mercredi 8 octobre 2014

Grève à Air France. L'heure du bilan ...


Premier enseignement à garder en mémoire : ce gouvernement est de droite et il fait logiquement bloc (et fera bloc) avec le patronat... Ce bloc capitaliste, il faut le casser !



Le gouvernement Valls a d’abord joué l’intimidation. Il a mené une campagne haineuse contre la grève des pilotes « privilégiés et corporatistes », comme il l’avait fait il y a quelques mois contre celle des cheminots. Devant la force de la grève et craignant la contagion sur un thème très populaire, les socialistes ont pesé de tout leur poids pour que le projet Transavia Europe soit retiré… pour dans le même temps mieux réaffirmer leur soutien au projet Transavia France, lui aussi destructeur d’emplois stables et correctement rémunérés.

Un bras de fer à l’issue duquel des salariés en grève imposent la suppression d’un plan patronal… Quel mauvais exemple à l’heure du « pacte de responsabilité » ! Cliquer ici

1er octobre

Cette grève a été motivée par l’attaque massive que représente le projet Transavia Europe, un milliard d’euros issus du travail des salariéEs d’Air France pour créer une entreprise low cost, avec des contrats de travail portugais ou allemands, des salaires inférieurs et la perspective d’une faillite de la caisse de retraite des pilotes. 

Cette lutte a vu la création d’une intersyndicale : tous les syndicats de pilotes – SNPL, SPAF et ALTER –, des hôtesses et stewards, et pour le sol seulement la CGT et Sud Aérien. Cliquer ici

 29 septembre


Selon Christophe Pesenti, du syndicat Alter, "les pilotes ont indiqué un début et une fin" à leur déclaration mais l'entreprise "compte des absences injustifiées pour les jours suivants", "avec la même sanction financière" du retrait de salaire.
Le syndicat réfute toute "stratégie" ou "consigne" donnée aux pilotes pour réduire l'impact financier sur les salaires. "On assume la grève", dit-il. Cliquer ici






28 septembre


Le combat continue !

Le syndicalisme pilote n'est pas mort !

 
 
[…A lire à la suite de ce texte Le point de vue du NPA 34]
 

Nous regrettons que le SNPL (ndlr : Syndicat National des Pilotes de Ligne - syndicat ultra majoritaire) ait fait le choix non concerté de sortie de conflit, l'unité aurait dû prévaloir jusqu'en cette décision. ALTER ne peut donc qu'en prendre acte.

Nous entendons les raisons de cette décision, préservation de l'outil de travail et jusqu'au-boutisme de la direction qui n'aura rien lâché, allant de provocations en provocations.
Mais pour ALTER, alors que la mobilisation battait encore son plein, alors que ce sont bien les pilotes qui avaient sonné le tocsin de la révolte au printemps dernier, il leur revenait de plein droit de décider ou non de la prolongation de ce conflit.
Néanmoins, personne n'aura trahi, personne n'aura signé d'accord de fin de conflit scélérat, comme ce fut trop souvent le cas par le passé. Mieux vaut pas d'accord qu'un mauvais accord ! 

 

Et même si la direction devait dénoncer l'accord Transavia France, celui-ci perdurerait pendant quinze mois. Et il y a de grandes chances que d'autres pavés pleuvront d'ici-là sur le tarmac des luttes sociales. 
Côté ALTER, notre non représentativité nous met dans l'impossibilité légale de pouvoir négocier quoi que ce soit avec la direction. Dans le conflit actuel, cela a donc contribué à nous empêcher de faire valoir nos positions à la table des négociations. ALTER ne peut que le déplorer, nous espérons seulement que les prochaines élections professionnelles corrigeront ce fait. 

Sur le conflit en cours, ALTER a déposé un préavis de grève qui court jusqu'au 30 octobre inclus, date à laquelle le SNPL AF avait aussi appelé les pilotes à se déclarer gréviste. A cette heure, nous ne ferons pas de surenchère en terme de préavis de grève. Nous laissons néanmoins aux pilotes la possibilité d' envoyer un signal fort d'ici-là quant à leur volonté de poursuivre le combat débuté le 15 septembre dernier. En outre, le 30 septembre prochain, Juniac sera entendu par la commission ad hoc de l'Assemblée Nationale sur les sujets de lutte en cours. ALTER va aussi demander à être entendu par ces mêmes députés. En regard de toutes ces perspectives et afin de montrer à la direction notre détermination intacte à poursuivre dans le temps le combat, afin de lui signifier que le syndicalisme pilote, voire le syndicalisme tout court, n'est pas mort à Air France, ALTER maintient son préavis jusqu'à cette date.


