Toulouse. Dans les "quartiers" « les gens sont choqués par les attentats et je peux assurer qu’il n’y a aucune ambiguïté »


« Ce qui est saisissant, c’est le décalage entre le discours médiatique et la perception des habitants du quartier. Ce que les gens entendent, c’est que ce sont les musulmans qui ont fait ça, que c’est leur faute. Et il y a une vraie angoisse sur ce qui va leur tomber dessus après ça. »

 A lire ci-après aussi "Qui sont les jihadistes français ?"

À Toulouse, l’état d’urgence se traduit par une hausse des perquisitions dans les quartiers populaires. Notamment celui des Izards, où a grandi Mohamed Merah. Acteur historique de la cité et des luttes locales contre les discriminations et les inégalités, l’association Tactikollectif, animée par Salah Amokrane, s’inquiète du climat à venir. Il appelle le mouvement associatif à « ne pas regarder ailleurs » quand « une partie des gamins qui font ces attentats viennent de nos quartiers », et à faire « émerger les alternatives et l’espoir démocratique ». Un combat de longue haleine s’engage. Reportage.

[…] Entre le 15 et le 23 novembre, la police et la gendarmerie ont mené des interventions sur l’ensemble du département. Bilan : « 32 perquisitions administratives, 9 gardés à vue et 4 assignations à résidence », indique la préfecture de la Haute-Garonne, qui ne souhaite pas donner d’informations supplémentaires sur les « dispositifs policiers » déployés sur Toulouse. Le communiqué de presse du 16 novembre assure que ces perquisitions administratives sont sans lien « avec l’enquête en cours sur les attentats du 13 novembre à Paris » [1]. La police peut saisir téléphones portables et ordinateurs. Le communiqué suivant précise que sont visés « des individus suspects à différents titres ». Ce sont essentiellement les grands ensembles de la ville qui sont ciblés : le Mirail, Bellefontaine, Bagatelle et les Izards, où seul un fusil à pompe a été trouvé dans la nuit du lundi 16 au mardi 17. Cliquer ici

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Des attentats de 1995 contre le RER B jusqu’à la tuerie de Charlie Hebdo, on peut distinguer désormais plusieurs générations d’islamistes radicaux en France. 

[…] Ils ont pour trait commun d’être des « terroristes maison », c’est-à-dire des jeunes scolarisés et éduqués en France. Ils ont, par ailleurs, un profil assez typique : Khaled Kelkal, Mohammed Merah, Chérif Kouachi, Amedy Coulibaly ont tous un passé de délinquant. […] On peut parler de cinq séquences : vie en banlieue, délinquance, prison, voyage guerrier et islamisation radicale.
 

[…] L’utopie régressive de la néo-Umma combinée au rôle du preux chevalier du jihad exerce une indéniable fascination sur certains jeunes des banlieues. Mais il existe désormais, depuis la guerre civile de 2013 en Syrie, un second vivier de recrutement pour le djihadisme : des jeunes de la classe moyenne en quête de sens. 
 
Quasi absents auparavant, ils forment depuis 2013, à côté des jeunes des cités, une partie importante des jihadistes en herbe qui se sont rués en Syrie pour se mettre au service soit de l’État islamique (Daesh), soit d’autres groupes jihadistes comme le Front de victoire (Jibhat al Nusra) d’obédience Al-Qaïda.

Ces jeunes, souvent des adolescents attardés, gonflent l’armée de réserve du jihad en se convertissant à l’islam radical. On trouve parmi eux des chrétiens désenchantés en quête de sensations fortes que le catholicisme institutionnel est incapable de leur faire éprouver, des juifs sécularisés las d’une judaïté sans ancrage religieux, des bouddhistes venant de familles françaises jadis converties au bouddhisme, qui veulent rompre avec la version pacifiste de cette religion en Europe, et cherchent une identité revigorée au service de la guerre sainte…

Parmi cette nouvelle horde de prétendants au jihad figurent aussi des jeunes filles de bonne famille qui cherchent à faire une expérience postféministe qu’elles imaginent dépaysante, de nature à donner un sens à leur vie trop prosaïque.  

[…] À la différence des jihadistes des banlieues, ces jeunes de classe moyenne n’ont pas la haine de la société. Ils n’ont pas intériorisé l’ostracisme dont la société a accablé les premiers, ils ne vivent pas non plus le drame d’une victimisation qui noircit la vie.
 

Leur problème est celui de l’autorité et des normes. L’autorité a été diluée par la famille recomposée et le droit de l’enfant a créé un « préadulte » qui peut en même temps être un adolescent attardé. La combinaison de la logique des droits, la dispersion de l’autorité entre plusieurs instances parentales et l’assouplissement des normes (normes républicaines incluses) génèrent en retour un appel de normes et d’autorité musclée. Une minorité de cette jeunesse nouvelle souffre d’avoir plusieurs ombres tutélaires mais pas d’autorité distincte. Elle voudrait pouvoir retracer les frontières entre le permis et l’interdit sous une forme explicite. Les normes islamistes leur proposent cette vision en noir et blanc où l’interdit se décline avec le maximum de clarté. L’islamisme radical permet à cette jeunesse de cumuler l’enjouement ludique et le sérieux mortel de la foi jihadiste, il lui apporte le sentiment de se conformer à des normes intangibles mais aussi d’être l’agent de leur imposition au monde, d’inverser le rôle de l’adolescent et de l’adulte, bref, d’être celui qui instaure les normes sacrées et les impose aux autres.
 

[…] L’adhésion des jeunes de classes moyennes au jihadisme dans sa version exportée vers la Syrie pose la question du malaise de cette jeunesse : elle souffre de la déliquescence du politique, s’indigne face à l’injustice dans une Syrie rendue proche par les médias, où sévissent des crimes contre l’humanité de dimensions monstrueuses, cherche un sens à son destin. Pour la jeunesse banlieusarde, une attitude infra ou suprapolitique a été la norme générale. L’enfermement sur soi, le repli sur le ghetto ou encore la violence dans sa version crapuleuse (criminalité) ou sacrée (jihadisme) sont des attitudes qui se situent soit en deçà du politique, soit au-delà. Dans les classes moyennes, le référent politique a subi une crise majeure depuis les années 1980 et toute une génération s’est constituée, qui ne fonde plus son identité là-dessus. Le jihadisme est pour elle la conséquence de l’éclipse du politique comme projet collectif porteur d’espérance. Le texte complet est à lire ici

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