COP 21. Gouvernement et Mairie de Paris verrouillent l'accès à la conférence...


 Sommet réservé aux sommités !
La participation populaire et associative aux débats et aux mobilisations n'est pas la bienvenue !


Le gouvernement français s’apprête à rétablir les contrôles aux frontières pendant un mois, le temps de la Conférence internationale sur le climat à Paris. Cette mesure d’exception est prise « en cas de menace grave pour l’ordre public ou la sécurité intérieure ». La société civile, qui compte se mobiliser en masse, semble particulièrement visée. Nombre de délégations venant de pays du Sud rencontrent des difficultés pour obtenir leurs visas.

A partir du 13 novembre, citoyens engagés et société civile mobilisée pour le climat ne seront plus les bienvenus en France. La conférence internationale sur le climat à Paris fin novembre s’accompagnera du rétablissement des contrôles aux frontières nationales. Durant un mois, la libre-circulation des citoyens de l’Union européenne sera donc suspendue. Basta ! s’est procuré une note des autorités françaises, publiée par le Conseil de l’Union européenne, concernant « la réintroduction temporaire des contrôles aux frontières intérieures avec la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Espagne à l’occasion de la COP 21 ». Ces mesures exceptionnelles débuteront le 13 novembre, soit deux semaines avant l’ouverture de la conférence. Cliquer ici

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Cette semaine de négociation restera marquée par le refus du Japon – et d'autres Etats du Nord – d'accepter la présence d'observateurs (ONG, associations, syndicats, etc.) dans les réunions où se déroulent les négociations. Malgré les demandes réitérées des délégués des pays du Sud, et notamment de la Malaisie, les pays du Nord ont importé dans les négociations sur le réchauffement climatique des méthodes utilisées dans les négociations commerciales où il est bon ton de cultiver le secret et de négocier derrière des portes closes. Le processus de négociation n'est alors plus transparent, inclusif et démocratique et il ne permet pas à certains pays du Sud, disposant d'un petit nombre de négociateurs aguerris, de s'appuyer sur l'expertise citoyenne. Cliquer ici

L'ONU vient de présenter une analyse des engagements que 146 Etats ont rendu public en amont de la COP21. Laurent Fabius se félicite déjà du résultat. Pourtant cette étude confirme que ces contributions volontaires sont inacceptables et conduisent vers de nouveaux crimes climatiques ! Cliquer ici
Pour trouver un accord sur le climat, les 196 Parties enverront à la COP21 de nombreux délégués. Si les ultimes négociations auront lieu en décembre, les discussions sont engagées depuis plusieurs mois. Grâce à une vidéo d’Hervé Kempf, grand habitué des COP, et à un PDF à télécharger, Reporterre vous explique les coulisses de la Conférence des Nations unies sur le climat, qui se tiendra au Bourget. Cliquer ici
 
Et aussi

 L'énergie nucléaire n’est pas nécessaire à l’action contre le dérèglement climatique. Elle pourrait même s’avérer contre-productive pour l’essor d’une transition énergétique profitable, efficace et socialement juste, selon une étude commandée par des ONG européennes et rendue publique ce mardi matin. Mediapart l’a lue en avant-première. […]

Qu’ont en commun James Hansen, l’un des premiers scientifiques à avoir alerté le grand public sur le dérèglement climatique ; Richard Branson, le fondateur du groupe Virgin ; Bill Gates, le fondateur de Microsoft et Barack Obama ? Ils servent de têtes d’affiche à la campagne Nuclear for climate (« le nucléaire pour le climat ») lancée à la veille de la COP21, le sommet de l’ONU sur le climat, par Foratom, une association européenne qui promeut l’énergie de l’atome.

Sur son site, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), qui regroupe des professionnels (ou retraités) du secteur, compte en direct les tonnes de CO2 « économisées en 2015 grâce au nucléaire dans le monde » (sans expliquer son mode de calcul).

C’est l’argument premier des défenseurs du nucléaire au nom du climat : puisque ni la fission de l’atome, ni la production d’électricité qu’elle génère n’émettent de CO2, alors cette technologie serait la meilleure pour fabriquer de l’énergie et réduire nos émissions de gaz à effet de serre. C’est ce qu’a défendu récemment le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, pour qui, sans le nucléaire, la France émettrait « quinze fois plus de CO2 que nous n’en émettons aujourd’hui ».

