La droite extrême-droitisée, qu'es aquò*? Cayzac...


* qu'es aquò (expression occitane) : qu'est-ce que c'est ?

La page FB évoquée ci-dessous a été rendue "indisponible" !

Ce maire bleu-blanc-rouge au nord de Montpellier qui se lâche, lâche sur Facebook...

Hasard des rencontres et croisements sur les réseaux sociaux, il nous a été relayé une page FB assez (d)étonnante par où l'on fait la connaissance d'un personnage qui présente la particularité d'être un "élu de la nation" libérant, au fur et à mesure de ses mises en ligne, un fumet assez malodorant car remontant de bas-fonds idéologiques peu raccords avec ce que d'aucuns (soyons honnêtes, pas nous, nous nous en expliquerons plus loin) estiment être la République ! 

Avant de donner quelques illustrations de ce que l'on peut capturer sur ladite page, nous tenons à faire quelques précisions : ce qui se pose, sur cette page, comme attitude "limite", autrement dit comme flirtant (et plus !) avec une sortie hors des limites convenues de la doxa républicaine traditionnelle (par ailleurs assez fantasmée et peu réaliste), c'est le mélange permanent que fait notre bonhomme de ce qui relève de sa stricte fonction de maire (remise de prix, brève évocation de séances de conseil municipal...) et d'une sorte de délire personnel sur divers aspects de l'actualité, parfois brutale (les attentats de Paris par exemple) ou de ce qui relèverait, assez niaisement, de l'éternité de toujours de l'être humain (l'amour filial du père ou de la mère) ! 

Dans ce que l'on saisira ci-dessous de la nature de cette page FB, certains seront tentés de dire "bof, pas de quoi fouetter un chat", "pas représentatif de rien (sic)" (1) et pourtant... Et pourtant nous sommes persuadés que certaines réalités anecdotiques peuvent condenser des données de fond, oserons-nous dire ... structurelles, de notre société : en effet à l'abri d'une petite commune sans histoire se donnant à voir propre sur elle, perçue localement comme bourgeoise et donc, comme dirait l'autre, civilisée, détachée des passions, parfois mortifères, de cet ailleurs qui la serre de près (le centre de Montpellier est à 11 km), l'anecdote en question pourrait en fait s'avérer assez représentative de ce que le cours profond de l'histoire, politique en particulier, sécrète, en l'occurrence la forte montée de l'extrême droite ! Car tout de même, il faut voir ce que celui qui les représente expose de ce que l'on pourrait, probablement de façon hâtive, conclure être la quintessence de la pensée des Saint-clémentois (il ne tient qu'à eux, au demeurant, qu'il n'en soit pas ainsi). Et incidemment d'une France profonde dont les dernières élections régionales indiqueraient qu'elle évolue politiquement de façon très, très inquiétante...

Mais voyons de quoi Cayzac, Rodolphe Cayzac, est le nom...

(1) Précisons, pour le malheur, ose-t-on espérer rectifiable, de ses administrés que la commune affectée par ce curieux comportement est Saint-Clément de-Rivière (quelque 5000 habitants) à la sortie nord de Montpellier. 

On peut, en cliquant sur la première image, dérouler le diaporama agrandissant les documents.

Monsieur le maire tel qu'en sa fonction...


Monsieur le maire en bleu-blanc-rouge parfois olé, olé...







Un rapport aux musulmans, comment dire...




Tous des terroristes (au moins en puissance mais pas que !)... Pas de ... quartiers, Obelix,  ô vaillant Gaulois !



Parfois une ironie échappe au délirant...



 La phobie de l'étranger ... envahisseur (version nationale du syndrome de l'Eurabia). A tendance à se confondre avec ce/ceux qui précède-nt...


Une conscience nationale-nationaliste hystérisée...



 Un culte intense de l'armée nationale, cette mal aimée de la République...



Une ode permanente à la police nationale que la proclamation de l'état d'urgence fait atteindre le nirvana tricolorisé !










 

























Hollande, une tête de Turc (!) obsessionnelle (pourtant l'état d'urgence, c'est lui !)... qui déclenche parfois un humour comment dire... Le ciblage de Taubira, un classique de la droite dure...


