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jeudi 30 juillet 2015

Etat espagnol. Podemos au temps du tournant/tourment grec dans l'UE...


De l'euphorique "Podemos est le Syriza espagnol" au lénifiant mais inquiet « l’Espagne n’est pas la Grèce » ...


A lre ci-dessous 
A notre avis : Podemos chahuté dans ses défis... (Antoine)

Avertissement au lecteur 

Les lignes d'introduction  très générales de cet article sur les données de l'actuelle crise du capitalisme mondial méritent d'être lues car elles clarifient beaucoup de choses des situations concrètes que nous vivons sans toujours percevoir le fil rouge politique qui les traverse. Le lecteur pressé peut cependant, sans dommage de compréhension de la cohérence de cet écrit, passer directement à ce que Jaime Pastor développe sur l'Etat espagnol et en particulier sur ce dont Podemos est, non sans quelques difficultés désormais, toujours le nom. Il s'agit là d'une invitation, sous l'éclairage de la terrible leçon de choses grecque, à favoriser le débat, y compris ailleurs qu'en Espagne, parmi les partisans d'une alternative à cette Europe qui vient de tomber le masque démocratique. Nous donnons ci-dessous le début de ce passage "espagnol". La suite est à retrouver, via le lien, sur le site d'origine.

Au sein de l’Etat espagnol: continuité, remplacement ou changement?

Avec le précédent de la première bataille d’envergure perdue en Grèce, il faudra réfléchir sur ce qui est en jeu pour les prochaines élections générales espagnoles si nous voulons inverser le discours officiel des Rajoy et compagnie selon lequel «il n’y a pas d’alternative» face à l’austéritarisme. 

En ce sens, le soutien dont ont fait preuve les dirigeants de Podemos face à la capitulation qu’a signée le gouvernement grec n’est pas compréhensible. Ce d’autant plus qu’il partage la fausse excuse des «rapports de forces», sachant que le Non lors du référendum avait précisément changé cette situation en faveur d’une position plus ferme face aux créanciers.

Cette attitude acritique revient à assumer la même erreur que celle commise par Tsipras et soulignée par une partie de son opposition interne depuis un moment: l’absence de volonté d’établir des moyens de contrôle des capitaux dès le premier jour, à préparer un plan B (qui implique un ensemble de mesures de transition, y compris – comme résultat et non comme prémisse – la sortie de l’euro, en direction de ce que pointait la Plateforme de gauche) qui démontre, face à la troïka et à Merkel, qu’il y avait effectivement et qu’il y a une alternative à opposer à ses diktats.

Une erreur qui est plus grave lorsque l’on affirme que «l’Espagne n’est pas la Grèce» et, par conséquent, que l’on reconnaît que l’on pourrait faire valoir bien plus la capacité de pression face à la troïka et à Merkel, en s’appuyant sur le poids économique espagnol et sur «l’effet de contagion» qu’aurait une sortie de l’euro au sein même de l’UE dans le cas où l’on ne voudrait pas imposer l’austéricide. Cliquer ici

A lire aussi 

  Par Jesus Jaén

« …radicalisation de la démocratie ». Il s’agit là d’un concept que nous analyserons plus bas et dont le populisme de Laclau-Mouffe a fait sa bannière, comme le fait présentement Errejón [dans les conversations qu’il a eues avec Chantal Mouffe intitulées: Construire un peuple, hégémonie et radicalisation de la démocratie, récemment publiées aux éditions Icaria]

La démocratie radicale est dans le projet populiste une espèce de paradigme. Les dirigeants de Podemos, on les a entendus dire à chacune de leurs interviews que «c’est les gens qui doivent décider» ou que nous vivons dans une «démocratie sous tutelle des pouvoirs économiques et de la caste» et que c’est pourquoi il est nécessaire d’ouvrir un «processus constituant». 

Et pourtant, ce qui attire fortement notre attention, c’est la dissociation entre discours et pratique. Malgré un commencement qui suscitait plein d’espoir en matière de démocratie, Podemos s’est transformé depuis Vista Alegre [assemblée constituante d’octobre 2014] en un parti vertical, avec des structures verticales qui ont mis fin à l’initiative assembléiste des cercles. Cliquer ici

Pablo Iglesias a signé dans le Monde Diplomatique de juillet 2015 un article explicitant la stratégie de Podemos. J’avoue que les termes du leader de Podemos à propos de la monarchie et du rétablissement d’une République (sociale, fédérale -ou confédérale-, participative...) m’ont rappelé le célèbre et mitterrandien : « on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ». Pour Pablo Iglesias, la République ne concernerait finalement que « l’espace de la gauche radicale », « la grille d’analyse de l’extrême gauche ».

Il explique comment Podemos a résolu le dilemme de sa participation lors de la visite officielle du roi d’Espagne au parlement européen le 15 avril 2015. « Nous y sommes allés (...) avec nos vêtements de tous les jours, en ignorant le protocole » et « j’ai offert au roi les DVD de la série « Le trône de fer », en les lui présentant comme un outil d’interprétation de ce qui se passe en Espagne ». Cliquer ici

A notre avis : Podemos chahuté dans ses défis...


