Grèce. Graves menaces sur l'espoir soulevé par Syriza...


 L'Union Européenne veut casser la "contagion" aux autres peuples. Solidarité de lutte avec les Grecs contre le capitalisme européen !


Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza et professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, explique dans une longue interview que continuer dans la voie empruntée par le parti d’Alexis Tsipras ne peut conduire qu’à l’échec.

“Le gouvernement Syriza n’aura pas d’autre choix que d’être un gestionnaire du cadre mémorandaire. Les petits aménagements seront certes des éléments d’amélioration, mais ils n’arriveront pas à transformer une situation économique et sociale totalement désastreuse. Cela conduira à la déception des espoirs et des attentes que l’électorat populaire a placés dans Syriza.”

 […] L’accord [signé vendredi dernier par le gouvernement avec l'Eurogroupe] prévoit de rembourser intégralement et à temps les créditeurs. Il prévoit surtout de mener à terme le programme précédent, c’est-à-dire que le pays acceptera d’être mis sous tutelle par les « institutions » — le nouveau nom de la Troïka —.
Le pays a accepté d’être mis sous tutelle
En fait, le gouvernement grec s’engage à ne prendre aucune mesure unilatérale, qui pourrait mettre en danger les objectifs budgétaires fixés par les créditeurs.L’action du gouvernement Syriza et sa capacité de mettre en œuvre son programme se retrouvent neutralisées par cet accord. Le cadre du mémorandum est maintenu dans sa quasi-intégralité, il faut être très clair là-dessus.

[…] Il y a une strangulation mise en place contre le gouvernement grec via le maillon le plus faible qui est le système bancaire. La pression est allée croissante lors des réunions de l’Eurogroupe pour que la Grèce accepte le cadre memorandaire, et si l’Allemagne a été la plus vindicative — avec la part de spectacle qui accompagne ces moments — aucune différenciation n’est apparue de la part des autres pays européens. Personne ne s’est opposé à l’Allemagne.

[…] Il faut être clair. Un certain nombre de points qui faisaient l’objet de débats au sein de Syriza ont été tranchés de façon négative. L’idée selon laquelle on pourrait rompre avec les politiques d’austérité en faisant l’économie d’une confrontation avec l’Union européenne a été invalidée dans les faits. La ligne majoritaire au sein de Syriza a évité de répondre clairement à un éventuel refus de négocier de la part des créanciers de la Grèce.
Ces institutions ont révélé leur vrai visage
Elle a également pensé que les partenaires européens seraient obligés d’accepter la légitimité de Syriza et par conséquent les demandes du gouvernement grec. Et on voit bien que ce n’est pas le cas. Il y a eu des illusions de la part de la ligne dominante de la direction de Syriza quant aux possibilités de changer les choses dans le cadre actuel de l’Union européenne.

Ces institutions ont révélé leur vrai visage, qui est celui d’imposer des politiques néo-libérales extrêmement dures et des politiques qui conduisent à la marginalisation économique et sociale de pays entiers.

[…] Il y a un véritable blocage qui ne relève pas uniquement du psychologique, mais bien de la stratégie politique. Syriza, comme la quasi-totalité de la gauche radicale européenne, partage l’idée d’une réformabilité, d’une transformation de l’intérieur des institutions européennes existantes.
Tout le problème est là. Syriza s’était arc-bouté de plus en plus clairement dans une position qui refusait la rupture avec l’euro, à la fois comme une éventualité, mais aussi comme une possible arme à brandir lors des négociations.
Syriza a refusé la rupture avec l’euro
On a vu en réalité qu’à aucun moment Varoufakis ou Tsipras n’ont utilisé cette éventualité. Ce courant refuse de prendre la mesure de ce qui fait la réalité des institutions et du processus d’intégration européenne, processus qui porte le néo-libéralisme dans son code génétique.Ces institutions ont été créées pour verrouiller les politiques néo-libérales et les soustraire au contrôle populaire. On ne peut pas rompre avec les politiques d’austérité et les mécanismes de mémorandum sans entrer dans une confrontation avec l’Union européenne, et le cas échéant sortir de la zone euro. La Grèce a montré lors des négociations qu’elle craignait plus le « Grexit » que ses interlocuteurs, et ça, c’est une erreur fatale.

