dimanche 18 janvier 2015

Barrage de Sivens. Un recul ? Pour de bon ?


 Retour sur l'ensemble du dossier pour essayer de comprendre sur quoi cela pourrait déboucher!

[A lire ci-dessous A notre avis ]


L’annonce que « la réalisation du projet de barrage initial n’est plus d’actualité » par la ministre de l’Ecologie le vendredi 16 janvier 2015 signe un moment décisif d’une crise qui est par ailleurs loin d’être réglée sur place, puisque pro et anti-barrage vont continuer à s’affronter dès le lundi 19 janvier, après la présentation publique à Albi des deux solutions « alternatives » privilégiées par la deuxième mission d’expertise commanditée par Ségolène Royal, qui vient de rendre un nouveau rapport conclusif. 

Mais cette amorce de « sortie de crise » marque surtout en coulisses l’incertaine tentative de porter un coup d’arrêt à vingt ans de laxisme face au lobby agricole des gouvernements qui se sont succédés depuis l’orée des années 2000. L’arbre de Sivens ne doit pas cacher la forêt. 

Le gouvernement est aujourd’hui contraint, avec vingt ans de retard, (et sans pouvoir l’afficher officiellement sauf à mettre le feu aux campagnes), d’imposer une nouvelle doctrine en matière de gestion quantitative des ressources en eau pour l’agriculture en France, sauf à voir la Commission européenne, qui a engagé des poursuites contentieuses dans le dossier de Sivens, prendre ensuite argument de l’inadéquation de la doctrine française en matière de « gestion de l’eau en agriculture » pour ouvrir un nouveau contentieux pour non respect des obligations souscrites au titre de la mise en œuvre de la Directive cadre européenne sur l’eau du 23 octobre 2000. Procédure qui se conclurait par des amendes colossales… […]

Les « antibarrage », s’ils se disent "satisfaits" que le projet initial soit "abandonné", refusent d’apporter "pour l’instant" leur soutien à l’alternative consistant à construire d’autres retenues.

"Nous demandons de nouvelles études et nous estimons qu’il sera démontré qu’aucun ouvrage ne sera nécessaire", a ainsi déclaré à l’AFP Ben Lefetey, porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet. Les opposants estiment en effet que les besoins en irrigation peuvent être satisfaits en utilisant les retenues collinaires existantes, des ouvrages de stockage d’eau construits par les agriculteurs eux-mêmes, et remplis par les eaux de ruissellement ou de pompage. S’il est prouvé que les besoins en eau ne peuvent pas être satisfaits par les retenues déjà construites, "alors, il faudra discuter d’un possible ouvrage". "Mais il faudra que ce soit le moins impactant pour l’environnement. Sinon, nous nous réservons le droit d’utiliser des recours en justice", conclut-il. […]

L’enjeu de la sortie de crise de Sivens est bien national. Il emporte, au terme d’un conflit violent au sein même des différentes instances concernées des ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie, l’imposition d’une nouvelle doxa, qui va bien au-delà de l’usage de l’eau en agriculture, puisqu’elle revient à promouvoir aux forceps un nouveau modèle agricole, davantage respectueux de l’environnement, comme en témoigne le document élaboré par les associations qui ont participé aux travaux de la mission d’expertise, qui privilégie une approche du "territoire" axée sur de nouvelles pratiques agricoles. Un pied de nez qui doit beaucoup à la présence dans la délégation de FNE national de Florence Denier-Pasquier, sa vice-présidente, et ex-rapporteuse du Rapport du CESE [Conseil Economique, Social et Environnemental], qui avait été prestement enterré par le rapport "Quévremont-Martin" à l’été 2013...

