Tribune libre : Elections départementales, Tartuffe est sur tous les fronts...


Naufrage électoraliste à la gauche du PS...

par Antoine (NPA 34)

 Le NPA 34 dénonce dans les imminentes élections départementales une "tartufferie électorale" (lire ici). Elle gagne tout l'échiquier politique institutionnel qui se donne ainsi à voir comme un repoussoir absolu pour une population toujours plus agressée par le gouvernement. Le prix à payer pour ce discrédit est l'augmentation prévisible de l'abstention et la menace d'une poussée électorale, pour partie corrélée à cette abstention, du FN. C'est dire le brouillage politique à l'oeuvre en l'absence d'une montée en puissance des luttes sociales, dont nous pensons, au NPA, qu'elles sont le levier incontournable à mettre d'urgence en action pour casser les simulacres électoraux et ainsi dégager une perspective de sortie de crise antisystème. 

Dans cette débâcle du politique, le Front de Gauche joue hélas sa partition : après la calamiteuse séquence des municipales de l'an dernier, où se sont étalées les contradictions internes jusque là mises sous le boisseau (voir ci-dessous), les diverses composantes de cette coalition ont décidé, pour ces élections, de faire dans la plus totale "géométrie variable". 

A l'heure où tout un peuple se confronte à la logique d'un centre, le gouvernement, décidé à systématiser le démantèlement des protections sociales au profit du Medef (réforme Macron) mais aussi à aggraver la dimension antidémocratique des institutions territoriales, une alliance se réclamant de la gauche d'alternative la joue "éclatée" en se moulant de fait dans le piège de la diversité locale des réponses politiques à apporter. Par où se dilue la proposition pourtant proclamée que des élections départementales participent de la structuration d'une réponse politique nationale, que du local émerge une dynamique à visée générale. Par où aussi, conformément aux vices électoralistes des mécanismes en place, se neutralise toute idée d'alternative au cours capitaliste assumé depuis l'Elysée et Matignon.

Par un jeu de réaction en chaîne où EELV, alliée ici au PS, s'allie là au PG tandis que le PC fait alliance également avec le PS tout en se présentant parfois en autonomie FdG totale, c'est l'idée d'une connivence des opposés (ou s'affirmant tels) qui s'expose aux yeux de tous. Une telle mascarade ne peut que faire rejaillir sur les autoproclamés "alternatifs" le discrédit qui affecte les "alternants" lesquels, prenant la suite de la droite, instituent la continuité aggravée d'une politique au service des dominants, au détriment des larges masses de la population. Il n'en est que plus consternant que, dans l'Hérault (mais cela vaut ailleurs), ceux qui se réclament de l'anticapitalisme à l'intérieur du Front de Gauche, cèdent eux aussi à ces dérives.

Qu'on en juge : sur son blog départemental Ensemble !, sous couvert de dire sans faux-fuyants les choses les plus désagréables de la situation du Front de Gauche (1), peut en toute placidité dépolitisée en rester au constat que départementalement "le PS a fait des accords avec le PC dans deux cantons" avec, en particulier "un binôme PCF-PS" à Gignac. De même le PS, nous rappelle-t-on, a passé des accords avec EELV à divers endroits, en particulier sur Saint-Gély-du-Fesc où il est suppléant et soutient l'écologiste Dupraz. Plus globalement, nos camarades font le décompte : "Concernant EELV, si au niveau national il y a une majorité d'accords avec le FdG (475 soit 45%) pour 171 accords avec le PS (18%) […] nous n'en sommes pas là dans notre département. Il y a, à notre connaissance, un accord avec le FdG sur le canton de Pignan, un accord avec le PG à Montpellier [avec rien moins que sa secrétaire départementale, Muriel Ressiguier ex tête de liste FdG à la municipale de Montpellieret un autre sur le canton de Clermont l'Hérault". 


Cette démarche "en constat" assez plat se dénoue pourtant subitement "en évaluation critique" d'une démarche écolo conciliant l'inconciliable, d'une part, l'appartenance proclamée à la majorité gouvernementale autour du PS par Placé ou de Rugy et, d'autre part, la participation aux "Chantiers d'espoir" chers à Ensemble !. Le tout donnant "la situation caricaturale de Montpellier où, sur 5 cantons, EELV réussit le tour de force de 3 orientations différentes (sur le canton 1 avec le PS, sur le canton 2 avec le PG et sur les autres en autonomie, quelle incohérence !". Le plus étonnant reste qu'Ensemble ne parvienne pas à énoncer ce qui est dans la logique de ce jugement critique et qui pourrait déboucher sur un retour également critique mais...sur soi : "Un Front de Gauche qui réussit le tour de force de 3 orientations différentes, l'une avec le PS, l'autre avec une EELV alliée ailleurs au PS ou aux camarades du PG, les autres en toute autonomie, quelle incohérence !". Nous avons là le point aveugle de toujours de ce qui fut GA et est désormais Ensemble ! : leur incapacité à défaire le noeud de contradictions internes entre partenaires du Front de Gauche autour des alliances avec le PS et de son satellite EELV, sur fond d'acceptation que chacun tolère de ses camarades les alliances contre-nature qu'il dit refuser pour lui. Avec l'espoir, toujours déçu (mais on persiste), qu'une large partie d'EELV finisse par basculer du bon côté. Avec le même espoir, tout aussi constamment déçu, du côté des frondeurs du PS dont on vient pourtant de voir qu'ils font campagne pour les départementales avec ... Valls ! Ensemble ! fait une nouvelle fois la preuve non seulement de son impuissance à redresser cette dynamique interne au FdG faite d'un opportunisme des plus désastreux mais hélas aussi, de sa capacité in fine à la cautionner aux yeux des électeurs et au-delà. 

