Béziers. Ménard fait d'une pierre deux coups ...


... il rameute autour de lui les fachos et envoie des signaux à la droite qui n'a pas renoncé à valoriser les vertus de la colonisation !

 15 mars
Ce documentaire, réalisé par François Margolin et le pénible Georges-Marc Benamou en 2008 pour la télévision n’est pas toujours très bon. Il tombe parfois dans le psychologisme voire le pathos là où seul l’exposé des faits importe. Son grand intérêt est qu’il fait voir le vrai visage des exécutants et de certaines têtes de l’OAS. Cliquer ici
Pendant tous les discours, maintenus à l'écart à 100 mètres de la célébration, les forces de gauche, élus en tête, ont crié leur colère, huant « Ménard facho, Ménard assassin ! ».
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En direct de la mobilisation de Béziers


Dernière estimation : 400 à 500 participants dont des militants du NPA avec Philippe Poutou, d'Ensemble, du PCF, de la CGA, de la CNT et d'AL, de la CGT, de Sud-Solidaire, de la LDH, de la CFDT. On a vu un drapeau du PG et j'en oublie ...Et beaucoup de flics entre nous et les proMénard ...Parmi ceux-ci, les fachos de la Ligue du Midi, des drapeaux français, la Marseillaise (l'hymne, pas le journal !) et des marches militaires dont celle de la Légion.

Michel, correspondant du NPA 34

 

14 mars : sur Midi Libre
 
"Le maire de Béziers veut nous renvoyer 50 ans en arrière, quand la France était coloniale", déplore Raymond Cubells. Le Biterrois est le porte-parole des signataires de l'appel “Sauvons la rue du 19-Mars-1962”. Un collectif d'associations - près d'une centaine -, de syndicats et de partis politiques. Tous ont prévu d'être présents à Béziers, ce samedi, afin d'y organiser une contre-manifestation "pacifique" pour dire "non à cette droite réactionnaire, révisionniste, colonialiste et raciste". Cliquer ici

Enfumage : Ménard n'est pas au FN mais il réamorce le ressort lepéniste de l'Algérie française...

  [A lire ci-dessous Point de vue ]

Communiqué du NPA Languedoc-Roussillon 



L'Indépendant 10 mars 2015

Point de vue
Robert Ménard, un retour facho de « l’Algérie française » ? Pas si simple ! 

Robert Ménard se propose de débaptiser le 14 mars une rue de Béziers célébrant les accords mettant fin à la terrible guerre d’Algérie pour lui substituer un hommage à un officier français qui s’est distingué par son engagement aux côtés des généraux putschistes pro-Algérie française. En elle-même cette mesure accentue incontestablement les identifiants d’extrême droite du maire et paraît défaire l’entre-deux éminemment politicien, celui d’une non-appartenance au FN mais profitant du soutien apporté par celui-ci par laquelle a pu être possible la conquête ménardienne de la mairie.

Pourtant l’actuelle promotion de la figure du commandant Hélie Denoix de Saint Marc participe aussi de cette stratégie à deux temps permettant à Ménard de jouer à l’extrême droite sans avoir l’air d’y toucher ... tout  en y touchant ! Qu’on en juge par ce qui caractérise le parcours de vie du militaire en question : résistant à l’occupant nazi magnifié par une déportation à Buchenwald, il a participé à deux guerres coloniales emblématiques de la France, celle du Vietnam et celle de l’Algérie, en sachant se préserver, dans ses récits autobiographiques non-contredits par des témoignages, d’une implication de premier rang dans la « pacification » menée. En particulier celle qui fut organisée durant la « bataille d’Alger » par le 1er Régiment étranger de parachutistes (1er REP) dont il était, sous l’égide du tortionnaire général Massu, le responsable presse ! Enfin il fut du putsch « Algérie française » du 21 avril 1961 mis en oeuvre par une fraction des officiers supérieurs de l’armée et l’OAS : mais, comparse rallié de la dernière heure à la conspiration et refusant, suite à l’échec de l’opération, de participer à la fuite en avant  terroriste d’une guerre perdue définitivement, il se rendit, fut condamné ... et, sans jamais faire l’éloge ouvert de la torture et de l’action de l’OAS, il s’afficha jusqu’au bout comme simple et silencieux soldat d’honneur fidèle aux « siens » ! La consécration de l’honorabilité « républicaine » du personnage fut, en 2011, son élévation à la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur, la plus haute distinction que la République puisse conférer.

Ce n’est pas un hasard que Robert Ménard ait décidé de mettre en avant, le 14 mars prochain, un tel profil militaire mobilisant l’oblique et la ligne droite, l’engagement à l’extrême droite sans se laisser assigner mécaniquement à elle. Ce schéma  paradoxal est exactement celui qu’utilise Ménard pour installer son pouvoir sur la ville : des mesures comme l’armement de la police municipale, l’asphyxie financière du centre communal d'action sociale (CCAS) ou encore le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans appartiennent à la panoplie « classique » de tant de maires de droite que seule la récurrence des déclarations sur le danger immigré et islamiste ainsi que la présence dans l’équipe municipale d’authentiques fascistes ou le soutien reçu du FN tire plus à droite encore !