Ce discours trouve un large écho au sein du gouvernement français. Celui-ci vient de faire voter une loi qui veut réduire à 50 % en 2025 la part du nucléaire dans l’offre d’électricité. Ce serait là marquer une réduction significative de la part de l’atome (aujourd’hui, 75 % de la production d’électricité) mais acter aussi son maintien comme source indispensable au mix énergétique national. Avant l’été, le cabinet de Ségolène Royal a tout fait pour étouffer le rapport de l’Ademe démontrant qu’en 2050, 100 % de l’électricité pourrait être de source renouvelable sans coût supplémentaire. Ce document, révélé par Mediapart, vient d’être officiellement publié par l’agence dans sa version définitive.

Régulièrement interrogés sur leur vision de l’avenir de l’industrie nucléaire, les principaux ministres concernés répètent qu’ils y croient, notamment pour rejeter moins de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Pour Ségolène Royal« dans la construction d’une économie décarbonée, le nucléaire est un atout évident (…) Il nous permet de réaliser la transition énergétique ». De son côté, Manuel Valls explique que « la France a une chance : avoir un parc électronucléaire performant. Oui c’est une chance, et un atout pour rendre la transition énergétique économiquement soutenable. Nous pouvons continuer à bénéficier, pendant le temps nécessaire, d’une électricité décarbonée et compétitive ».

Le nucléaire est-il réellement une solution viable pour agir contre le dérèglement climatique ? Sur quels chiffres, quelles mesures d’émissions de gaz à effet de serre, quelles analyses du marché de l’électricité et quelle compréhension des politiques de transition énergétique reposent ces affirmations ? Pour répondre à ces questions, plusieurs ONG écologistes (Amis de la Terre, Fondation Heinrich Böll, France Nature Environnement, Greenpeace, Réseau Action Climat, Réseau Sortir du Nucléaire et Wise Amsterdam) ont commandé un rapport au cabinet d’experts WISE-Paris.

Le grand mérite de ce document est d’adopter une approche pragmatique pour analyser les avantages et les inconvénients du nucléaire pour le climat. Il ne fait de secret pour personne que les organisations commanditaires de l’étude sont opposées au nucléaire. Le bureau WISE-Paris lui-même, n'affiche pas de position de principe favorable ou défavorable envers cette industrie, mais développe une expertise très critique de l’industrie de l’atome, en particulier sous l’angle de la sûreté. Ils partagent le mérite, eux, d’observer attentivement l’évolution des choix énergétiques mondiaux et les analyses des grandes institutions internationales. Cela leur permet de lier leur argumentaire à la réalité physique et économique de la production et de la demande d’énergie. Cet effort de décryptage confère une grande force de persuasion à leurs conclusions : le nucléaire n’est pas nécessaire à l’action contre le dérèglement climatique. Et il pourrait s’avérer contre-productif pour l’essor d’une transition énergétique profitable, efficace et socialement juste.


Mediapart a pu lire cette étude en avant-première. En voici les principaux éléments.
  • Le nucléaire n’a d’effet que sur les émissions du secteur électrique
Or l’électricité ne représente qu’une partie du CO2 émise par la combustion des énergies fossiles (environ 30 %). Et le dioxyde de carbone lui-même occupe moins des deux tiers de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Les tenants du nucléaire exagèrent son périmètre d’influence sur le dérèglement climatique. Le nucléaire ne peut, par définition, avoir qu’un rôle marginal sur le climat.