Dans la foulée, une nouvelle mission d’expertise CGEDD-CGEEAAR [Conseil Général de l'Environnement et du Développement Durable et le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux] va revoir de fond en comble les fondamentaux de la gestion de l’eau en agriculture dans le grand Sud Ouest, au regard de la nouvelle doctrine française en voie d’adoption (forcée)…

La sortie de crise de Sivens conditionne dès lors pour une bonne part l’avènement, ou non, d’un “aggiornamento” lourd de conséquences que la FNSEA refuse évidemment à toute force. L'intégralité du texte est à lire ici

A notre avis

Cet article est précieux par la minutieuse reconstitution du processus  qui a mené au "drame" du 26 octobre sur le site même de Sivens et aujourd'hui à la prise de position de la ministre de l'Ecologie contre le projet initial. La mise en contexte et en perspective opérée par Marc Laimé met bien en exergue le faisceau de facteurs contradictoires et complexes, mêlant personnes, "personnalités", associations, partis, structures, documents divers, etc. qui ont joué pour déboucher sur ce qui pourrait augurer une victoire des opposants au barrage. Repérons en particulier : le lobby agricole des gouvernements qui se sont succédé depuis l’orée des années 2000, au niveau du grand Sud-Ouest, le Parti du maïs, le Lobby de l’eau et « l’état profond » PS, les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture, le Conseil général du Tarn, les  missions d’expertise, la FDSEA du Tarn et la FNSEA [Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles], la loi sur l’eau du 30 décembre 2006, la Directive cadre européenne sur l’eau (DCE), le plan “Sarkozy-Fillon-NKM-Le Maire” de relance de l’irrigation, "un certain Philippe Quévremont, Ingénieur des Ponts et des eaux et Forêts, membre du CGEDD [Conseil Général de l'Environnement et du Développement Durable] et véritable auteur du “rapport Martin” "qui dissimule la réouverture des vannes de l’irrigation en la déguisant sous l’appellation de “projet de territoire pour la gestion équilibrée de la ressource en eau”, "le Comité national de l’eau, organe central des turpitudes du Lobby de l’eau", de nombreuses ONG de défense de l’environnement, au premier rang desquelles la FNE [France Nature Environnement], le Conseil économique social et environnemental, les ministres socialistes de l'Ecologie ayant précédé Ségolène Royal, Delphine Batho et Philippe Martin, la table ronde sur l’eau à la 2ème Conférence environnementale des 20 et 21 septembre 2013 produisant sa “Feuille de route”, le concept de “Projet de territoire pour la gestion équilibrée de la ressource en eau” qui met un terme au moratoire sur la construction du barrage pris par Delphine Batho, les agences de l’eau et le Comité national de l’eau, l'action de l’eurodéputée EE-LV Catherine Grèze, la Commission européenne et sa procédure pré-contentieuse EU-Pilot, la nouvelle mission d’expertise CGEDD-CGAAER [Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux] ...

Dans ce maquis d'entrecroisement de lignes force et moins fortes, tout juste pourra-t-on trouver que l'auteur tend à sous-évaluer, ou plutôt à "sous-exprimer", l'impact des mobilisations de terrain dont les zadistes ne sont que la partie la plus médiatisée et sans lesquelles, rien de ce qui nous est décrit n'aurait pu se mettre en place : la mention du positionnement des "antibarrage" très prudents, voire suspicieux, sur le battage médiatique autour du recul acté par Ségolène Royal sur le projet initial de barrage, aurait mérité quelques développements rapportant, puisque l'on en est à "récapituler", les moments de leur lutte. Cela aurait permis de contrebalancer l'impression générale, se dégageant de ces lignes, que l'essentiel s'est passé et, politiquement plus dommageable, se passe "ailleurs". Nous savons au demeurant par d'autres écrits de Marc Laimé que, dans son esprit, il n'en est rien. Mais justement tous les lecteurs ne le savent pas.

Antoine 

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Sur la zone et dans la ZAD, cette annonce va certainement susciter de nombreux questionnements. L’éventualité d’une digue, même réduite, à 330 mètres de la zone actuelle du chantier, semble difficilement acceptable compte tenu de l’installation massive et durable des zadistes. Certains voient déjà là une « entourloupe de plus » ou une « tentative de faire passer le projet en force dans quelques mois ». Moins nombreux, mais toujours aussi déterminés, les zadistes appellent à nouveau ce samedi à une nouvelle journée de consolidation des campements existants et de construction de nouvelles cabanes. […]
La crainte majeure des occupants demeure toujours et encore l’expulsion des lieux, demandée sans cesse par les organisations agricoles pro-barrage et par le Conseil Général du Tarn. Comme à Notre Dame des Landes, la bataille pour la sauvegarde de la zone humide du Testet n’est pas terminée. Mais un chapitre de son histoire se tourne peut être aujourd’hui. Cliquer ici



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NPA 34, NPA