La situation n'est pas désespérée, loin de là ! Les syndicats unis ont remporté une victoire, celle contre TO Europe (ndlr : TO = Transavia). Même si ce projet peut s'apparenter à un chiffon rouge dans le conflit qui se dessinait alors sur TO France, il n'en reste pas moins qu'il est bel et bien dans les ambitions de la direction à moyen terme. Son projet de démantèlement d'Air France et de casse de notre contrat social n'est pas abandonné.

Nous devons continuer à croire en nos forces, car la profession a su démontrer qu'elle était capable de se mobiliser pendant au moins 14 jours, l'avenir nous démontera peut-être qu'elle est capable d'aller encore plus loin. 

Mais s'il est vrai aussi que nous n'avons pas remporté cette première bataille,
il est encore plus vrai que la guerre continue ! 

Pour vous en persuader, ALTER vous rappelle les dires de la direction concernant l'avenir du Long Courrier publiés dans le Flash Actu du 5 septembre dernier : « Pour le LC [long courrier], Perform 2020 devra définir les conditions de développement permettant de bénéficier de perspectives de croissance durable du marché au départ ou à destination de l'Europe, estimées à 4% par an. Dans un environnement concurrentiel animé par les compagnies du Golfe, et les efforts de compétitivité engagés par IAG et Lufthansa Group, AF comme KLM devront mener une réflexion sur la rentabilité de certaines lignes et fournir les efforts nécessaires pour ouvrir de nouvelles lignes de façon rentable. » 

Car, si nous courbons définitivement l'échine devant les exigences mortifères de nos financiers, le pire est à craindre pour nos conditions de travail, pour nos conditions de rémunération, pour notre belle entreprise, pour nos vies tout simplement. Et TO Europe pourrait revenir sur le tapis rapidement, peut-être sous une autre forme.

Notre sortie de conflit doit être interprétée comme un repli tactique et non comme une reddition pleine et entière. Nous allons reprendre des forces après quatorze jours d'engagement sans relâche. ALTER continue donc le combat pour défendre Air France et notre profession.

Ne vous démobilisez pas, reprenons de l'énergie, il le faut, et gardons à l'esprit qu'une bataille de perdue ne présage en rien de l'issue de la guerre que nous a déclarée la direction d'AF/KLM.

Le combat doit continuer contre la volonté des financiers de tous poils qui nous gouvernent et voudraient que les accords sociaux ne soient plus négociés qu'en regard de leur nouveau credo idéologique : le Gagnant/Perdant... ou le rôle du Gagnant serait toujours dévolu au même, le patron. Et ce à l'aide des artifices du "Prix du marché", des "Standards de l'industrie" qui ont le gros avantage d'être fixés par sa caste (voir le récent lobbying gagnant auprès du Parlement européen et le vote en faveur des nouvelles règles d'utilisation régressives des navigants). Il nous faudra peut-être pour cela élargir le front unitaire de la contestation vers les autres OP d'Air France, voire de KLM, face à des directions, elles, unies, et motivées par leur seules ambitions financières, car leurs profits de demain sont nos sacrifices d'aujourd'hui.  

Si le combat devait s'arrêter le 30 septembre prochain, soyez néanmoins fiers de vous, fiers du soutien indéfectible que vous nous avez apporté tout au long de ces quatorze jours, lors des AG, de la manifestation à l'Assemblée Nationale, par vos messages internet et autres… Durant ces quatorze jours, nous avons été forts de vous, nous vous en remercions !

L'avenir de notre profession et d'Air France est devant nous,
SOYEZ PERSUADES QU'ELLE DEVRA S’ÉCRIRE AVEC NOUS ET PAS SANS NOUS !

ALTER y veillera !