Pour les auteurs de l’étude, Yves Marignac et Manon Besnard, le cas de la France illustre ce plafonnement. Bien qu’elle présente la part la plus importante au monde du nucléaire dans son mix, la France reste à un niveau d’émission de gaz à effet de serre non soutenable, puisqu’elle doit les diviser par 4 d’ici 2050 (par rapport à leur niveau de 1990). C’est une réponse aux affabulations du PDG d’EDF, qui ne reposent sur aucun calcul précis. Pour WISE-Paris, l’industrie nucléaire surévalue ses avantages face au CO2 en considérant que les centrales remplacent exclusivement les unités thermiques fossiles les plus polluantes. Ces experts proposent donc un autre mode de calcul, basé sur le composition réelle du mix électrique, et parviennent à la conclusion que le nucléaire permet d’éviter environ 1,5 milliard de tonnes de CO2 chaque année au maximum, soit un peu moins de 4 % des émissions de CO2. C’est 20 fois moins que l'augmentation des émissions mondiales de CO2 depuis le démarrage des premiers réacteurs atomiques. « Le nucléaire ne se pose pas en alternative au mode de développement responsable de la croissance des émissions. Il a tout au plus retardé de quelques années la croissance des émissions, mais n’en a jamais inversé la dynamique. »

Par ailleurs, le rapport insiste sur un autre point très important : si le recours au nucléaire évite des émissions en remplaçant d’autres productions, « ce gain dépend fortement de ce qu’il remplace réellement ». Or plus les renouvelables progressent, ainsi que l’efficacité énergétique, plus l’avantage du nucléaire diminue mécaniquement. Cette minorisation du nucléaire va s’accentuer avec la baisse de la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité. Ce recul est quasi constant depuis son pic de 17,6 % en 1996. Il ne représente plus aujourd’hui que 11 % environ de la production d’électricité mondiale. Le pic d'émissions évitées a été atteint en 2000 : le nucléaire permettait d'éviter 6 % des émissions totales de CO2, calcule WISE-Paris, contre 4 % aujourd'hui.

  • L’extraction de l’uranium et son transport émettent du CO2
Sur son cycle de vie complet, le nucléaire émet du CO2 : extraction de l’uranium, transport, réalisation des assemblages, construction des réacteurs, exploitation, gestion des déchets, et démantèlement. En les prenant en compte, le bilan carbone de l’énergie nucléaire atteint en moyenne 66 gramme de CO2 par kilowattheure. C’est beaucoup moins que le charbon, le pétrole et le gaz. Pour autant, il est donc incorrect de parler d’énergie « décarbonée ».
  • Le nucléaire est un obstacle à la transition énergétique
Une des caractéristiques du nucléaire est qu’il fonctionne en base, c’est-à-dire que son niveau de production doit être aussi stable que possible, et requiert un réseau très centralisé. Ces deux spécificités entrent « en contradiction systémique avec le développement de solutions flexibles sur la demande et de productions variables et décentralisées » que permettent les nouvelles énergies renouvelables : photovoltaïque, éolien, biomasse… Le nucléaire constitue « un frein tel à la mise en œuvre des options les plus efficaces qu’il en devient contre-productif » selon l’étude.

En France, lors du débat national sur la transition énergétique qui a précédé la loi de Ségolène Royal, plusieurs scénarios d’évolution de l’offre et de la demande d’énergie ont été étudiés. Seuls les scénarios visant une réduction par deux de la consommation d’énergie permettent d’atteindre la réduction nécessaire de gaz à effet de serre – soit une division par quatre d'ici 2050. Or « les trajectoires atteignant cette performance sont également celles qui réduisent le plus, voire éliminent le nucléaire » selon WISE-Paris


  • Le nucléaire n’est plus compétitif
La question énergétique ne se résume pas à des choix de technologie de production. C’est une affaire d’économie. Les coûts croissants du nucléaire (notamment dus aux critères renforcés de sûreté depuis la catastrophe de Fukushima en 2011) le rendent de moins en moins compétitif. Si bien que « l’écart de rentabilité par émission évitée avec les renouvelables et l’efficacité énergétique se creuse ». Il existe des « limites au volontarisme », expliquent les auteurs de l’étude : pour être en capacité de jouer un rôle majeur dans une politique climatique ambitieuse, le nucléaire devrait changer d’échelle. Selon leur estimation, à consommation d’énergie constante, « une multiplication par dix du parc nucléaire pourrait théoriquement fournir un peu moins d’un quart de l’énergie consommée dans le monde, et contribuerait pour moitié environ à l’effort nécessaire de réduction des émissions ». Mais cette projection est purement théorique. « À l’horizon d’une vingtaine d’années où se joue la maîtrise des émissions, un tel niveau de développement du parc nucléaire est, qu’on le veuille ou non, absolument hors de portée. » Il faudrait pour cela construire des milliers de réacteurs. Même un rôle plus mineur, comme la contribution de 10% à la réduction des émissions envisagée par les scénarios de l'Agence internationale de l'énergie, nécessiterait un effort majeur de construction de réacteurs  « à un niveau historiquement jamais atteint. »

