Les ravages du syndrome Tsipras à gauche, plus à gauche encore...


 La "gauche radicale" au révélateur grec !

 ÉDITO
 
 Le 27 septembre 2015
 
Tsipras a donc gagné son pari, celui d'être reconduit au gouvernement malgré le revirement politique total auquel il a procédé en signant l'accord du 13 juillet par lequel il se propose d'appliquer la politique de la Troïka, plus connue sous le triste nom de mémorandum, autrement dit un mode d'austérité particulièrement sauvage. Le pire, au demeurant, que la Grèce aura connu ! Du côté des médias dominants, sans étonnement, l'affaire est entendue : gagner les élections vaut quitus politique pour la trahison du programme initial de Syriza mais aussi du formidable non à l'austérité du référendum de l'été. On trouvera dans notre page Infos Grèce en continu de quoi nourrir des contrefeux à ce déferlement médiatique-politique pro-austérité. 
  Mais face à ce renforcement du dispositif de domination du capital européen, au détriment d'un peuple déjà dramatiquement martyrisé et profondément désorienté par le cours tsiprien des choses, face aussi au message siglé TINA (There is no  alternative) qu'il fait porter en direction des autres peuples par l'emblème même de la gauche radicale, la réponse de larges pans de cette  gauche radicale européenne est d'une faiblesse insigne. Faiblesse qui démultiplie désastreusement l'effet TINA tsipriote !

Le PCF mais aussi la direction iglesiste de Podemos persistent dans leur alignement total sur Tsipras au risque, pour les espagnols, d'accroître, à la veille des élections législatives, les interrogations sur leur capacité à être toujours "the alternative" tonitruante qu'ils avaient imposée sur l'échiquier politique des européennes, l'an passé. Mélenchon se réjouit de la victoire de Tsipras tout en regrettant l'échec de la gauche anti-mémorandum de l'Unité Populaire qu'il soutenait. Clémentine Autain (Ensemble), quant à elle, signe un billet tout en atermoiements sur Syriza : une victoire de la soumission ou de la résistance ? consacrant, comme fait la doxa médiatique, que Tsipras a bien reçu un appui populaire. 

Ce que pourtant dément l'importance de l'abstention, soulignée, au passage, sans plus, par la billettiste elle-même. L'énormité de poser, même sous forme de question, que l'orientation de Tsipras et de Syriza puisse être autre chose qu'une soumission, à savoir un acte de résistance (à qui, à quoi ?), n'est possible que par le travers décidément très Front de Gauche, toutes tendances confondues, consistant à subordonner le social au politique, qui plus est institutionnel : dans le cas grec, les élections et la signification de surface qu'elles offrent finissent par primer sur le contenu du mémorandum dont au fond rien n'est dit dans le texte de Clémentine Autain. Alors qu'il est le noyau de sens des élections que la campagne de Tsipras évidemment a tout fait pour occulter ! 

Rappelons, pour mémoire, ce que l'excellent, quoique parfois discutable, journaliste, de la Tribune spécialisé dans la Grèce rappelle, lui  : "Le gouvernement Tsipras III devra donc mettre en place au 1er janvier 2016 une nouvelle réforme des retraites (article 2.5.1.ii du mémorandum) qui est décrit très précisément dans l'accord. Parmi ces mesures, on trouve […] une nouvelle augmentation des cotisations, soit faire une nouvelle baisse des pensions, soit un mélange des deux. Cette réforme devrait aussi confirmer la suppression d'ici à 2019 de l'EKAS, une prestation complémentaire attribuée aux retraités les plus pauvres, en commençant, dès le mois de mars 2016 par les 20 % de bénéficiaires qui touchent le plus. Enfin, l'accord oblige le gouvernement grec à financer les conséquences de la décision du Conseil d'Etat grec de juin dernier qui avait cassé les baisses de pension de 2012. Il faut donc, là aussi, s'attendre à de nouvelles coupes dans les pensions. Le gouvernement grec devra produire une baisse des dépenses de 1 % du PIB du système en 2016. La lecture du mémorandum laisse également présager d'autres coupes franches, notamment dans le secteur de la santé et dans ce qui reste de l'Etat providence grec." (pour plus de détails sur les mesures concernant la santé, etc. lire ici). Vous avez dit soumission ? Résistance ?


On reconnaîtra hélas, dans ce découplage, à l'occasion de la Grèce, de l'orientation politique francocentrée vis-à-vis des enjeux proprement sociaux, ce qui travaille la démarche électoraliste qui préside aux accords passés ou présents (cf les régionales), de telle ou telle composante du Front de Gauche, avec soit le PS, soit son turbulent allié de fait ou virtuel qu'est EELV (lire ici). Ce n'est bien entendu pas ainsi que se créent les conditions pour qu'émerge une politique anti-austérité décidée et, par là, crédible, susceptible d'entraîner une mobilisation politique incontournablement enracinée dans les préoccupations sociales et démocratiques, les luttes, des plus larges couches de la population.

Tsipras se révèle être la pierre de touche des errements d'une bonne partie de la gauche qui, se déclarant de rupture, n'en reste pas moins polarisée par le "système" et incapable de contrer l'austérité "socialiste" et les concomitantes remise en selle de la droite et montée du FN ! Cliquer ici

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L'Huma écrit (cliquer ici) "En renouvelant sa confiance à Syriza, [le peuple grec] a douché les espoirs de la droite et des dirigeants de l’UE d’assister à la fin de ce qu’ils appelaient la « parenthèse Tsipras »". 
La réalité, c'est bien entendu exactement le contraire : les dirigeants de l'UE, droite et "gauche" confondues, auraient bien aimé une victoire de ND et un meilleur score de Potami, leur parti cajolé. Mais, tout comme ils préfèrent Sarkozy à Hollande, en s'accommodant parfaitement que celui-ci rivalise avec le premier pour être en phase avec eux sur les grands choix capitalistes austéritaires, ils se félicitent du succès de Tsipras et ils le félicitent (voir ci-dessous). Après tout il a comblé leurs voeux : outre qu'il réaffirme sa docilité à appliquer, mais en l'adoucissant (sic), le terrible mémorandum, grâce à cette docilité, il a découragé et démobilisé de larges secteurs populaires et de la jeunesse (près de 45 % d'abstention) ! Toutes choses qui collent avec le leitmotiv eurocratique « Les élections ne changent pas les traités » (Juncker, lire ici). Ni donc les choix d'austérité qu'ils autorisent.
 La suite est à retrouver sur cette page au 21 septembre