Montpellier. Quartier Gambetta : ça craint...

... à cause de l'image qu'en donne la presse

... à cause de la politique urbanistique

... à cause de la précarisation et de la paupérisation 

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C'est ce que nous explique une habitante du quartier dans une longue lettre dont nous reproduisons des extraits ci-dessous, pour répondre à une série d'articles de Midi-Libre (voir en fin de ce billet).
La politique de rénovation
Voici mon analyse militante et a fortiori comme habitante du quartier depuis plus de 15 ans. J'ai choisi d'y vivre pour l'avoir connu avant, je me suis impliquée dans l'association de quartier de l'époque jusqu'aux environs de 2010 "Drôle de Figue".(...)
(...)Bon nombre de membres de cette association avait émis des réserves importantes concernant les projets de rénovation(...)Nous avons assisté à la condamnation d'un certains nombres de logements, en location ou en petite propriété avec déplacement des locataires de conditions très modestes et expulsion de petits propriétaires, voire aussi des commerçants menacés d'expulsion s'ils ne répondaient pas à certaines normes parfois excessives.
Ce plan de rénovation dit "Montpellier Grand Coeur", maintenant avancé s'est malheureusement orienté vers une "gentrification" du quartier. Les couches populaires étant remplacées par des personnes en capacité d'acheter ou d'investir avec rénovation à la clé, ce qui suppose des moyens financiers importants. Donc la configuration sociologique change forcément. L'arrivée du Tram 3, l'ouverture de magasin plus "haut de gamme", etc confortent ce changement. La Mairie s'attachant à faire de Figuerolles une extension du centre ville, le prix de l'immobilier y a bondi.
Il est à noter aussi qu'un certain nombres d'immeuble sont restés vides très longtemps ( cela peut aller jusqu'à 4-5 ans), la rénovation se fait à un rythme très lent en regard des besoins de logement sur la ville. Mais comme j'ai pu le lire en son temps un élu disait : "pour Figuerolles c'est un travail de fourmi (la rénovation), on y mettra le temps qu'il faut, mais on ira jusqu'au bout", traduisez malgré les résistances.
Georges Frêche au moment où le tram 3 a été mis en service disait bien qu'il voulait faire du Cours Gambetta les Champs Elysées de Montpellier ! 

Réponse aux articles de Midi-Libre
(...)en tant qu'habitante du quartier je voudrais apporter ici quelques remarques en contre point. 
1° Il n'y a pas de changement majeur dans les relations entre les résidents et les personnes qui fréquentent le quartier à divers titres. Donc les témoignages retranscrit par exemple d'une résidente aurait pu être compléter par des avis contraires. Faire entendre le pour et le contre rend les choses plus objectives
2° Ce serait les commerçants qui sont à la pointe des exaspérations évoquées. (...)quid des autres usagers du quartier ? De plus ceux qui s'expriment ne supportent plus quelque chose qui existait depuis très longtemps. Il me semble que les préjudices dont il se plaignent en terme de fréquentation et manque à gagner seraient certainement plus dus au difficultés économiques que rencontrent les populations. Les ventes "à la sauvette" ont toujours été une pratique qui se faisait à l'occasion du marché comme un espace de puces libres. Je ne la valide pas mais c'est une réalité dont il faut tenir compte. A mon avis elles ne peuvent constituer une réelle concurrence, et surtout c'est une situation très pénible pour les vendeurs eux-mêmes (sentiment d'insécurité permanente face à cette situation forcée d'illégalité, peur, etc.). On a là tous les ingrédients pour engendrer du conflit qui pourrait vite avoir des allures xénophobes et racistes. Sur la question de l'engorgement du Cours Gambetta, il faudrait relever que cela est du à une erreur de conception urbanistique évidente. Le besoin d'arrêt de courte durée est réel, comme sur le boulevard Rénouvier d'ailleurs. Il aurait été nécessaire de le prévoir. Il faut constater que la Place du Plan Cabane est largement sous utilisée. Une autre topographie aurait pu éviter la situation actuelle.
On en vient à une stigmatisation de certaines populations. Leurs activités de ventes illégales, servant à leur survie, est certes problématique. Mais s'instaure par un tel contenu un climat détestable et délétère. Je cite un autre témoignage de l'article, sorti de la bouche d'un commerçant "....Le problème de la circulation ici se sont les vendeurs à la sauvette. Les gens s'arrêtent faire leur course, discutent, boivent un café. Il faut les verbaliser...". Qui gêne qui ? On se le demande. Au fil de l'article toutes sortes de gens sont pris pour cible, les petits vendeurs de trottoir et qui plus est maintenant des roms, des femmes voilées, les sdf qui ne trouvent plus leur place dans l'écusson se rapatriant vers St Denis. L'affichage sauvage et les tags, je précise d'ailleurs à ce propos que pendant des années l'affichage sauvage sur les murs de la Sécurité Sociale annonçait des évènements culturels subventionnés pas les collectivités locales (sic!) etc. . Donc on est tombé dans le piège de la confusion. Tout y passe dans un mélange des genres qui me semble dangereux. Ponctuellement, en plus de cette présence considérée comme "envahissante" (ce qui est d'ailleurs faux en nombres et très relatif), il se trouve que le magasin Tati a été en rénovation et que la circulation des piétons sur les trottoirs en a été considérablement réduite puisqu'il y avait un énorme container et des camions ou voitures pour les travaux en permanence. Ceci dit en dehors de cela, il n'y a jamais d'obstruction au passage...
(...)est-ce la bonne voie que de mettre dans le viseur des personnes qui ne sont là que pour essayer de s'en sortir face à une situation sociale et économique extrêmement difficile ? Font-ils le choix de passer des heures à tenter de gagner 3 francs 6 sous ? Ils survivent à peine, c'est tout.
Je tiens à dire que cet article du 16 Septembre m'a soulevé le cœur et que malheureusement il en restera des traces nauséabondes.

