre le caractère inacceptable d'augmenter les cotisations salariales et de voir rallonger en 2035, mais en commençant dès 2020, la durée de cotisation, les mesures annoncées signifient dans l'immédiat la perpétuation d'une agression menée depuis plusieurs années contre les salariés que seul un retour aux 37,5 annuités et aux 60 ans pour tous permettrait de commencer à neutraliser. Ce petit jeu tactique joue clairement contre l'emploi des jeunes et des femmes et contre le droit des salariés à "entrer en retraite" dans les meilleures conditions de vie...

Quant à la manoeuvre sur les syndicats, le compte-temps pénibilité participe de l'enfumage classique visant à faire payer une (petite) avancée pour quelques uns par la dégradation de la situation de la majorité des salariés. Cette intox très prisée à la CFDT (comme celle d'une CSG qu'on écarte par la fenêtre pour mieux la faire entrer par la porte des "allocs") risque, si l'on n'y prend garde, de peser sur les autres syndicats, à profil plus combatifs, qui sont souvent à l'affût du positionnement du "maillon faible" syndical pour entériner que l'on ne peut pas aller plus loin dans la mobilisation. Et cela alors que l'on sait que, sur la base de l'idéologie patronale de la nécessité de "baisser le coût du travail", que partage totalement la gauche gouvernementale, celle-ci obéit au doigt et à l'oeil aux préconisations capitalistes de l'Union Européenne et poursuit la politique de la droite en matière de retraites !

La mobilisation reste donc plus que jamais d'actualité pour déjouer non seulement la tactique gouvernementale de désamorçage des résistances à sa politique antipopulaire-propatronale mais aussi la tentation des principaux syndicats à céder au simulacre d'une opposition à celle-ci : il faut éviter à tout prix que la journée de grèves et de manifestations du 10 septembre ne prenne place dans le dispositif du "passage en douceur" cher à Hollande et sa bande et ne devienne une action d'un jour pour l'inaction durable ! Le souvenir de la tactique syndicale d'enterrement de la dynamique des actions en 2010 doit nous servir de leçon. A nous d'inventer la tactique (la stratégie ?), visant réellement à battre le gouvernement sur un projet qui reste un projet de casse des retraites...Dans la droite (version gauche !) ligne des Balladur-Fillon-Sarkozy...

Illustration par NPA 34 tirée de  fiscalite‑sarkozy‑hollande‑retraites.jpg

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Le dossier retraites  du NPA de Nîmes
NPA 34, NPA