C’est un fait, Hélie Denoix de Saint Marc n’est pas le putschiste  patenté Raoul Salan comme Robert Ménard n’est pas strictement parlant le FN ... tout en se rattachant à l’extrême droite ! 

Pour combattre cette duplicité mise en oeuvre à Béziers et que renforce l’affaire du 14 mars, il faut la rattacher à la volonté de brouiller les cartes politiques par laquelle le FN et ses satellites cherchent à casser la limpidité de leur appartenance à l’extrême droite et travaillent à décrédibiliser ceux qui les désignent comme « fachos ». Brouillage renforcé de ce côté de l’échiquier politique quand il se fait l’écho de l’autre brouillage, en face, chez ceux qui se revendiquant de l‘antifascisme, sont muets sur la cause principale de la montée de l’extrême droite, les politiques antipopulaires menées par la gauche et la droite d’alternance. Mutisme débouchant sur le front « républicain » proposé comme barrage à l’extrême droite et accréditant de fait, aux yeux des victimes de ces politiques, une complicité avec le pompier pyromane de la lutte antifasciste qu‘est la direction du PS !

S’il faut, par ailleurs, dénoncer totalement l’instrumentalisation de la guerre d’Algérie aux fins politiciennes d’une extrême droite se donnant à voir « atypique », il est probablement erroné d’y voir seulement la volonté  de mobiliser le noyau dur facho des anciens de l’OAS et de tous ceux, rapatriés ou harkis, sous leur influence, qui pourraient servir de masse de manoeuvre pour élargir indirectement l’influence électorale du FN. C’est trop escompter que de larges pans de la société française puissent être réceptifs à ce discours nostalgique et déconnecté de ce qui fait le relatif succès du marinisme. Helie Denoix de Saint Marc ne serait pas le vecteur idéal pour une telle opération qui, ainsi conçue, serait des plus frustes au vu des enjeux que se donne la démarche du FN et de ses électrons libres.

 Il est évidemment nécessaire de condamner l’effacement de la date anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie qui fut aussi celle de la victoire de l’indépendance du peuple algérien et donc un revers majeur pour le colonialisme français. Mais il faut aussi analyser l’opération du 14 mars comme le point d’orgue de ce qui se trame dans le laboratoire biterrois et qui pourrait accentuer la stratégie de ravalement de façade de la maison extrême droite menée par Marine Le Pen elle-même et son équipe ; ce en quoi Ménard se confirme être une tête chercheuse et exploratrice travaillant à créer toujours plus les conditions pour que la radicalité lepéniste « d’origine » centrée sur l’islamophobie et le rejet de l’immigration se combine à des radicalisations sociétales droitières comme, par exemple, le droit à la sécurité. La référence à l’Algérie française prendrait alors place ici comme un arrière-plan classique, et politiquement assez « inerte », de l’extrême droite amorti par ce que porte la biographie, irréductible à la figure fasciste, du personnage donnant le nouveau nom à la rue en question. Le premier plan du 14 mars, travaillé lui aussi à sa façon par le syndrome Hélie Denoix de Saint Marc de « l’entre-deux », resterait alors l’actualité d’une refondation du FN, conservant des acquis d’extrême droite, mais faisant encore plus pont vers la droite dure de Ciotti et Cie et, par là, vers d’autres pans de la droite UMP. Tout en piégeant la gauche antifasciste dans le leurre que, autour de l’officier honoré, se jouerait pour l’essentiel un rapport faussé, de faussaire, à la guerre d’Algérie où « tout naturellement », oublieuse de l’actualité des méfaits de l’austérité « socialiste », l’ensemble de « la gauche » devrait faire...front !

Tout en participant à la mobilisation organisée le 14 mars à Béziers, le NPA ne peut au demeurant pas souscrire à la démarche de ceux ce qui, prisonniers de ce leurre, voudraient y répondre en revisitant l'histoire, à leur tour mais dans un unanimisme amnésique, et « réconcilier les mémoires des Anciens d'Algérie qu'ils soient pro ou anti Algérie française » comme il est écrit dans un des appels à cette mobilisation. 

Le danger de l’extrême droite « apartidaire » de Ménard n’est pas amoindri par le refus de l’assujettir au seul  travail de « faussaire de l’histoire ». Il s’en trouve au contraire plus fort et plus redoutable à combattre car il « déjoue » les attentes et les ciblages réducteurs d’un certain antifascisme « républicain » mais aussi parfois « radical ». A nous de déjouer ces manoeuvres !

Antoine (comité NPA du Pic-Saint-Loup)  

13 mars

(Article du 20 février)

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