Béziers. En rire ? En pleurer ?


Les intentions de Robert Ménard de débaptisation/rebaptisation de la Rue du 19 mars 1962 n’ont pas manqué de faire réagir de nombreuses personnes. Quatre associations concernées par la guerre d’Algérie ont rédigé un appel à se réunir pacifiquement dans cette rue de Béziers, le 14 mars 2015 à 14 heures, pour manifester leur hostilité à ce projet de Robert Ménard. Cliquer ici

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 Sous le masque de Guignol, le rictus d'un Chibroc brun-noir...*


RÉCIT 
A Béziers, ville passée à l'extrême droite, une campagne tapageuse met en scène l'arme dont sont désormais équipés les policiers municipaux.

A Béziers, depuis le 1er février, la police municipale est armée. Et le maire, Robert Ménard (extrême droite), tient à ce que cela se sache. Signalée par Midi libre et largement relayée sur les réseaux sociaux, une affiche explicite a fait son apparition dans les rues de la sous-préfecture héraultaise [voir ci-dessus].

Le «nouvel ami» en question est un 7.65 semi-automatique. Son introduction a été rendue possible par la signature d’une convention entre la mairie et l’Etat, par l’accord individuel de chacun des agents concernés, ainsi que par une formation de dix jours pour ces derniers. Un événement jugé assez heureux par la mairie pour que celle-ci décide de mettre la photo de l’arme, en grand format, sous le nez de tous les passants. Depuis l’élection de Robert Ménard, celui-ci a fait du renforcement de la police municipale l’une de ses priorités. Ses effectifs ont ainsi été augmentés, des brigades canines et équestres ont été créées. Outre les pistolets, la mairie a souhaité faire l’acquisition de flash-balls et de tasers. Cliquer ici

* Chibroc est le gendarme dans le théâtre de marionnettes lyonnais dont Guignol est le personnage éponyme !







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Soutenu par le FN, Robert Ménard érige sa gestion en « exemple » et multiplie les coups de com'. Du vent pour certains. Pour d'autres, les bases d'un laboratoire d'une nouvelle extrême droite, à mi-chemin entre le FN, les identitaires et le modèle du maire d'Orange Jacques Bompard.

[Robert Ménard est l'auteur d']une longue série de mesures sécuritaires pour appliquer son slogan d'une « ville plus sûre, plus propre, plus belle ». Un arrêté anti-crachats ; l'interdiction d'étendre le linge sur les façades des immeubles visibles des voies publiques ; le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans ; le retour du « rappel à l'ordre », auquel Ménard a joint un arrêt du versement des aides sociales de la ville en cas de non-réponse aux convocations ; la suppression de l'étude surveillée du matin aux enfants de chômeurs ; le retrait des aires de jeux à la prochaine dégradation. « Au moins, depuis quelques mois, on parle de Béziers », se félicite-t-il.

En novembre, le maire a déployé de grands moyens pour un nouveau coup de com', sur le prix de l'eau : campagne d'affichage de la ville, pétition, Une choc du journal municipal, dans lesquelles il demande de « soutenir (son) action » pour forcer l'agglomération à renégocier les tarifs auprès de la Lyonnaise des eaux. « Je prends à témoin les Biterrois. J’aurais été président de l’agglo, le prix de l’eau, les taxes auraient baissé », affirme-t-il. « C'est sa façon de faire. Moi je me suis engagé à une baisse du prix de l'eau, mais je ne veux pas brader cet engagement, répond le président de l'agglo, Frédéric Lacas. Le contrat arrive à échéance fin 2016, nous avons fait appel à un cabinet d'études pour faire émerger la meilleure solution. »

Le 1er février, nouvelle campagne publicitaire, et nouvelle polémique. Pour annoncer qu'il a armé la police municipale, Ménard affiche un pistolet, « nouvel ami » des agents (voir ci-contre). Parmi ses « succès », le maire énumère la propreté et la sécurité du centre-ville. C'est sur ce périmètre-vitrine qu'il a concentré les moyens : une voiture de la police municipale stationne en permanence sur les allées Paul-Riquet, l’artère principale bordée de cafés et commerces ; des « brigades de propreté » itinérantes ont été mises en place et un « préfet » du centre-ville a été nommé pour piloter « nettoyage, stationnement, pollution visuelle ». […]

