Front National. "Hou, Manuel, fais-nous peur !"


On est devant une version très dégradée de la manière dont François Mitterrand avait utilisé le Front national dans les années quatre-vingt
[A lire ci-dessous A notre avis]


Si l'argument employé en Italie par Manuel Valls semble avoir une part de vérité électorale, le Front national reste un parti isolé, en manque de cadres et potentiellement divisé.

L’exploitation des peurs de l’opinion figure parmi les grands classiques de la manipulation politique. Les observateurs ont coutume, non sans raison, d’accuser l’extrême droite de «surfer» sur les craintes populaires ou encore de prospérer sur le «terreau» des misères sociales. Nicolas Sarkozy, d’une autre manière, était passé maître dans l’art de tirer partie des angoisses des Français, qu’il s’agisse de camps de Roms ou de mondialisation débridée.

Communicant chevronné, Manuel Valls s’emploie à son tour à mobiliser à son profit les peurs de Français effectivement en proie à de multiples appréhensions. Il l’avait fait, à plusieurs reprises, sur les thématiques sécuritaires. Le voici qui s’avance désormais sur ce terrain glissant en matière politique. Après avoir gravement averti que la gauche pouvait «mourir», le Premier ministre vient d’oser une très surprenante déclaration à la Festa de l'Unita à Bologne, en Italie: «En France, l’extrême droite et Marine Le Pen sont aux portes du pouvoir!»
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A notre avis

Voici un extrait de ce que nous écrivions, à la suite des dernières élections européennes, dans l'article titré Européennes : le trompe-l'oeil de la victoire écrasante du FN ! Donnons-nous Le Pen de lire correctement les résultats ! (voir ci-dessous l'intégralité de ce texte) :

Il est décisif de ne pas céder à la panique du "un Français sur quatre vote FN" car la panique, c'est connu, est mauvaise conseillère : si le vote FN est étroitement corrélé à la baisse des autres partis (y compris à la baisse ou à la stagnation des partis à la gauche du PS), si donc on veut bien regarder que le centre de gravité politique du moment est, plus que le FN "qui n'a fait que perdre moins d'électeurs que les autres", l'abstention (et les votes nuls), c'est toute une perspective d'action qui, contre les jeux de masques médiatico-politiques tétanisant sur ce parti, peut apparaître à l'ordre du jour. Celle qui refuse d'entrer dans le jeu politique balisé par les partis fourriers du FN, le PS et l'UMP pour l'essentiel. Celle qui, message adressé en priorité aux partis du Front de Gauche, devrait s'éloigner absolument de tout positionnement de proximité avec le parti qui gouverne, au nom de la gauche, pour le compte (!) du patronat, contre la population. Laquelle population - déroulons la chaîne des séquences obligées - n'a d'autre moyen que de s'abstenir (ou de se tourner, marginalement, oui, encore marginalement, il faut le dire si l'on est respectueux du chiffre des inscrits, vers le FN) pour ... exprimer son désarroi, son scepticisme, sa colère, etc. Car l'abstention, sortons des pesanteurs de l'idéologie du système, exprime, est expression ! Une expression par une mise de soi hors jeu qui, contrairement à ce qui prévaut au foot ou au rugby, disqualifie celui qui règle le jeu ! Précisons : un hors jeu qui disqualifie aussi ce qu'en d'autres temps certains nommaient "crétinisme parlementaire" et qu'aujourd'hui nous pourrions méchamment appeler "crétinisme électoraliste", ce biais de la pensée de gauche dominante (pas qu'au PS) qui la fait rester polarisée par le simulacre (le cirque ?) toujours plus marqué que sont devenues les élections : comme l'atteste que la dynamique mélenchonienne de la prise de la prise de la Bastille en 2012 ait succombé devant des jeux d'appareils internes au Front de Gauche, tous inscrits, malgré les divergences entre partenaires, dans des problématiques institutionnelles (s'allier avec le PS ou avec la gauche du PS ou avec les faux indépendants d'EELV). Le tout dans l'impuissance, par marginalisation totale, des anticapitalistes d'Ensemble. Avec toujours les élections réellement existantes (inexistantes démocratiquement parlant) en point de mire stratégique... Par là on ne peut que constater que la victoire du FN à ces Européennes, replacées comme une victoire par défaut, est, paradoxe pour un parti qui se veut antisystème, une victoire dudit système : celui d'une démocratie qui a perdu ses électeurs et s'en accommode. Dans ce cadre, auquel la gauche de gauche électoraliste apporte par ses "atermoiements" sa pierre, on ne doit pas sous-estimer le danger que représente Le Pen et sa bande pour la population : pas celui du "fascisme" à l'hitlérienne, soyons sérieux, mais celui d'une capacité à s'approprier, probablement par une recomposition en leur faveur de la droite dite républicaine (Bygmalion pain bénit ?), les mécanismes de cette démocratie sans beaucoup d'électeurs pour poursuivre à leur façon, en accentuant les discriminations anti-immigré-e-s  et la diabolisation "laïque" de l'islam en particulier (ayons une pensée pour Valls...), le ciblage antipopulaire organisé par les "démocrates" qui les auraient précédés ! 


