Pour débattre. Comprendre la nouvelle centralité du FN dans la vie politique française



RAPPEL

Le Pen à Montpellier ?

Rassemblement 
VENDREDI 18 OCTOBRE

 à 17h.

Place Paul Bec à Montpellier

(derrière le Polygone, arrêt de tram Antigone)

Ce populisme liquide qui se propage à tout l’échiquier politique

Par Raphaël Liogier Professeur des universités, IEP d’Aix-en-Provence, directeur de l’Observatoire

du religieux-Cherpa, responsable du master religions et société

 

Le populiste n’est pas un démagogue ordinaire qui tente de séduire le plus grand nombre d’électeurs, mais il est possédé, presque au sens mystique, par la vérité incritiquable du peuple, par sa bouche s’exprime le bon sens populaire qu’aucun argument rationnel ne peut contredire. Le populisme est fondé sur l’émotion, et il ne fonctionne que lorsqu’une société connaît une rupture de récit collectif, autrement dit lorsqu’elle ne réussit plus à se raconter positivement. 

C’est une telle rupture de récit qui touche à mon sens les sociétés européennes, et pas seulement la France, depuis le début des années 2000. La plupart des sondages laissent apparaître ce sentiment de déclin mêlé au rejet de la mondialisation, autrement dit du monde tel qu’il est. Le populiste par son discours radicalement antisystème, sans programme clairement défini, ni de droite ni de gauche, capte, se nourrit et alimente cette angoisse collective. Mais la mondialisation est trop impersonnelle, il lui faut personnaliser la peur, désigner des cibles concrètes à sa portée. Ce que l’on appelle des boucs émissaires. Par exemple, le musulman qui est un des boucs émissaires les plus pratiques, parce qu’il synthétise tout à la fois l’image du Sarrazin ennemi multiséculaire de l’Europe chrétienne et l’antimodernité, permettant ainsi l’alliance émotionnelle entre les réactionnaires et les progressistes, en vue de défendre la collectivité contre une force envahissante (qui partout nous encercle) et maléfique (qui a l’intention d’en finir avec nous). Les Roms, que l’on s’imagine d’origine non européenne, qui errent d’un bout à l’autre du continent, peuvent devenir si l’on veut des musulmans de substitution. Leur cas est très intéressant parce que, contrairement aux musulmans, ils ne représentent pas des millions de gens, ni même des centaines de milliers, mais à peine 20 000 âmes dans un pays, la France, qui en compte près de 65 millions. Ce qui n’empêche pas de sentir que si on les laissait faire ils pourraient transformer Paris en «un campement géant» (Anne Hidalgo), comme s’il s’agissait d’une marée humaine, et de sentir que ce «mauvais peuple» s’en prend massivement au «vrai peuple» : «Ils harcèlent les Parisiens», comme dit Nathalie Kosciusko-Morizet. Cette microminorité aurait donc par enchantement le pouvoir de nous envahir et le dessein de s’imposer à nous, voire de nous remplacer.

Cette situation ressemble à bien des égards aux années 30, avec l’image du Juif menaçant et pourtant archiminoritaire, et en réalité très faible comme l’a montré Hannah Arendt, et des Juifs de substitution que pouvaient être les Tsiganes. A cette époque aussi se développe le type du réactionnaire progressiste, avec des partis nationaux socialistes. Mais il y a pourtant des différences. Voici la plus fondamentale : il n’y a plus d’édifices idéologiques solides, reposant sur la défense raciale, capables d’entraîner les foules et dirigeants dans des programmes politiques objectivement totalitaires. Le populisme actuel ne défend plus la race mais la culture occidentale, européenne, notion fluctuante mieux adaptée à l’univers des sondages d’opinion. Ce populisme liquide actuel peut donner naissance aux combinaisons opiniologiques les plus improbables, réduisant à néant toute cohérence idéologique et programmatique au seul commun dénominateur de la défense de notre culture. C’est ainsi que les ennemis essentiels sont devenus d’un côté les minorités ethnoculturelles, et de l’autre les bobos multiculturalistes, héritiers de Mai 1968, traîtres à leur propre culture. Pensons aux débats - ou non-débats - hallucinants lors du vote de la loi dite du mariage pour tous au printemps ! Que l’on soit pour ou contre, là n’est pas le problème. On verra surgir des perles opiniologiques : c’est un complot sioniste (Dieudonné), c’est un complot du capitalisme néolibéral parce que la Gestation pour autrui crée de nouveaux marchés (le site Boulevard Voltaire). Il ne s’agit pas, pour les opposants d’attaquer l’homosexualité en tant que choix sexuel individuel, mais de se défendre contre un mode de filiation qui serait culturellement invasif. Même la laïcité n’est plus un principe juridique mais la bannière d’une croisade contre le multiculturalisme, presque l’instrument d’une politique de purification culturelle.

On ne peut pas comprendre la nouvelle centralité du FN dans la vie politique française si l’on ne réalise pas ce grand tournant populiste du milieu des années 2000. Marine Le Pen l’a compris, avec les conseils avisés de Florian Philippot, issu de la gauche souverainiste et formé dans les instituts de sondage. Elle a certes gardé la vieille tendance nationaliste et réactionnaire de son père, mais en l’expurgeant de son libéralisme économique fondé sur la protection très poujadiste des petits commerçants (pouvant aller chez Jean-Marie Le Pen jusqu’à la suppression de l’impôt sur le revenu). A la place Marine Le Pen est anticapitaliste, antimondialisation et ouvertement socialiste, allant jusqu’à qualifier François Hollande de mauvais socialiste parce qu’il aurait abandonné les pauvres, les laissés-pour-compte. Admirons comment elle a su ne pas trop s’impliquer dans le débat sur le mariage homosexuel pour préserver ses futurs électeurs progressistes, et comment elle a su faire de la laïcité un patrimoine national à défendre sur le même plan que l’héritage de Clovis et le vase de Soissons. Elle est ainsi devenue réactionnaire progressiste (comme Manuel Valls est progressiste réactionnaire !), et a en partie raison d’affirmer qu’elle n’est pas d’extrême droite. En effet, elle n’est plus seulement d’extrême droite, parce qu’elle n’est plus à l’extrême mais au cœur de l’échiquier politique, en situation de réunir une nouvelle majorité non plus fondée sur un programme qu’il soit de droite ou de gauche mais sur un protectionnisme culturel radical nourri par l’angoisse collective de l’encerclement (extérieur et intérieur !). Il y a deux autres caractéristiques essentielles du populisme liquide actuel, c’est d’une part de ne plus être cantonné à un seul parti, mais de circuler avec une grande fluidité sur tout l’échiquier politique, à l’UMP avec la Droite populaire ou au PS avec la Gauche populaire, et d’autre part de ronger très insidieusement, opiniologiquement, l’Etat de droit fondé sur les libertés fondamentales.

Auteur de : «Ce populisme qui vient», éditions Textuel 2013.

Illustrations par NPA 34

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