La tribune ci-dessus de Jean Ortiz est dans l'ensemble, à mes yeux, pertinente. Elle part en termes clairs des débats internes de Podemos pour finir par dessiner la croisée des chemins où se trouve le jeune parti : ou postuler à être le creuset de l'alternative au régime du bipartisme, institué en 1978 (1), sans d'ailleurs s'engager clairement à rompre avec le capitalisme qui structure ledit régime, ou être le fer de lance d'une stratégie de regroupement des forces se réclamant, quoique à des degrés divers, de cette alternative. L'enjeu n'est pas mince : l'actuelle direction de Podemos, dont au demeurant la constitution en bloc tendanciellement homogène polarisé autour de la figure du leader charismatique pose le problème incontournable de la démocratie interne, fait le pari qu'elle peut remporter, sans plus, les élections générales en attirant à elle "les autres" alternatifs. Cette façon de se poser en centre de la recomposition politique antisystème, en activateur d'une démarche centripète peut donner l'impression de chercher à instrumentaliser à marche forcée le riche spectre qui va des "marées" (structures de mobilisation sociale issues de l'action des Indignés en 2011) à une série d'associations investies sur le terrain des luttes, en passant par divers partis et un grand nombre d'individus, d'inorganisés, dont la radicalité n'a pas trouvé à s'exprimer dans un collectif stable, à commencer par Podemos. Une telle tentative de captation a été considérée avec bienveillance dans le premier cycle, inauguré par la percée de celui-ci aux européennes de l'an passé. 

En plus d'un an les choses ont pourtant bien changé et le côté "tsunami" politique de ce parti le légitimant comme cadre de convergence indiscutable n'est plus perçu aussi crédible : paradoxalement la décision de la direction iglésiste de ne pas présenter Podemos en solo aux dernières élections locales pour, en quelque sorte, se réserver pour les législatives de fin d'année a été couronnée d'un succès boomerang. En effet Podemos a, à cette occasion, joué pleinement un rôle d'unificateur des acteurs sociaux et politiques engagés contre le régime, il a pris, sans revendiquer d'en être le centre absolu, toute sa place dans cette campagne. Il a ainsi fait la démonstration qu'une unité clairement articulée programmatiquement et se refusant à faire alliance avec les partis de la caste (PP et PSOE) était une voie d'accès au pouvoir (2). Au pouvoir local certes et tout le raisonnement d'Iglesias est de marteler que les "générales" ce ne sont pas les "locales" sans que la démonstration dépasse la pétition de principe. D'où les tensions internes et l'affirmation dans le parti d'un fort courant critique désireux de vérifier qu'au contraire des dires d'Iglesias, la stratégie unitaire a désormais un cadre de référence concret dont il convient de travailler les modalités d'adaptation à la spécificité d'une élection nationale. 

De fait les rebuffades d'Iglesias envers les "unitaires" passent assez mal en interne et dans le mouvement social et prennent le risque d'apparaître comme une manifestation de cette "prepotencia", sorte d'esprit dominateur plein de morgue, qui est une caractéristique essentielle des dirigeants de la caste. On relèvera, au passage, l'effet trompeur des dernières élections internes pour la désignation des candidats du parti aux législatives où la liste iglésiste, à nouveau composée sur le mode bloqué inauguré à la convention de fondation de Vistalegre (octobre 2014), a obtenu un score de 85% mais avec une participation de seulement 10% ... créditée par le secrétaire national d'avoir été "très élevée" (El País du 23 juillet). Le fait est que la vie interne de Podemos fait les frais des travers verticalistes qui la caractérisent et, malgré le triomphalisme à son creux de son principal dirigeant, ne mobilise plus ses bases (3) ! Et, si l'on en croit des sondages certes à prendre toujours avec prudence, le parti ne mobilise plus totalement l'électorat conquis jusqu'ici (moins dix points depuis janvier, à 18,1%, lire ici). Il se pourrait d'ailleurs que le désastreux effet grec dopé par l'incroyable alignement d'Iglesias sur le capitulard Tsipras, ne produise une onde de choc percutant encore plus la crédibilité d'une force ne menant décidément pas jusqu'au bout ses promesses de changer l'ordre des choses qui détruit tant de gens.