Guillaume (syndiqué Alter)


Le point de vue du NPA 34

Il sera apparu tout au long de la grève que, malgré quelques pressions sur la direction d'Air France, qui étaient en fait destinées à l'amener à mieux manoeuvrer, le gouvernement s'est placé totalement du côté du patron. La petite minorité d'actions possédée par l'Etat dans le capital de l'entreprise (moins de 16%) ne lui aura servi qu'à mieux rester dans le courant de la logique financière dominante axée sur la low-costisation des conditions de travail des salariés. Valls et sa bande confirment une nouvelle fois, peut-être de façon plus spectaculaire que d'habitude, qu'ils sont des soutiers du privé et usent de tous les ressorts politiques et médiatiques pour poser que la loi du profit, donc de l'exploitation du salariat, est la seule valeur à défendre. Il est, à ce titre, cocasse d'entendre ces politicards de "gauche" dénoncer l"irresponsabilité" et "l'égoïsme" des pilotes dans le même temps où ils couvrent, sous les applaudissements du Medef, ce que le patronat promeut comme course au profit privé, en faveur des castes dirigeantes d'entreprises qui n'ont de cesse d'augmenter leurs revenus, en faveur aussi des actionnaires vers la rémunération desquels est orientée un maximum de la valeur dégagée du travail des personnels (1). L'intoxication a pu gagner certains dans la gauche radicale, tellement radicalisée au misérabilisme qu'elle en est venue à tomber dans le panneau de penser que les salaires des pilotes étaient l'indice qu'ils étaient de l'autre côté de la frontière de classe, du côté d'un patron qui, curieusement, lui, avait une autre expertise des choses, au demeurant bien plus juste : les pilotes étaient indéniablement des salariés sur lesquels il fallait faire peser un surplus d'extraction de plus-value ! Où il est, une nouvelle fois, démontré que, dans l'organisation de la lutte des classes, le patronat peut en remontrer à bien des gauchistes scotchés à une vision très XIXe siècle du salariat ! (2)

Ces observations ne doivent cependant pas faire oublier le talon d'Achille de la au demeurant remarquable lutte des pilotes : la non-extension de celle-ci aux autres catégories de personnel, en particulier au sol. La propagande de la direction a su jouer sur la division en ciblant les salariés "privilégiés", "corporatistes", au nom de l'intérêt "supérieur", "commun", direction-personnels, à défendre la marque dans le contexte rude de la concurrence aérienne ! Il est probable que les grévistes auront à coeur de prendre la mesure du front politique et, pour une bonne part, médiatique qui s'est mis en travers de leur combat en pilonnant sur les préjudices qu'ils auraient fait subir aux autres personnels mais aussi aux usagers. Un voile de fumée a ainsi été jeté sur le seul corporatisme à l'oeuvre, celui du capitalisme aérien avide de profits au détriment des ci-devant personnels et usagers (ah ! les économies sur la sécurité des vols !). 

Malgré les difficultés du contentieux accumulé entre certaines catégories de salariés, il importe de comprendre, comme le propose Guillaume d'Alter, que l'on ne peut espérer faire plier le bloc de fer patron-gouvernement-médias sans un "tous ensemble" décidé à aller jusqu'au bout de revendications unifiantes tout en restant compatibles avec celles spécifiques aux divers métiers, en particulier sur des contrats de travail uniques indexés sur la défense des qualifications, le refus du précariat, du dumping social et des délocalisations et l'alignement sur les conditions de salaire les plus favorables.

Retenons, en tout cas, que Valls a tiré sa leçon, en forme d'avertissement pour nous tous, d'un conflit qu'il veut transformer en test pour enfoncer encore plus les fronts de résistance à sa politique procapitaliste qu'il met, comme tous les libéraux, sous l'égide de LA "réforme" et la lutte contre "les blocages" (3)

La lutte continue... La solidarité et la déconstruction des enfumages (merci patron !) sur les salariés "privilégiés" aussi !

(1) "La France en championne du monde de la rémunération des actionnaires" (lire ici)


(2) Le NPA, pour sa part, aura soutenu constamment la lutte des pilotes d'Air France comme en témoigne le suivi que nous lui avons accordé dans ce blog au plus près des évolutions de la situation et ouvertement à rebours des propagandes antigrévistes.


(3)  "La démonstration est donc faite que rien ne peut arrêter la réforme. Notre pays connaît beaucoup de blocages et ma tâche, ma mission, c'est bien celle de lever ces blocages" (lire ici) On notera que le quotidien propatronal d'où sont tirées ces lignes reste lucide sur la "victoire à la Pyrrhus pour Air France"... A la Pyrrhus ? Rappelons-nous la définition du dictionnaire : "qui a un coût dévastateur pour le vainqueur". Le roi Pyrrhus vainqueur des Romains eut ce bon mot que la direction d'Air France pourrait méditer : « encore une victoire comme celle-là et [je serai] complètement défait » !

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