[…] On peut parler d’un échec majeur pour Syriza, possiblement fatal, et l’échec touche l’ensemble des composantes de Syriza. L’aile gauche n’a pas su faire prévaloir son point de vue, et a surtout été mise en échec par la stratégie de recentrage de la direction après les élections de 2012. L’idée était que le plein des voix à gauche avait été fait et qu’il s’agissait donc d’aller chercher des voix au centre.
Une logique électoraliste et fausse, puisque l’opinion publique, vu l’ampleur du désastre social, n’évolue pas du tout dans le renforcement des positions centristes. Au contraire, elle se radicalise. Cette radicalisation explique à la fois l’audience d’Aube Dorée et celle de Syriza.
Il y a une véritable erreur d’analyse de fond. Quand il s’agit de céder sur des points fondamentaux d’une force politique de gauche anti-austérité, ça ne peut conduire qu’à l’échec. C’est malheureusement le scénario qui est en train de se dérouler sous les yeux.
Il y a une véritable erreur d’analyse de fond
Le gouvernement Syriza n’aura pas d’autre choix que d’être un gestionnaire du cadre mémorandaire. Les petits aménagements seront certes des éléments d’amélioration, mais ils n’arriveront pas à transformer une situation économique et sociale totalement désastreuse. Cela conduira à la déception des espoirs et des attentes que l’électorat populaire a placés dans Syriza.
Continuer dans cette voie ne peut conduire qu’à l’échec. La désintégration de Syriza me semble envisageable, de même que la reconfiguration des alliances politiques. Si c’est pour continuer cette politique, il n’y a aucune raison que les forces politiques promémorandum refusent de collaborer avec Syriza. Que ce soit To Potami, le Pasok et même une frange de la Nouvelle Démocratie, précisément celle à laquelle Syriza fait un clin d’œil en choisissant Pavlopoulos comme Président de la République, une figure de proue de l’aile centriste de la Nouvelle Démocratie.

[…] La victoire de Syriza a redonné espoir au peuple grec. Au lendemain du chantage de la BCE, on a par exemple vu des gens descendre spontanément dans la rue pour apporter leur soutien à Syriza. Le recul actuel risque de donner un coup d’arrêt et provoquer une déception très importante.

[…] Le succès des partis d’extrême droite en Europe est essentiellement dû au fait qu’ils apparaissent véritablement comme des formations anti-systèmes auprès de très larges secteurs de l’opinion publique. Elles apparaissent comme plus crédibles, plus radicales que les forces de gauche.
Du fait de l’ampleur des mobilisations entre 2010 et 2012, l’électorat qui s’est détaché des partis traditionnels s’est majoritairement déporté vers la gauche.
Ce sentiment d’humiliation nationale est d’une importance décisive pour comprendre la percée d’Aube Dorée
Néanmoins, les scénarios de recomposition politique qui pourraient avoir lieu comportent le danger énorme de laisser à l’extrême droite le terrain de la contestation du cadre actuel.Syriza a été contraint d’accepter la poursuite de la mise sous tutelle de la Grèce par la Troïka. Ce sentiment d’humiliation nationale est d’une importance décisive pour comprendre la percée d’Aube Dorée. La montée d’Aube Dorée est vraiment une réaction nationaliste régressive à ce sentiment d’humiliation nationale, combinée à l’effondrement économique et social.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a récemment déclaré : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Peut-on considérer, en Grèce comme ailleurs en Europe, que nos sociétés sont réellement démocratiques ?

Cette citation de Juncker résume la réalité de la situation. La construction européenne depuis les années 1980 est le vecteur des politiques néo-libérales. Cette construction européenne inscrit le néo-libéralisme dans son code génétique, le verrouille dans ses traités. La logique profonde de cette construction est une logique constitutivement antidémocratique.
La rupture est une condition indispensable
Elle vise à dissoudre le niveau de contrôle national en établissant un contrôle supranational qui est détaché, autonomisé de tout mécanisme de contrôle populaire. C’est ce qui conduit les forces politiques d’opposition à la paralysie. L’échec de Syriza face à l’Union européenne en est l’illustration la plus frappante, mais aussi la plus cuisante.
Pour toute force qui veut s’inscrire en faux contre les choix dominants en matière de politique économique, la rupture est une condition indispensable.

Le texte intégral de l'entrevue est à lire ici

A lire aussi

Extraits : Les ministres des finances de la zone euro ont contraint, vendredi soir, le gouvernement grec à un compromis en forme de première capitulation. […] La plupart des lignes rouges fixées par le nouvel exécutif grec en début de négociation, à commencer par l'arrêt de l'actuel programme d'aide à la Grèce par la Troïka, ont été franchies. Certains électeurs de Syriza pourraient bien avoir du mal à comprendre pourquoi leurs représentants ont signé ce texte. […] 

Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble – d'ordinaire peu bavard avec les journalistes à l'issue des réunions bruxelloises – se livrait lui aussi à une conférence de presse. Le grand vainqueur de la soirée se montrait nettement moins lyrique : « La réalité n'est souvent pas aussi belle que les rêves », a-t-il tranché, avant de lâcher : « Les Grecs auront sans doute du mal à expliquer l'accord à leurs électeurs. » […]

 Varoufakis a reconnu, vendredi soir, qu'il n'était pas question de remonter le salaire minimum grec d'ici fin juin (et le terme du prêt de quatre mois), dans l'attente de la négociation d'un nouveau programme. « Les autorités grecques réitèrent leur engagement univoque à honorer leurs obligations financières, auprès de tous leurs créditeurs, dans leur totalité et dans le respect du calendrier prévu », lit-on également dans le texte, où l'on trouve même une référence explicite – Tsipras a dû grimacer – à l'accord de novembre 2012. […]