Il n'en reste pas moins que l'analyse juste de Jean Ortiz dans L'Humanité, en particulier sur les impasses programmatiques que fait l'iglésisme (et pas exactement un Podemos configuré plus pluriel que ne le laissent entendre certaines apparences médiatiques), repose, elle-même, sur un socle des plus fragiles qui affaiblit la force de sa démonstration : Jean Ortiz oublie en effet que l'esprit unitaire est un enjeu politique complexe et participe souvent du brouillage des lignes clé de partage du champ politique et social. Izquierda Unida en est la preuve qui voit pourtant son histoire récrite dans cette tribune en des termes simplement irrecevables. Prétendre en effet, comme il est écrit, que ce regroupement autour du PCE est le "parti national ayant affronté seul", oui, "affronté", le système est une contre-vérité dont rend compte par exemple son ... unité, jusqu'à cette année, avec le PSOE à la direction de l'autonomie andalouse en gestion loyale dudit système. Sans parler du rôle du PCE lui-même comme pièce maîtresse de l'institutionnalisation de la monarchie parlementaire et du bipartisme bourgeois, position qu'il a payée d'une déroute politique dont pâtit encore aujourd'hui, à sa façon, Izquierda Unida, comme survivance d'une incapacité à s'énoncer clairement antisystème.

On pourrait rétorquer à Jean Ortiz, sans pour autant invalider l'essentiel de ce qu'il dit de Podemos, qu'à vouloir "euphémiser" (4) ce que la stratégie "d'union de toute la gauche (PSOE compris)" d'IU porte comme brouillage politique, il verse de l'eau au moulin antiunitaire/autocentré d'Iglesias. Comment en effet faire l'unité avec un parti qui a plus qu'obscurci ce qu'une unité de rupture avec le système signifie ? Comment ne pas accréditer, ce faisant, l'idée iglésiste que la seule façon de lever toutes ces hypothèques passe par l'intégration/rédemption des gens d'IU, comme la proposition en a été faite à son responsable national, dans Podemos ? 

Travailler à l'unité des forces d'opposition antilibérales/anticapitalistes au régime, comme levier pour une rupture avec le système implique, sans détour possible, le dépassement de ce qui dans IU mais aussi dans Podemos décrédibilise et cette unité (favorisant la division de ces forces) et cette rupture permettant au bipartisme du régime de recommencer à faire émerger la fausse alternative au PP, celle d'un PSOE s'étant soumis au lifting de propulser un jeune secrétaire national, "propre sur lui" et non (trop) marqué par les tares de l'histoire de ce parti.

Antoine (Montpellier). Ce texte n'engage que son auteur. 

(1) Il est aussi couramment désigné comme "régime de la transition" par lequel s'est opéré un recyclage des élites franquistes "modernistes" sous l'égide du roi. Ce processus, qui a vu la convergence de la gauche (socialiste et communiste) et de la droite, est parvenu, en prenant appui sur les dirigeants européens mais aussi sur les Etats-Unis, à casser la dynamique populaire dite "rupturiste" enclenchée par le jeu combiné des grèves générales de la dernière décennie de la dictature et de la radicalisation "nationalitaire" dont l'ETA était le fer de lance.
(2) L'objection que Podemos n'a pas hésité à faire alliance après les récentes élections municipales avec le PSOE pour expulser des mairies le PP mérite examen mais ne permet pas "d'écraser" la réalité pour instruire à la hâte le procès d'un Podemos reniant son ADN anticaste : en effet c'est sur la base de la victoire des listes d'unité populaire en toute indépendance politique vis-à-vis du PSOE, et donc sur le rapport de force acquis, qu'un accord, non une alliance, a été initié parfois avec ce parti pour parvenir à une majorité arithmétique à contenu politique ciblé et délimité. Ce "détail" ne résout pas entièrement le problème, celui du risque que ces listes (pas seulement de Podemos qui n'en est qu'une composante certes essentielle) affaiblissent leur image de radicalité pour la rupture et qu'elles doivent assumer qu'en maints endroits leur majorité est sur le fond hétéroclite. La neutralisation du pouvoir de nuisance du PSOE dans ces configurations locales dépendra en fait de la capacité politique des nouvelles mairies à mobiliser leurs bases contre l'austérité et pour les revendications démocratiques mais aussi sociales. Ce qui est actuellement le cas mais appelle à se vérifier sur le temps.
(3) Les primaires de ce mois de juillet ont mobilisé moins de la moitié des votants du pic d'octobre 2014. Depuis cette date la dynamique de participation aux votes internes est en baisse régulière :


(4) Jean Ortiz ne voit, dans le plateau négatif de la balance d'IU qu'"insuffisances, ambiguïtés, erreurs", sans plus de précisions sur le fait que ces dernières lui font mettre un pied dans le système de la caste justement honnie par les podémistes. Et que dire de ces membres d'IU éclaboussés (l'un d'eux étant le champion toutes catégories dans cette affaire de corruption), aux côtés de responsables du PP ou du PSOE, par le scandale des "cartes bleues" par lesquelles une banque s'attachait des politiques mais aussi des syndicalistes  (lire ici en espagnol) ! La tentative de la nouvelle direction d'IU pour se dégager de ces marécages et de travailler à l'unité avec Podemos et d'autres reste laborieuse et impactée par une crise interne sans précédent dont celui-ci à jusqu'ici tiré profit.

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