Quelques parenthèses de douceur dans ce monde de brutes.. Maman! Maman !




Mais à part Maman et la Vierge, les femmes, eh bien...
 



  
On comprend mieux certaine politique culturelle menée par la municipalité et le lien avec une vision politique générale



Mais il est si près des gens, si humain, Monsieur le Maire, si dévoué envers sa commune...


 
Que dire au sortir de ce calamiteux florilège politique ? Prenons garde, en premier lieu, à la place qu'occupent les femmes dans ce que Monsieur le Maire de Saint-Clément-de-Rivière veut communiquer. Elles sont omniprésentes et, de façon somme toute classique, le traitement auquel elles sont soumises donne des clés de compréhension essentielles du personnage. A travers, en effet, la gauloiserie, la grivoiserie dont elles deviennent l'objet, ce n'est pas seulement le masculinisme ou machisme le plus vulgaire qui s'exprime mais aussi toute une conception des gens, des choses, de leurs relations, du monde et surtout bien entendu de la France. Rodolphe Cayzac ramasse tout ce qui traîne dans les idéologies les plus ringardes de la France éternelle, où la subordination misogyne des femmes trafique avec l'éloge mystifié de la maternité, mobilisant y compris le Général de Gaulle, pour contribuer à construire/reconstruire ce que l'évolution des mentalités, scandée en termes de modernité, aurait dénaturé. Il évite au demeurant soigneusement d'analyser ce que cette dénaturation devrait à la mondialisation capitaliste que les personnages politiques actuels auxquels il adhère ouvertement, Sarkozy, Reynié, défendent. Mais la cohérence n'est pas toujours le souci de cet idéologue en rase-mottes. 

L'important est pourtant ailleurs : il nous semble erroné, à la contemplation navrée des productions facebookisées de cet homme, d'en rester au constat et à la déploration scandalisées sur le mode moral ! Il y a dans ce tissu de bêtises d'un représentant de la République, un condensé de ce que la politique dominante trame à plus grande échelle. Le Saint-Clémentois à écharpe tricolore, qui s'épanche sur les réseaux sociaux, travaille sur un non-dit remarquable : le Front National. On ne trouvera, sur cette page FB, nulle part mentionnées Marine Le Pen ni aucune référence à son parti. Et cela alors que tout y est saturé du lepénisme le plus crasse, très jeanmariniste mais que le marinisme n'a certainement pas extirpé du parti : un virilisme, dont on a vu que, inévitablement, il agressait les femmes en les ramenant à ce statut d'objets des fantasmes et autres bonnes plaisanteries entre mecs; mais aussi, et le lien est évident, une mythification de tout ce qui incarne la violence d'Etat (police, armée, gendarmerie), non sous la modalité idéologique de la violence contenue, maîtrisée comme garante de l'Etat de droit, mais sous celle d'une militarisation de la vie sociale et politique, s'affranchissant, comme nous en donnent une idée l'actuel état d'urgence et son cortège d'abus policiers, dudit Etat de droit classiquement bourgeois où c'est le juge qui, en dernière instance, se pose en défenseur des libertés ! 

Chez Rodolphe Cayzac, à travers souvent un infantile usage du Gaulois Obélix, le terroriste est neutralisé par la justice expéditive. Il n'est d'ailleurs qu'une volaille à abattre. On conçoit aisément que le bonhomme joue sur du velours tellement les actes terroristes commis en janvier et en novembre derniers sont abominables. Mais, comme le défendent la Ligue des Droits de l'Homme, le Syndicat de la Magistrature ou encore le Syndicat des Avocats de France, parmi une multitude d'associations et de partis, rien, absolument rien, ne justifie la politique du lynchage qui a les faveurs de l'occupant de la mairie de Saint-Clément-de-Rivière. L'hystérisation de la référence au drapeau tricolore débouche sur l'amalgame fait entre musulmans et terroristes avec un récurrent ciblage des femmes musulmanes portant foulard ou hijab, ramenés dans la vision manipulatoire exposée ici, au niqab ou à la burqa. Le tout en posant en litanie qu'il y a envahissement  de la "patrie" par les hordes musulmanes, tel que l'énoncent, mot pour mot, non seulement le FN mais aussi les groupuscules fascistes qui gravitent en son sein ou autour de lui. Vision apocalyptique instrumentalisant les tragiques évènements de Paris pour construire le bouc émissaire de ce qu'il faut bien appeler les racistes ! Voilà ce qui transpire de la page du maire d'une commune présentant la caractéristique de n'être "envahie" par aucun étranger mais qui devient un laboratoire de fabrication d'un consensus raciste sur fond de fantasme de ce que l'ailleurs, celui d'une République démissionnant de ses tâches de protection des citoyens patriotes, nous promettrait !