« Démago », « populiste », s'écrient ses opposants, qui rappellent que la baisse (symbolique) des impôts représente un manque à gagner de 2 millions d'euros de recettes, que les blouses aux frais de la ville sont restées au placard, que la plupart de ses arrêtés sont inapplicables ou inappliqués, que le linge et les paraboles ornent toujours les façades, que la pauvreté n'a pas été supprimée mais juste déplacée de quelques rues. […]

Alors que la ville est la 9e plus pauvre de France, et que près de 33 % des Biterrois vivent sous le seuil de pauvreté, la politique sociale vient après la sécurité. Ménard a renforcé et armé la police municipale, mais le centre communal d'action sociale (CCAS) a vu sa subvention diminuer de 365 000 d’euros et l'épicerie sociale qui en dépend a réduit ses services. « Le CCAS ne donne plus à manger aux gens, donc ils viennent chez nous », explique Jean-Louis Gral, le directeur du Secours populaire à Béziers, qui peine à faire face à cet afflux, d'autant plus dans un contexte national d'augmentation de la pauvreté. « Mensonge !, s'insurge le maire. Demandez au parti communiste, ça ira plus vite ! »

« Il tue le social en déplaçant le problème, constate Yacine, un jeune éducateur spécialisé. Il écarte les SDF à la périphérie. Les maisons de quartier sont délaissées : un projet a été arrêté alors que les travaux avaient commencé ; une autre n'a pas d'animateurs.. » […]

Dans les quartiers alentour, la situation ne s'est pas améliorée, elle aurait même « empiré » par endroits selon ses opposants. Comme à la Devèze, quartier populaire qui a perdu sa supérette et où le maire a mis à exécution sa menace de retirer les aires de jeux en cas de dégradation. 

Une autre catégorie est dans le viseur du maire : les fonctionnaires. En septembre, Robert Ménard a réuni l’ensemble du personnel pour leur « tenir un discours de vérité »« franc, viril ». Dans son intervention, il distingue « la qualité et la médiocrité », les « bons agents » et les « mauvais », qui « sont une plaie pour la ville » et qui « font du tort à tous les autres et aux Biterrois ». […]

Le maire veut instaurer « une révolution de l'esprit », qu'il définit ainsi à Mediapart : « C’est de la volonté, l’arrêt de la résignation, de la rigueur dans la gestion, l’écoute des gens, la prise en compte de leurs besoins immédiats. » Ce « nouvel état d’esprit » s'accompagne surtout de marqueurs idéologiques forts : l'arrivée d’identitaires dans l’équipe de Robert Ménard, dont son directeur de cabinet, André-Yves Beck, l'ancien idéologue de Jacques Bompard passé par plusieurs groupuscules d'extrême droite radicaux ; la nouvelle ligne du journal municipal, arme de communication forte ; les conférences « Béziers libère la parole », dont les invités (Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Laurent Obertone) cultivent le même logiciel réactionnaire.

Ses discours sont aussi l'occasion de décliner les fondamentaux des droites extrêmes. Le 14-Juillet, il intrigue par ses références à la monarchie, en expliquant que la fête nationale n'est pas « la célébration de la prise de la Bastille », mais celle de « la fête de la fédération » de 1790 qui « a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé ». En ouverture de la feria, il organise une messe publique, et est désapprouvé par l’archiprêtre de la ville, qui dénonce une instrumentalisation du culte catholique. En octobre, il se rend en Syrie pour soutenir la communauté chrétienne de Maaloula et scelle un jumelage avec la ville.

Robert Ménard a aussi débaptisé la rue dédiée à la fin des combats en Algérie, pour lui donner le nom d'Hélie Denoix de Saint-Marc, ce militaire qui a participé au putsch des généraux en 1961. Une « réécriture de l'Histoire » pour son adversaire socialiste Jean-Michel du Plaa. Il a rendu hommage aux harkis en septembre et aux morts de l’OAS en juillet, en retraçant heure par heure le « massacre généralisé » du 5 juillet 1962, « un jour de honte pour tous ceux qui ont couvert ces assassinats de leur silence »« Sans la France, pas d'Algérie ! » déclare-t-il, dans la droite ligne de son livre Vive l’Algérie française (2012) qui fustigeait les « mensonges sur le bilan de la colonisation, largement positif en termes d’infrastructures ».