Arrêtons-nous, à ce propos, à titre d'exemple symptomatique, sur la profession de foi (voir ci-dessous) de Carine Barbier, d'Ensemble !, qui est en binôme pour le Front de Gauche avec le PCF sur le canton de Montpellier-Castelnau-le-Lez. Il va sans dire que nous partageons beaucoup de ce qui est défendu sur la justice sociale, l'annulation de la dette ou encore l'urgence écologique. Mais voilà une déclaration, destinée à tous les électeurs, s'intitulant "Pour une alternative sociale et écologique" qui se contente de cibler à deux reprises, sans plus de précisions, l'Etat et présente la prouesse de ne jamais nommer le PS, de ne pas poser ouvertement que c'est sa politique telle que menée par Hollande et Valls, jamais nommés eux non plus, qu'il faut, osons le mot, combattre ! Deuxième absence, très dans le ton électoraliste du Front de Gauche et qui fait sens avec la première carence : pas un mot n'est consacré au rôle que peut jouer concrètement un conseiller départemental en faveur des luttes et de la construction d'une mobilisation sociale se proposant de renverser la politique gouvernementale (2). Se dessine ainsi une profession de foi en  "alternative sociale et écologique" centrée sur le périmètre d'action local et qui, délestée de ses marqueurs politiques essentiels, laisse comme suspendue en l'air, l'exigence au demeurant juste d'un audit de la dette publique !

Ce n'est décidément pas grâce au Front de Gauche, ni même à Ensemble !, que l'on échappera à la tartufferie électorale des deux prochains week-ends.

Un Manu Raynaud, candidat d'EELV sur Montpellier, donne finalement la quintessence de ces glissements politiques qui caractérisent la situation du moment dans l'Hérault. Il peut déclarer devant les caméras, sans crainte d'être contré par l'un des secrétaires départementaux du PG présent à ses côtés en tant que candidat lui-même aux départementales, que le rôle de son parti, EELV, consiste à être "le lien du centre à la gauche de la gauche" (vidéo, à partir de 41:40, du débat du 10 mars entre candidats montpelliérains organisé par Midi Libre). Du centre comme métaphore d'une droitisation achevée du PS dans sa capacité à faire lien avec le Front de Gauche... Fermez le ban. Tartuffe, malgré ce demi aveu lâché comme entre parenthèses, est trop fort... Marine marque des points... Ces élections signent que l'alternative au gouvernement et au système qu'il sert est bien à chercher et à construire ailleurs...En retenant que l'exemple de Podemos en Espagne, si désinvoltement revendiqué par certains dans ces élections, exclut toute alliance avec les "partis de gouvernement". Tant localement que nationalement ! Même quand...ils ne sont plus au gouvernement !

(1) "Les différentes forces du Front de Gauche n'ont pas été capables de travailler ensemble au niveau départemental pour construire des binômes dans chacun des cantons" (cliquer ici)

(2) Seul l'appel urgent à "se rassembler et ] faire de ces élections départementales le point de départ d'une mobilisation plus vaste" effleure la problématique du mouvement social. Sans qu'on puisse écarter que, comme le FdG le montre constamment depuis sa création, ladite "plus vaste mobilisation" ne se conçoive que sur le seul terrain électoral, plein cap sur la prochaine...présidentielle !



Brouillage politique, brouillard stratégique, ainsi va le Front de Gauche...


A gauche sur la photo, le PG allié avec le copain de Valls à l'Agglo de Montpellier, à droite, le PG allié, à ces départementales, à EELV qui veut rassembler "du centre à la gauche de la gauche" et, au milieu, le PG national qui pense compatible l'alternative au gouvernement avec ces virevoltes électorales tous azimuts...Le journaliste pourtant bien disposé envers ses interlocuteurs semble dubitatif : "Les électeurs de gauche se laisseront-ils séduire par les candidatures communes avec les écologistes alors même qu'EELV s'est parfois alliée avec le PS (Montpellier 1) ?" Cliquer ici

Un point de vue de "politologue"

 La démobilisation de la gauche, et en particulier dans les bureaux de vote populaires où l’on peut s’attendre à des taux de participation ne dépassant pas 15%, devrait la priver des réserves dont elle aurait pourtant bien besoin. Cliquer ici

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Depuis plusieurs mois, le Front de gauche se lézarde. Les réunions de sa direction nationale sont épisodiques et ne comportent plus aucune décision... sinon de rester ensemble, et Mélenchon a quitté sa direction pour s’investir à fond dans son Mouvement pour une vie République.
En fait, outre leur histoire et leur culture différentes, PCF et PG avaient divergé sur l’attitude à avoir par rapport au PS lors des dernières élections municipales, et cela dans de nombreuses villes comme Paris ou Toulouse. Si le PG est hostile à tout accord électoral avec le PS, il n’hésite pas à flatter EÉLV qui reste pour autant encore et toujours dans la majorité présidentielle. Le PCF quant à lui espère toujours une nouvelle union de la gauche rassemblant Front de gauche, EÉLV et les « frondeurs » du PS. Cliquer ici

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 La cacophonie de la municipale de Montpellier...


Dès juin 2012...l'impasse du Front de Gauche


 NPA 34, NPA