Prostitution en débat dans le mouvement féministe...


 ... Sortir de la division ?

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« Pourquoi donc tant de gens de gauche veulent-ils que le travail sexuel devienne la nouvelle norme ? », s’interroge Pollitt. On peut se le demander en observant, en France, les clivages qu’a réactivés le projet de pénalisation des clients de la prostitution. […] Entourer la prostitution d’une aura de lutte des classes permet d’escamoter son inscription dans le système de la domination masculine <--------------> Surprenante convergence […] que celle qui unit mouvement féministe, partis de gauche et personnalités de la droite la plus conservatrice et réactionnaire. Ainsi du député UMP Guy Geoffroy, principal promoteur aux côtés de Mmes Coutelle et Olivier de l’actuelle proposition de loi « contre le système prostitutionnel » mais aussi partisan déclaré de la « Manif pour tous ». 

A lire ici et ici 



Le texte sur la prostitution voté par le CPN du NPA des 3 et 4 avril 2014
 
5. Des débats qui traversent le mouvement féministe et le NPA […]

5.3. PROSTITUTION :

Dans un contexte de capitalisme mondialisé, nous considérons que la prostitution constitue la forme extrême de la rencontre entre le patriarcat et le capitalisme.
De manière immédiate, il s’agit de s’attaquer aux bases matérielles de la prostitution. Nous revendiquons la mise en place de moyens humains et matériels pour permettre à celles et ceux qui veulent sortir du système prostitutionnel de pouvoir le faire. Nous nous battons également contre toutes les formes de répressions et de criminalisation des personnes prostituées. 

L’achat et la vente du corps humain à des fins sexuelles est contradictoires avec les valeurs d’émancipation humaine que nous défendons.

Nous défendons notamment plusieurs axes et mesures concrètes :

• La suppression de toutes les mesures répressives à l’encontre des prostituées (en particulier les délits de racolage passif et actif)
• La mise en place de tous les moyens sociaux et financiers nécessaires afin de garantir la protection, l’accompagnement et la réinsertion sociale et professionnelle des prostituées y compris étrangères
• La régularisation de tout-e-s les sans-papiers et donc des prostituées sans papiers sans conditions de sortie de l’activité
• Une formation spécifique pour l’ensemble des personnes qui assureront ce travail d’accompagnement, de protection et de réinsertion
• Le renforcement de la lutte contre le proxénétisme et les réseaux internationaux de prostitution
• Une politique ambitieuse d’éducation à une sexualité libre et respectueuse de l’autre, contre le sexisme et pour l’égalité entre les femmes et les hommes
• L’accès aux droits sociaux pour tou-te-s : logement, santé, transports gratuits, énergie, eau…
• Le droit à l’emploi pour tou-te-s (notamment par une réduction massive du temps de travail)
• L’ouverture des frontières et la libre circulation des personnes
• Le changement d’état civil pour les trans sur simple demande

Seule une politique volontariste qui applique simultanément l’ensemble de ces différents points pourra sur le long terme produire des résultats.

a - Organisations et termes employés : 

L’un des objectifs du NPA est l’émancipation humaine. Face au phénomène de la prostitution, il ne peut adopter qu’une position qui vise à l’abolition de la prostitution dans son ensemble. En effet :
- la prostitution est une des formes de violence les plus achevées des rapports de domination et d’oppression et repose sur une conception de la sexualité où la femme est conçue comme objet au service de la sexualité des hommes.
- la prostitution dans le cadre du capitalisme mondialisé s’appuie sur un réseau mondial maffieux qui exploite la misère des femmes en particulier celles des pays pauvres ; on peut aujourd’hui parler de traite comme en ce qui concerne l’esclavage. Ce trafic d’êtres humains constitue la plus grande partie du système prostitutionnel et génère des « bénéfices » qui se chiffrent en milliards de dollars.
L’abolitionnisme est un terme politique et revendicatif qui se veut de lutter contre le système prostitutionnel en s’attaquant à ses causes (notamment la précarité, le capitalisme et le patriarcat). Nous refusons de l’abandonner aux prohibitionnistes. En effet, l’abolition de la prostitution s’oppose à la répression des prostituées et n’implique pas forcément la pénalisation des clients. Cette politique s’oppose tant aux courants réglementaristes que prohibitionnistes, tous deux au service du patriarcat. Nous devons donc nous réapproprier ce terme pour défendre une réelle politique abolitionniste, clairement anticapitaliste, antiraciste et féministe. 
Pour ces raisons fondamentales, la prostitution ne peut être considérée comme un travail comme un autre et nous nous opposons radicalement aux courants qui défendent cette position, et qui servent in fine l’option capitaliste et non la cause des prostituées. Nous ne pouvons donc reconnaitre le terme «travailleur/euses du sexe», cette dénomination tendant à reconnaître la prostitution comme un travail et non comme une violence. 

