PS au pouvoir, PS en crise...


 ... PS en mutation à fond à droite !

  
[A lire ci-dessous  Janus socialiste et gauche qui perd la tête...]

 C’est au moment où le Parti socialiste a plus de pouvoir que jamais à tous les étages de l’Etat qu’il est peut-être en passe de connaître l’une des plus graves crises de son histoire. C’est bien entendu l’écart entre le peu qui était attendu de lui par ses électeurs et sa politique, violemment à droite, qui creuse le gouffre sous ses pieds. Jusqu’à l’éclatement et une mue profonde de son identité ?

Résumé des épisodes précédents

En mars, après la débâcle des municipales, des « frondeurs » se sont rebiffés, un « appel des 100 » (députés) a conjuré le gouvernement d’infléchir sa politique, des colloques et des goûters se sont tenus en compagnie de partis comme EELV ou le PCF qui, même critiques vis-à-vis de Valls, n’ont pas renoncé à constituer une combinaison politique avec tout ou partie du PS. Des socialistes « affligés » ont rappelé à Hollande les promesses qu’il n’avait pas vraiment faites et lui ont demandé de faire ou ne serait-ce que dire « quelque chose de gauche ». 

Puis la fronde semblait faire pschitt, les 100 suppliants devenant 33 abstentionnistes à l’assemblée, sur les votes de la confiance au gouvernement et du pacte de responsabilité. Mais l’été venu, le torchon brûlait à nouveau. Deux ministres importants, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, trinquaient à la fête de la rose organisée par le second à Frangy, en disant tout le mal qu’ils pensaient de la politique du duo Hollande-Valls. Cliquer ici

 Janus socialiste et gauche qui perd la tête...

En prolongement de ces lignes, remarquons la division des rôles à l'oeuvre dans l'appareil de ce parti qui, mettant le cap sur son basculement définitif dans un parti "démocrate" à l'américaine, n'en use pas moins des vieux ressorts de ... l'Union de la Gauche. Ecoutons Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire socialiste : «Nous réclamons une alliance entre les forces de gauche.» (lire ici)
Quand Valls assume ouvertement le virage à droite, tant par la politique menée au gouvernement que par les alliances envisagées (Bayrou), Cambadélis roule à gauche pour certes exorciser le péril immédiat d'une débâcle socialiste aux prochaines élections départementales. Mais ce souci électoraliste de sauver la mise aux caciques locaux accrochés à ce pouvoir qui est leur raison d'être, se double aussi d'un calcul plus politique : sans renier les fondamentaux ouvertement droitiers de l'occupant de Matignon, le PS, par la voix de son premier secrétaire, fait ce que certains philosophes marxistes mais aussi les psychanalystes ont appelé avec Hegel le "travail du négatif". Sur le mode socialiste celui-ci consiste à se servir du hochet de l'Union de la Gauche pour paradoxalement dévitaliser définitivement la vieille et noble idée de gauche unie, certes déjà passablement mitée et discréditée par la "vraie" unité socialistement pratiquée avec le Medef, mais qui fonctionne encore comme mythe de l'Eldorado dans l'esprit de nombre de militants. Pas seulement  chez des militants socialistes mais aussi, et surtout, dans la visée du PS, chez nombre de ceux qui se situent à sa gauche ou dans le mouvement social. En effet la mise en branle à Solférino de la rhétorique de gauche, où le mot "union" scintille encore assez pour que le miroir aux alouettes ait toujours son effet d'entraînement, espère raccrocher au PS une EELV et un PC jouant à préparer l'autonomie aux élections à venir. Mais ce faisant il est espéré, par-delà l'écume du simple calcul électoraliste, que soit ruinée l'idée qu'une autre unité est possible renouant avec ce que ce mot portait jadis de volonté de changer l'ordre des choses : et s'affirmant aujourd'hui comme unité d'indépendance totale vis-à-vis d'une gauche qui a désormais tout de la droite, une unité de rupture avec elle, donc une unité "à casser" car, dans une logique implacable de l'existant, elle pourrait dangereusement signifier un pas vers la grande rupture, cet incontournable du moment, avec ... le capitalisme. "Pourrait" car, pour le dire brièvement, l'antilibéralisme, devenu cette position de repli de beaucoup des "déçus de la gauche", n'est pas, en lui-même, en particulier en l'absence d'une relance du mouvement social, un anticapitalisme, pardon pour une lapalissade, qui, si l'on réfléchit bien au confusionnisme ambiant, n'en est probablement pas une...

Cambadélis qui se rappelle au bon souvenir de Cosse et de Laurent, lesquels n'hésitent pas à s'afficher avec des "frondeurs" rabattant vers le PS ce qui traîne un peu plus à gauche, c'est la logique du "baiser qui tue" : qui a tué, une première fois, si l'on peut dire, le FdG et qui l'achèvera, car il bouge encore, au prochain coup d'une coalition électorale ou tout simplement d'un désistement de deuxième tour comme pratiqué aussi aux dernières municipales !

Se déclarer contre Valls en serrant la main de Cambadélis (ou comme fait un Mélenchon ronchon autoexilé à la périphérie M6r (1) du champ politique mais très empressé auprès des "socialistes affligés" et des EELV venus, allez savoir pourquoi, à lui) c'est en effet, aux yeux de tant de gens accablés, désespérés ou en colère, transformer ce qui reste de l'or de l'espoir dans un "autre monde" en plomb des manoeuvres politiciennes qui font la délectation du FN...

Valls et Cambadélis, ou les deux têtes du Janus socialiste ouvrant à droite et neutralisant à gauche, là où c'est la tête qui, en ce moment, se perd...

Antoine

(1) Mouvement pour la 6e République

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