Hollande, Valls, Vallaud-Belkacem. Ils nous cassent les jeunes profs et l'Education Nationale...


 ... et ils prétendent n'avoir d'autre préoccupation que les élèves !

[A lire à la suite de ce billet A notre avis]

Mes deux masters recherche en poche, il a bien fallu me rendre à l'évidence : y'avait rien d'autre pour des gens comme moi, ceux qui aspirent surtout à changer le monde et qui croient encore en les vertus de la méritocratie républicaine. Ceux qui s'évertuent à voir le positif dans le métier d'enseignant, malgré tout ce qu'on entend – et comme j'ai des parents profs, croyez-moi, je ne m'attendais pas à poser le pied dans un pays de cocagne du salariat non plus. Mais ça, c'était avant ma plongée tête la première dans la machine à broyer les vocations, j'ai nommé l'Education Nationale.
  
Je passerai sur les conditions fumeuses d'affectation, il paraît que c'est normal, de savoir parfois une semaine seulement à l'avance où l'on va atterrir. De découvrir trois jours avant la rentrée quels niveaux on a pour préparer des cours chiadés. Se retrouver dans des établissements difficiles ou moins difficiles, une question de chance. Moi j'en ai. Je suis parmi les bien lotis : je suis pas en ZEP, et j'enseigne en lycée, avec une équipe pédagogique soudée et solidaire, une direction qui assure derrière, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Cliquer ici


A notre avis

Il y a peu, nous avions alerté sur ce blog, à partir des informations de l'Hérault du jour relayant la levée de bouclier des syndicats (Education. Le Rectorat de Montpellier mène en bateau les enseignants stagiaires), sur l'incroyable opération qui était à l'oeuvre, depuis le rectorat de Montpellier, à l'encontre des professeurs stagiaires. Dans la même lignée, le tableau catastrophique que décrit l'auteure des lignes ci-dessus, elle-même stagiaire, de ce qui se passe dans une autre académie, met le doigt sur l'essentiel : "Pas tous au même traitement, pas tous au même salaire, affectés dans une ESPE par une administration obscure dont on ne sait pas qui elle est ni comment tout ceci a été décidé, et tout le monde dans un cas différent : si j'avais l'esprit mal tourné, je dirais que cette mascarade fait partie d'une stratégie de division. Dès lors que tout le monde n'a pas les mêmes droits ni le même statut, comment alors se rassembler collectivement pour demander que l'on soit traités décemment ?

Il s'agit bien de cela : il n'y a ici nul dysfonctionnement au sens exact du mot qui voudrait dire que le nouveau "système", malgré des ratés, travaillerait pour les élèves et pour les professeurs ! Comme pour les rythmes scolaires dans le primaire, derrière les bons et jolis mots sur l'autonomie des uns et des autres, se met en place une diversification des situations qui, en lien inavoué avec le méchant souci de "dégraisser le mammouth" (souvenez-vous, c'étaient déjà les socialos..."allègres" !), casse ce qui fait de l'Education Nationale un service public. Qui a ses défauts certes et nécessite qu'on l'amène à être en adéquation avec sa mission d'école pour tous mais sûrement pas en le transformant en ce "machin" infâme qui met les jeunes profs sous la coupe, sous l'arbitraire, des autorités, des chefaillons des établissements, des inspections, des services rectoraux. En voilà une autonomie qu'elle est belle qui vous fait dépendre, pour l'exercice de votre métier, dès avant validation, de la "chance" d'avoir ce que le/la collègue n'aura pas, là, comme ça, parce que c'est "moi" (enfin, "eux") qui décide(nt). Ne nous y trompons pas, le pataquès qui rend infernale la rentrée des jeunes profs stagiaires participe en fait d'une logique à laquelle on les prépare par le désordre "programmé" actuel : logique libérale-capitaliste d'imposer de l'inégalité et de l'incertitude de situations à partir de laquelle on finira par vous proposer un contrat, individualisé, par lequel vous serez évalué, noté, promu, rétrogradé, sanctionné sans plus aucun filet de sécurité de vrai statut. Cela c'est la bonne vieille dérégulation, le veau d'or du libéralisme, la concurrence de tous contre tous (en formatant d'emblée les petits nouveaux du professorat) sous l'égide de l'élite autoproclamée, depuis le poste de pilotage du Rectorat et avec la bénédiction du Ministère, décisionnaire sur ce que doit être l'Education Nationale par temps d'austérité sèche ! Au nom de quelle réelle compétence de terrain et d'acquis d'expérience, validés par qui, comment, sur quels critères portés à la connaissance de tous, on vous le demande ! Transparence introuvable, et pour cause, des hiérarques...

Bien entendu, ce témoignage le confirme, les syndicats sont des empêcheurs de gérer en rond, de contractualiser au carré,  de jouer à l'arbitraire de la tête du client, ils sont donc "collectif non grata". Avec tous les défauts, là aussi, qu'on voudra bien leur trouver, ils sont de fait la première option de résistance que l'on a à portée de main. L'auteure a raison, il faut s'en saisir mais pour retrouver les chemins de l'action collective visiblement déjà parcourus, pour beaucoup, du temps de la lutte des facs contre la loi Pécresse. Ce qui est un bon raccourci pour rappeler que la situation actuelle dans l'Education Nationale, au demeurant pas uniquement pour ce que l'on impose aux stagiaires de lycées et collèges, porte le seau de la continuité politique de cette gauche-là avec la droite toujours là, y compris dans sa version encore plus musclée (1) ! On vous le dit : gauche de droite, gauche libérale tout court, même plus social-libérale...C'est inscrit dans les faits...et ils parlent quasiment d'eux-mêmes ! L'heure est bien à l'action : une politique de droite cela se combat et un combat, cela se prépare ... avec les syndicats, par les syndicats mais aussi par des structures déterminées d'auto-organisation de tous, syndiqués-non-syndiqués.

Les élèves dans tout cela ? Il en va de leur intérêt que se mette en marche la contestation de ceux qui, en maltraitant leurs profs, les pénalisent, eux aussi, si lourdement...

Antoine

(1) Seul signe distinctif des deux courants de la droite (version gauche, version... droite) : des questions comme les ABCD de l'égalité sur lesquels le gouvernement en vient, tout compte fait, à céder (ACBD de l’égalité : assez de reculs devant les réactionnaires !)... Retour à la case "de gauche comme de droite le libéralisme est un sur l'essentiel" : la casse du service public et le reniement des combats pour l'égalité, de genre entre autres !

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Le privé se frotte les mains, merci les "socialistes" ! 

Le Canard Enchaîné (cliquer ici)