Ne pas majorer le poids réel du FN, ne pas se laisser embarquer par les à-peu-près médiatiques sur les résultats électoraux, ce n'est pas amoindrir le nécessaire combat à mener contre ce parti. Cela sert à situer l'angle d'attaque qui ne peut qu'être, à ce niveau de défaite de la démocratie, extérieur aux balises électorales : l'heure est bien à se retrousser les manches pour mettre à nouveau en selle un mouvement social qui peine à se remettre de la défaite de 2010 et qui a, jusqu'ici, laissé se développer l'illusion que par les urnes (syndrome bouillant mélenchonien, syndrome tiédasse Hollande) "on y arriverait" ! La démonstration est faite qu'il n'en est rien ... C'est le FN qui est arrivé... Nous devons nous convaincre que nous avons les moyens de l'envoyer dans les cordes par un décentrement-recentrage politique vers le social d'où nous pouvons aider à l'émergence de réponses alternatives au capitalisme et à ce que l'abstention dévoile être une démocratie délestée de son demos.  Mais commençons par ne pas leur faire le cadeau d'une interprétation hasardeuse des chiffres de leur "victoire" !



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Billet intéressant mais si l'on retient que son point de vue "idéologique" est celui du "bon fonctionnement d'une démocratie sociale moderne. Formalisme institutionnel, respect des engagements internationaux, recherche du compromis, dialogue social ou intégration par les organisations intermédiaires". C'est à l'aune d'une telle conception libérale de la société, très en phase avec un "système" régulateur des conflits et absorbant les "turbulences dérangeant le cours du négoce, que l'auteur analyse les difficultés du FN à être "crédible" aux yeux "des principaux acteurs économiques, syndicats ou Medef, jusqu'aux patrons des petites et moyennes entreprises". Mais les anticapitalistes ont tout à gagner à se frotter à des analyses de ce type, qui par ailleurs ont leur logique, et à travailler dans les creux de leur argumentaire pour échapper eux-mêmes à tant d'à peu près sur le péril frontiste qui ont cours dans la gauche radicale (voir nos textes de début de page). Gauche radicale où certains aiment à jouer à se faire peur pour fonder un antifascisme révolutionnaire et prêtent le flanc, involontairement, à promouvoir un autre antifascisme, politicien, qui crie aussi au loup frontiste pour faire oublier que c'est sa politique qui fait sortir ledit loup, au demeurant plutôt louveteau, de sa tanière !

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Le repoussoir (1) à deux têtes ("la gauche" contre "la facho")  au service du capitalisme !

 (1) avec quelques points d'affinité : les Roms et les musulmans...
NPA 34, NPA