Education. Postes promis, postes créés, l'imposture...


 Jeux d'écritures, jeux de forfaiture...

 [A lire ci-dessous A notre avis ]


François Hollande avait promis 60 000 postes pour l’école à l’horizon 2017. A la moitié du quinquennat, le ministère de l’éducation nationale reconnaît en avoir créé 3 856 dans l’enseignement public (2 906 dans le primaire et 950 en collèges et lycées).

Il s’agit là de vrais postes, d’emplois de titulaires, pérennes, à temps plein devant les élèves – quand l’essentiel des créations faites depuis 2012 concerne des stagiaires. Quelque 28 000 postes consacrés à la formation ont en effet bien vu le jour. Leur nombre autorise le gouvernement à afficher ses « créations massives » et à se féliciter qu’il est bien en route pour les emblématiques 60 000. Sauf qu’un stagiaire ne sera enseignant à temps plein que si un poste de titulaire est créé.

Or, depuis 2012, il n’y a pas de miracle. Le recrutement des stagiaires est savamment calibré pour compenser les départs en retraite des professeurs, à peine plus. La préoccupation n’est ni d’offrir des moyens d’enseignement sur le long terme aux 12,3 millions d’élèves ni de réellement transformer l’école primaire, comme promis. Il s’agit plus de jouer les artifices pour faire du chiffre sans grever les finances publiques que de réinventer une école capable d’enseigner à tous à lire, écrire et compter. Cliquer ici

 A notre avis

"9 421 postes ? Qu’il y ait 9 421 visages nouveaux à la rentrée dans les classes, sans doute, mais ce seront massivement des stagiaires, que les élèves ne verront que quelques heures chaque semaine. Sur ce total, seuls 2 261 correspondent à des postes de titulaires (811 en école, 1 450 en collèges et lycées), les autres n’assureront qu’un temps partiel."
"Il y aura encore moins d’enseignants dans les écoles maternelles et élémentaires à la rentrée 2015 qu’il n’y en avait lors du dernier exercice budgétaire mené par la droite, en 2011."

" En dépit des 2 906 postes de titulaires créés dans le premier degré depuis 2012, on est […] à des années-lumière des 14 000 postes promis dans la loi d’orientation de l’été 2013 pour que cette école primaire soit réellement érigée en priorité au sein de cette priorité présidentielle qu’est la jeunesse." 
 
Une double impression se dégage de la lecture de cet article politiquement assassin du Monde que nous mettons en tête de cette page et dont nous extrayons les lignes ci-dessus : d'abord la confirmation, sur le mode de la cerise de la manipulation sur le gâteau de la droitisation totale du socialisme gouvernemental, que Hollande et sa bande sont des démolisseurs patentés des services publics. Ici celui de l'Education, sensible parmi les plus sensibles de ce que traditionnellement on associe à l'idée de gauche. Ensuite l'impression d'une déliquescence accélérée de cette équipe, installée à la tête de l'Etat, qui, malgré les coups de com' auxquels elle est abonnée, ne parvient plus qu'à une chose, donner l'image bouffonne d'incapables. D'incapables mais nullement dans le rapport à un savoir-faire digne qu'ils auraient égaré en dépit d'une bonne volonté de tous les instants, ce savoir-faire, par exemple, de la gauche socialiste et républicaine d'antan se donnant à fond pour une école de la socialisation des couches populaires sous l'égide du fameux (et fumeux) "mérite républicain" ! Socialisation dont on sait ou devrait savoir qu'elle participait/participe tout aussi à fond de la reproduction "civilisée" des inégalités de classe (bonjour, monsieur Bourdieu). 

Non, ici, le savoir-faire dont "ne sait faire" notre élite dirigeante est celui de l'enfumage, lequel est même un art dont les De Gaulle ou Mitterrand (n'est-ce pas camarade Mélenchon ?) usèrent, eux, si bien et assez longtemps pour réussir à accréditer l'idée d'une France antiatlantiste, pour l'un, ou celle d'une gauche enfin môdeeeerneuhhhh, pour l'autre; le temps nécessaire pour asseoir le capitalisme national (avant pleine ouverture européenne) ou le "socialisme" décidément européaniste (hello, monsieur Delors !).