À l’inverse, depuis dix ans, les investissements dans les nouvelles énergies renouvelables électriques dans le monde ont été en moyenne plus de dix fois supérieurs aux investissements dans la construction de réacteurs. Au total, en prenant en compte l’hydraulique, les sources renouvelables d’électricité représentent cinq fois plus de capacité installée que le nucléaire. L’éolien a connu un taux de croissance moyen de 25 % par an entre 2000 et 2013.

Le rapport de WISE-Paris martèle le rôle déterminant de l’efficacité énergétique (la maîtrise de la consommation d’énergie) dans l’action contre le changement climatique. Pourtant, les pouvoirs publics se montrent souvent réticents à la mettre en œuvre (notamment en Europe). Interrogé à ce sujet, Yves Marignac répond : « Les décideurs politiques, bien influencés par les producteurs d’énergie, sous-estiment systématiquement le potentiel de l’efficacité. Et surestiment systématiquement, puisqu’il faut bien qu’ils affichent des solutions, le potentiel de développement de productions non carbonées. En France, comme ils sous-estiment aussi gravement le potentiel des renouvelables, il ne leur reste plus que le nucléaire. Leur vision du rôle actuel du nucléaire dans la baisse des émissions en France, et a fortiori dans le monde, et de son potentiel pour amener les émissions à un niveau soutenable est totalement déconnectée de la réalité. C’est donc le poids du nucléaire existant, et son influence sur la perception des priorités d’action, qui constitue un frein majeur à la mise en œuvre de politiques d’efficacité énergétique à la hauteur du potentiel qu’elles peuvent délivrer, qui est énorme. »

  • L’Allemagne sort du nucléaire et réduit ses émissions de gaz à effet de serre
Contrairement à une idée reçue tenace en France, l’Allemagne n’a pas sacrifié ses objectifs climatiques sur l’autel de sa sortie du nucléaire. Depuis l’engagement de son Energiewende, ses émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 10 %. L’Allemagne ne relance pas le charbon pour compenser la fermeture des centrales nucléaires. « Ses capacités thermiques n’ont pas augmenté, même si elles n’ont pas beaucoup diminué, et leur fermeture est programmée », explique Yves Marignac à Mediapart. 

Sa consommation d’électricité diminue, ses renouvelables augmentent. Par ailleurs, à rebours d’un autre lieu commun, l'Allemagne ne se repose pas sur la production nucléaire française. Au contraire, son solde exportateur d’électricité avec la France augmente. Interrogé par Mediapart, Yves Marignac ajoute : « L’Allemagne a fait il y a quinze ans le choix de sortir parallèlement du nucléaire et du charbon grâce aux énergies renouvelables. Elle a par ailleurs tardé à inclure au niveau voulu l’efficacité énergétique dans l’équation. Et elle a choisi après Fukushima d’accélérer la sortie du nucléaire en fermant immédiatement ses réacteurs les plus anciens, et donc les plus dangereux. »

Pour le directeur de WISE-Paris, « d’un point de vue systémique, l’Allemagne a fait le bon choix. La complémentarité au sein du système électrique peut se trouver entre nucléaire en base et thermique en appoint, ou entre renouvelables variables et thermique en suivi. Pas entre nucléaire en base et renouvelables variables. Autrement dit, c’est bien le retrait de la capacité nucléaire qui ouvre l’espace à la montée des renouvelables, puis la montée des renouvelables qui permet la fermeture des centrales thermiques ».

À ses yeux, « c'est bien pour cela que la vraie leçon à tirer de l’exemple allemand est qu’on ne réussira la transition vers les énergies renouvelables qu’en commençant par fermer des centrales nucléaires – et non pas, comme le prétendent nombre d’acteurs, en attendant que les renouvelables se développent suffisamment pour fermer des réacteurs. C’est le fameux effet de verrou systémique à la transition qu'illustre à son paroxysme le nucléaire français ».


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