Une disposition du texte – sans doute l'une des plus dures à l'égard d'Athènes – montre à quel point la confiance est encore loin de régner autour de la table : les ministres des finances ont choisi de rapatrier un fonds grec dédié à la recapitalisation des banques du pays depuis le début de la crise (le HFSF, alimenté par des prêts européens). Ce fonds sera désormais géré directement par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), c'est-à-dire par les Européens et non plus par les Grecs. Explication de Dijsselbloem : « Nous voulons nous assurer que cet argent reste disponible pour la recapitalisation des banques, pas pour le refinancement des politiques du gouvernement. » À ce stade, comment les Grecs vont-ils parvenir à « vendre » cet accord à Athènes ? Vendredi soir, leur entourage mettait en avant trois éléments, qui sont autant de victoires à leurs yeux :

Le « surplus primaire » (c'est-à-dire l'équilibre des comptes sur l'année, hors paiement des intérêts de la dette). Syriza veut rogner sur les objectifs de surplus à 3 % du PIB, pour dégager des marges de manœuvre et financer une partie de son programme « humanitaire ». Sur ce point, le communiqué est plutôt conciliant, puisqu'il propose de « prendre en compte les circonstances économiques en 2015 » dans l'analyse du surplus grec. En clair : de la souplesse est autorisée. Mais il reste à savoir si la Grèce, qui a affiché un surplus budgétaire en 2014, parviendra à faire de même cette année.
La « flexibilité » sur les 30 % de réformes prévues dans le programme de 2012. Les négociations doivent durer sur ce volet, au plus tard, jusqu'en avril. Les Grecs sont autorisés à remplacer certaines des réformes prévues du temps de la Troïka, et qui ne leur plaisent pas, par d'autres. Ce qui fait dire à Varoufakis que les Grecs vont enfin devenir « les auteurs, ou disons les co-auteurs, des réformes » à venir. Mais les Européens ont, une fois de plus, fixé des conditions : chaque modification du programme qui pourrait avoir un impact sur les objectifs budgétaires, devra être « financée ». Les discussions seront très difficiles, surtout si les Grecs veulent toucher aux réformes « structurelles » (marché du travail, etc).

Une marche arrière côté BCE ? La Banque centrale européenne pourrait rouvrir l'un des principaux canaux de financement des banques grecques, celui-là même qu'elle avait fermé début février, dans la foulée de l'élection de Syriza à Athènes (lire l'article de Martine Orange). Varoufakis s'est dit convaincu qu'une annonce était imminente. Cela pourrait toutefois prendre encore des semaines.
Pris à partie par un journaliste qui lui reprochait d'avoir « jeté à la poubelle » le vote des Grecs du 25 janvier, Jeroen Dijsselbloem [social-démocrate présidant l'Eurogroupe et l'un des principaux artisans de cet accord.] a répondu : « À l'Eurogroupe, il n'y a pas un, mais 19 ministres, de 19 pays, avec 19 mandats démocratiques. Si un pays demande de l'aide aux autres, il faut trouver l'accord de tous. Pour n'importe quel programme, c'est toujours la même chose : il faut parler argent et conditions. Puis trouver un accord ensemble. » Cliquer ici pour accéder à l'ensemble de l'article (qui est réservé aux abonnés de Mediapart)

Le gouvernement grec a été effectivement obligé de céder sur un certain nombre de points majeurs. Le plus important, de mon point vue, est le fait que soit maintenu, pour permettre le remboursement intégral de la dette que le gouvernement grec a accepté, l’objectif d’un excédent primaire de 4,5 % du PIB en 2016, même si l’objectif de 2015 (3 %) pourra être réévalué en fonction des circonstances économiques. Se fixer comme objectif un excédent primaire de cet ampleur ne peut qu’entraîner des politiques d’austérité drastique. On voit mal le gouvernement grec s’engager dans cette voie. La prochaine échéance va être le remboursement à l’été de 6,7 milliards d’euros à la BCE, qui fera l’objet de nouvelles négociations. La Grèce va vivre sous la menace permanente des « institutions », le nouveau nom de la Troïka, et le bras de fer va continuer. Cliquer ici 

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 Un accord a donc été conclu entre l'Eurogroupe et le gouvernement grec. Il prolonge le « programme d'aide » existant et maintient la tutelle de la Troïka sur la Grèce. Le gouvernement grec renonce à toute mesure unilatérale qui aurait un impact budgétaire négatif. Le mémorandum n'est donc pas mort. En outre, le gouvernement s'engage à rembourser intégralement et dans les délais impartis toute la dette que l’État grec doit à ses créanciers. Cliquer ici

  
 
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