Avec Hollande-Valls-Macron-Vallaud-Belkacem, nous sommes, au contraire, de plain-pied dans le temps court de l'esbroufe qui, aussitôt là, s'étouffe* pour étaler que nous avons affaire à des imposteurs hyperboliques de ces redondances que sont l'idée de gauche, de la notion de service public d'éducation, de l'option en faveur des couches populaires (où l'on peut sans dommage politique inclure une bonne fraction des couches dites moyennes), autant dire le peuple au sens où un Dassault (tant pis, Jean-Luc M) n'en est pas ! En somme l'imposture se déclare, par un simple clic sur tel lien du Monde, sur toute la ligne qui mène tout un chacun à avoir toujours plus le sentiment, avec justice, que, en matière sociale (l'éducation participe de ce terreau) et économique (l'éducation souffre que cela rime avec capitaliste), cette gauche est, tout court, tellement court, de droite. Au point qu'il faudrait réinventer ce mot de gauche, en le leur arrachant des mains pour le brandir, contre eux et tout le reste de la droite, dans les manifs et les grèves retrouvées en faveur d'une Education pour tous (eh ! les syndicats, on se sort du bourbier du "dialogue antisocial"?) ! Enfin pour tous mais "pour de vrai"...

Antoine

* ce que confirme tragiquement la manipulation auquel il a été procédé sur la mort (mauvais euphémisme) de Rémi Fraisse (lire ici). Note ajoutée le 7 novembre.

Du côté de l'autre droite, de droite... 


L'imposture, c'est aussi cela...

 DÉSINTOX

La ministre de l'Education nationale assure que tous les enseignants absents sont remplacés. On en est encore très loin.

«En Seine-Saint-Denis comme ailleurs, nous veillons à ce que tous les enseignants absents soient remplacés. Vous allez toujours me trouver un cas où ce n’est pas le cas, mais…»
INTOX. Des postulants au Capes (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) en nombre insuffisant, un démarchage téléphonique pour dénicher des bac+4 prêts à enseigner, des contractuels recrutés dans l’urgence et non payés depuis la rentrée : ces dernières semaines, les signes trahissant les difficultés rencontrées par la Seine-Saint-Denis pour recruter des enseignants se sont multipliés.

Reçue début octobre par le Bondy Blog Café, Najat Vallaud-Belkacem a dû s’en expliquer. Interpellée sur le non-remplacement chronique des professeurs absents dans le 93, la ministre de l’Education nationale a rejeté la faute sur la majorité précédente. «L’éducation est un temps long, quand la droite a supprimé 80 000 postes, elle a commencé par supprimer ceux qui ne se voyaient pas, ( …) les postes de remplaçants, les postes de Rased, ces adultes qui accompagnaient les élèves les plus en difficultés. Ce qui fait que tout ça ne s’est pas vu immédiatement.» Mais, à en croire la ministre, la gauche aurait repris les rênes depuis son arrivée au pouvoir : «Je vous assure qu’en Seine-Saint-Denis comme ailleurs, nous veillons à ce que tous les enseignants absents soient remplacés.» A peine concède-t-elle quelques exceptions. «Vous allez toujours me trouver un cas où ce n’est pas le cas…», se défend-elle déjà. Cliquer ici

Profs : Vallaud-Belkacem invente le remplacement systématique

2400 postes de suppléants dans le premier degré ont été créés en 2013 et 450 cette année. Mais ce n'est pas assez tonnent les syndicats d'enseignants et les parents d'élèves. « Il nous manque toujours 2 000 remplaçants, peste Sébastien Sihr, secrétaire général du syndicat Snuipp. Le vivier n'a pas été reconstitué. » Les départements du Nord et de la Seine-Saint-Denis sont ceux qui souffrent le plus de cette pénurie, notamment pour les remplacements de courte durée, plus rarement assurés. Cliquer ici
Document Le Parisien


[ Les TZR (Titulaires sur Zone de Remplacement)] sont d'autant plus nécessaires que le système de remplacement actuel est défaillant. Selon le rapport de l'inspection générale sur le remplacement des enseignants absents datant de 2011, seules 20 % des absences de courte durée, c'est-à-dire inférieures à quinze jours, sont remplacées. Cliquer ici
Et comme tout ce tient au pays de l'austérité "socialiste"...

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