Vivre ensemble
Ces derniers temps il y a eu aussi d'autres changements de vie dont on ne parle pas et qui néanmoins, mais dans le silence, ne satisfont pas tous les usagers du quartier. Notamment le déplacement du Marché quotidien que l'on nous avait dit provisoire mais qui s'est révélé définitif, réduit à la stricte petite place Salengro. L'apparition de vastes terrasses et étales qui occupent la nouvelle configuration du carrefour Renouvier et rue du Faubourg Figuerolles rendant mal aisé la circulation des piétons, il faut zizaguer entre les différents étals et on se demande si les surfaces attribuées sont bien respectées. Il n'y a aucun système pour accrocher les vélos, il n'y a aucun banc si l'on veut se reposer après les courses au marché, je pense aux personnes fragiles (personnes âgées ou handicapées) sauf à consommer à une terrasse. Donc il y a eu des avantages accordés à quelques commerçants. Ainsi tout n'est pas noir pour eux. J'essaie donc ici de remettre les choses à leur juste place en souhaitant que l'on ne se trompe pas de cible. Nous sommes dans une période si dangereuse, que déclencher ce genre de guerre peut avoir des conséquences dramatiques au détour d'un potentiel dérapage. Il y une nécessité à ce qu'un vrai DIALOGUE ait lieu, impliquant et laissant RÉELLEMENT la parole à tous les usagers du quartier à quelque titre qu'ils soient, pour que la suite de son évolution soit conçue en fonction des besoins réels. Notre bien vivre ensemble ne pourrait qu'y gagner.


Montpellier : Gambetta sous pression à cause des vendeurs à la sauvette

CATHY SOUN
MIDI-LIBRE
Mis à jour le 16/09/2013, 09 h 24
La situation n'est pas nouvelle mais la crispation va crescendo.
La situation n'est pas nouvelle mais la crispation va crescendo. (R. D. H.)
Sur le cours Gambetta à Montpellier, les incivilités se multiplient, les doubles files et vendeurs à la sauvette excèdent riverains et commerçants. Une réunion a lieu aujourd’hui à la CCI.
Une voiture sur un emplacement réservé aux livraisons. Un camion en double file sur l’une des deux voies de circulation. Un attroupement autour de Roms étalant leur fourbi sur le trottoir. Une dame voilée de la tête aux pieds vendant des fruits et légumes à la sauvette. Scène ordinaire de la vie quotidienne, cours Gambetta, entre les rues Daru et Adam-de-Cramponne.
La situation n’est pas nouvelle, certes, mais les crispations vont crescendo. Riverains et commerçants ne cachent plus leur ras-le-bol. "Il y a toujours eu quelques vendeurs de menthe et de coriandre, confie une riveraine. Ça faisait partie du charme du quartier. Aujourd’hui, il faut presque demander pardon pour sortir de son immeuble !"



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