Mais c'est son discours au rassemblement républicain à Béziers, après l'attentat de Charlie Hebdo, qui a été le plus controversé. Il évoque « l'ennemi » de la « civilisation française et européenne » et le risque d'un Paris transformé « en Kaboul ». Des sifflets, huées et des « Pas de politique ! » fusent de la foule. […]

Dans un entretien au Figaro, [Robert Ménard] évoque un « climat inquiétant » à Béziers ; lors de ses vœux, […] il se félicite « d'avoir voulu armer la police municipale » ; à la une de son journal municipal […] et dans un communiqué sur la même tonalité que le Front national [il déclare]« Non, les assassins ne sont pas des "fous" ou des "marginaux". Ce sont des tueurs islamistes qui veulent imposer la terreur comme leurs congénères de Syrie ou d'Irak », écrit-il en faisant le lien avec « trente ans d'immigration galopante »Il a d'ailleurs déploré qu'« on montre du doigt le Front national », qui « a des comportements qui ne sont pas moins républicains que ceux de n'importe quelle autre formation politique ». […]

Un employé communal décrit « un climat bizarre, de délation. Il faut faire attention à tout, à qui on parle, à ce qu’on dit. C’est tendu et tout remonte au cabinet du maire ». […]

Depuis quelques mois, certains sentent un frémissement. Les vœux du maire à la population n'ont réuni que 400 personnes. Les premières fissures apparaissent au sein de sa majorité. Après le départ de l'élu RPF, « certains élus commencent à dire qu'ils n'avaient pas rejoint Ménard sur de telles positions d'extrême droite », rapporte Aimé Couquet [élu du PC].

De son côté, la gauche, divisée politiquement, « s'est unie par les associations, affirme Christophe Coquemont, de l'Union citoyenne humaniste. Aujourd'hui on travaille avec les communistes, avec la LDH, etc. ». Un journal d'opposition à Ménard a été créé par une quinzaine de citoyens et militants de gauche. Plusieurs organisations qui planchent sur un projet d'immeuble associatif organisent en mars un « Printemps des peuples ». La Ligue des droits de l'homme va décliner à Béziers une Coordination nationale contre l'extrême droite (Conex) pour mettre en lien les militants syndicaux, politiques et associatifs. « Il y a une demande, les gens disent "comment on peut s’organiser ?". Donc il faut être présent, s’exprimer », prône Aimé Couquet.

Photo NPA 34.

L'article intégral (réservé aux abonnés) sur le site de Mediapart 
  





 A loufoque sécuritaire, loufoque s'curitair et demi

Béziers – Ce qui devait être le fleuron de l’équipement des policiers municipaux de la ville de Béziers s’est transformé en un terrible cauchemar. Alors qu’ils opéraient une patrouille de routine en centre-ville, les policiers ont perdu le contrôle de leur char d’assaut. Le premier bilan est lourd, on parle de près de 35 morts et une vingtaine de blessés graves. Cliquer ici


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Violences, contrôles au faciès… 
Depuis les attentats, les associations prêchent dans le désert.
Le 7 janvier, au moment où les frères Kouachi abattaient un policier à bout portant sur le boulevard Richard-Lenoir, Amal Bentounsi, porte parole du collectif «Urgence, notre police assassine», tenait une conférence de presse sur les violences policières. Le collectif tentait de mobiliser pour que «lumière soit faite» dans l’affaire du commissariat de Joué-lès-Tours où, quelques semaines auparavant, un jeune garçon avait été tué par des policiers après les avoir violemment agressés au couteau. Le collectif contestait la version policière. «Après Charlie, ça a été terminé. On n’arrive même pas à avoir une autorisation du préfet pour faire un rassemblement», raconte Amal Bentounsi. Cliquer ici


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NPA 34, NPA