b - Analyse de la loi «renforçant la lutte contre le système prostitutionnel» proposée par le gouvernement 

La loi proposée implique que les prostituées sans-papiers suivant un parcours de sortie de prostitution obtiennent un titre de séjour temporaire de 6 mois renouvelable seulement pendant la durée dudit parcours, et seulement en échange de leur sortie de la prostitution. Ainsi, si elles sont reprises en situation de prostitution, elles redeviennent expulsables. Cette seule condition, qui fait l’impasse sur les conditions de vie réelles de ces personnes et pose en pratique la prostitution comme un délit à punir, suffirait d’elle-même à empêcher tout soutien à la loi actuellement présentée.
De plus, nous refusons que les associations de soutien aux personnes en situation de prostitution soient utilisées comme agents de contrôle et de répression sur ces personnes comme l’établirait la proposition de loi actuellement examinée.
A l’heure actuelle, l’abrogation du délit de racolage, auquel s’oppose le ministère de l’Intérieur, n’est toujours pas garanti. Enfin, la loi maintient une définition du proxénétisme qui ne porte pas exclusivement sur le fait de tirer un bénéfice de la prostitution d’une personne, mais même de l’aider ou de la protéger, définition qui rend très difficile le travail des associations de terrain.

La loi votée a un aspect positif : la reconnaissance de la prostitution comme une violence faite aux femmes. 

L’abrogation du délit de racolage et la mise en place d’une aide financière pour les personnes désirant sortir de la prostitution pourraient être des avancées. Mais parce qu’elle reste dans le cadre du social libéralisme, cette loi ne s’attaque pas aux causes de la prostitution : rien de nouveau pour lutter contre la traite qui supposerait une lutte résolue contre les paradis fiscaux, le blanchiment d’ argent etc ; rien non plus pour lutter contre la précarité et la pauvreté, pourtant une des causes principales de l’entrée dans la prostitution ; des moyens matériels et humains dérisoires pour accompagner la sortie de la prostitution. Pour toutes ces raisons nous ne pouvons soutenir cette loi dont la mesure « phare », la pénalisation du client, risque d’avoir des effets pervers et contre productifs pour les personnes prostituées ; cette mesure cache mal l’insuffisance des autres aspects si l’objectif est d’abolir la prostitution et non de la rendre invisible.
Nous  considérons que dans la lutte pour la disparition de la prostitution,  les revendications à mettre prioritairement en avant sont la  régularisation de tou-te-s les sans-papiers, l’accès aux droits sociaux,  l’allocation d’autonomie des jeunes et la hausse des minimas sociaux,  ainsi que la facilitation du changement d’état civil pour les trans.
Nous  ne pouvons donc soutenir cette  loi qui, dans une approche sécuritaire d’un  problème en réalité social et sociétal, pourrait à terme  accroître  le contrôle des prostituées, en particulier étrangères, et à détériorer  leur situation.

c - Sur la pénalisation des clients en particulier 

Dans la société capitaliste et patriarcale actuelle, nous refusons l’option de la pénalisation des clients. 
Nous ne soutenons en aucun cas un quelconque «droit» à des services sexuels. Cependant, une analyse concrète de la situation des prostituées nous amène à estimer que la pénalisation des clients, en poussant les prostituées à la clandestinité, les rendrait plus vulnérables aux violences des clients et de la police, les éloignerait des associations de soutien, et dégraderait leur capacité à s’organiser collectivement et à imposer des règles comme le port du préservatif.

Tiré de la résolution féministe incluse dans l'ensemble des textes votés au CPN.

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