jeudi 11 décembre 2014

Privatisation de l'aéroport de Toulouse. Et en plus (!) ils mentent !


Quand le gouverne-ment, à la Dépêche ça sans-presse de le soutenir...


Mais quelle mouche a donc piqué la Dépêche du midi, ou plus précisément le journaliste qui a la charge d’y suivre le dossier de la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac ? Au lieu d’informer honnêtement ses lecteurs, il leur cache des informations essentielles et multiplie les agressions contre Mediapart, qui a été à l’origine de plusieurs révélations.

Disposant d’une situation de quasi-monopole dans la région de Toulouse, on aurait, de fait, pu, penser que La Dépêche du midi, se ferait un point d’honneur à informer au mieux ses lecteurs, très directement concernés par le projet d’Emmanuel Macron visant à engager une privatisation au profit d’investisseurs chinois. On aurait d’autant pu le penser que si le projet prend une dimension nationale – parce que après la privatisation de l’aéroport de Toulouse, celles de l’aéroport de Nice et Lyon sont programmées par le ministre de l’économie-, il suscite naturellement à Toulouse et dans toute la région un très vif débat, avec des élus ou des responsables d’organisations professionnelles ou associatives qui appuient le projet, mais beaucoup d’autres qui le contestent radicalement. […]

Quand j’ai révélé le pacte d’actionnaires secret que l’Etat, sous l’autorité d’Emmanuel Macron, a passé avec les investisseurs chinois (Lire Aéroport de Toulouse : les preuves du mensonge), qu’a fait notre journaliste de La Dépêche ? A-t-il pensé, à l’instar de nombreux confrères, que cette information méritait d’être présentée à ses lecteurs ? Leur a-t-il révélé que ce pacte donne la garantie aux investisseurs chinois d’avoir les pleins pouvoirs au sein d’Aéroport de Toulouse, même s’ils sont minoritaires dans le capital de l'entreprise ? Leur a-t-il révélé cette stupéfiante clause au terme de laquelle l’Etat s’engage par avance a voter en faveur de toutes les décisions stratégiques des nouveaux patrons ? Cliquer ici

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[…] Le ministre de l’économie, le président socialiste de la région et le premier ministre ont, tous les trois, fait comprendre que l’aéroport de Toulouse resterait entre les mains de l’État et des collectivités locales, l’investisseur chinois ne mettant la main que sur 49,9 % du capital, l’État gardant 10,1 %, la Région, le département et la ville de Toulouse détenant le solde, soit 40 %.

[…] Les investisseurs chinois sont des actionnaires minoritaires, mais l’État leur offre les clefs de l’entreprise pour qu’ils en prennent les commandes.

Les dispositions prévues par ce pacte d’actionnaires secret pour les règles de gouvernance de la société viennent confirmer que les investisseurs chinois, pour minoritaires qu’ils soient, seront les seuls patrons de la société. Voici les règles de gouvernance prévues.

[…] Au point « 2.2.2 », l’État donne la garantie quasi formelle à l’investisseur chinois, aussi minoritaire qu’il soit, qu’il pourra décider strictement ce qu’il veut et que la puissance publique française ne se mettra jamais en travers de ses visées ou de ses projets. C’est consigné noir sur blanc – et c’est la clause la plus stupéfiante : « L’État s’engage d’ores et déjà à ne pas faire obstacle à l’adoption des décisions prises en conformité avec le projet industriel tel que développé par l’Acquéreur dans son Offre et notamment les investissements et budgets conformes avec les lignes directrices de cette Offre. »

Qu’adviendrait-il ainsi si l’investisseur chinois décidait d’augmenter le trafic de l’aéroport dans des proportions telles que cela génère de graves nuisances pour le voisinage ? Par un pacte secret, l’État a déjà pris l’engagement qu’il ne voterait pas aux côtés des collectivités locales pour bloquer ce projet, mais qu’il apporterait ses voix aux investisseurs chinois.

[…] Avec le recul, les belles assurances ou les anathèmes du ministre de l’économie prennent une bien étrange résonance. Comment comprendre que le ministre de l’économie ait pu jurer, croix de bois, croix de fer, « qu’il ne s’agit pas d’une privatisation mais bien d’une ouverture de capital dans laquelle les collectivités locales et l’État restent majoritaires avec 50,01 % du capital » ? Comment comprendre cette sortie tonitruante contre ceux qui « ont pour profession d'une part d'invectiver le gouvernement et d'autre part d'inquiéter les Français » ? Un mélange de mensonge et de cynisme…

L'article intégral sur le site de Mediapart (accessible aux abonnés)

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NPA 34, NPA