Mais là n'est pas encore le dernier mot de ce que la page FB de Rodolphe Cayzac exprime. Il nous faut lui opposer la politique, au sens plein du terme, qu'il évacue au profit de ses délires d'extrême droite : ce personnage est emblématique, par-delà l'anecdote saint-clémentoise, de ce que les dernières élections régionales  ont montré à travers la poussée du FN. Comme il a été dit plus haut, Rodolphe Cayzac fait converger sur sa personne deux données politiques essentielles : une appartenance officielle, consacrée par l'étiquette politique sur laquelle il été élu maire, celle d'un divers droite, dont on voit sur FB qu'elle s'articule à une adhésion au sarkozysme, à LR; mais aussi une idéologie clairement d'extrême droite même si elle évite soigneusement de s'étiqueter partidairement. Ce que cela traduit ne doit pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes : il n'y a, dans ce dualisme politique présent chez Rodolphe Cayzac, aucune incohérence. Mieux, il traduit parfaitement ce qui travaille en ce moment le fonds politique de LR mais aussi de tout l'échiquier politique français : leur extrême-droitisation. Celle qui fait, comme on le voit actuellement, que les libertés publiques sont mises sous le boisseau d'un sécuritarisme étouffant : au nom d'une lutte contre le terrorisme, on terrorise les écologistes qui préparaient un contre-sommet COP 21 en les assignant à résidence. Quel rapport avec Daech ? A la place de la République a été organisé, il y a peu, un traquenard policier arguant de l'interdiction de manifester qu'imposerait l'état d'urgence alors que les grandes manifestations sportives ou les marchés de Noël rassemblant des centaines, parfois des milliers de personnes, sont autorisés. Enfin que dire d'une République qui autorise la police à fracasser des portes d'appartements, à violenter les occupants, tous de confession musulmane ou "islamisés" pour la circonstance, pour ensuite conclure à "une erreur" (au 11 décembre Mediapart a établi que les 2500 perquisitions menées, toutes avec la violence que l'on vient de dire (1), ont ouvert sur seulement 2 enquêtes préliminaires pour terrorisme !).

Le maire de Saint-Clément peut se réjouir de voir mis en place ce que l'actuelle politique sécuritariste porte comme ciblage islamophobe. Son antihollandisme viscéral devrait vite s'en trouver exposé à d'inconfortables contorsions ! 

Dernier point, pas le moins important : c'est avec ce que Rodolphe Cayzac exprime directement comme la dynamique extrême-droitière de LR que la gauche de gouvernement appelle à faire consensus pour... contrer le FN (voir son désistement en faveur des sarkozystes notoires que sont Xavier Bertrand et Christian Estrosi). Lequel FN se réjouit, derrière le masque de la colère, qu'en face, ses ennemis "lui piquent ses propositions" (y compris l'idée qu'il serait possible de déchoir quelqu'un de sa nationalité) en les légitimant toujours plus comme compatibles avec la démocratie. Avec le superbe mais désolant paradoxe que cette extrême-droitisation légitime aussi qu'il est toujours préférable de soutenir l'original Fhaineux plutôt que la copie !

On voit par là ce que les grandes lignes configurant actuellement la politique nationale ont à voir, hélas, avec la mauvaise soupe que nous sert le triste personnage qui occupe la mairie de Saint-Clément et dont on espère que les habitants sauront se débarrasser au plus vite. Comme partout en France d'autres parviendront, espérons-le aussi, à casser la même logique qui banalise en fait le FN et le promet à une prochaine accession au gouvernement. 

(1) A lire :

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