Le Front National marque des points parmi les fonctionnaires...


 ... on fait quoi ?


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A mon avis  : ce qu'il en coûte que la gauche reste dans le sillage de la "gauche"... (Antoine)

L’implantation du Front national (FN) au sein des trois fonctions publiques s’est confirmée de manière impressionnante lors du premier tour des élections régionales de 2015. Il s’agit d’un changement qualitatif car le Front national conquiert un univers socioprofessionnel qui lui était traditionnellement hostile et prend même racine au cœur du monde enseignant. Cet ancrage du FN chez les fonctionnaires suit néanmoins les lignes d’une fracture sociale qui sépare les cadres des agents d’exécution. Ce clivage est particulièrement puissant dans la fonction publique hospitalière (FPH). Cet investissement des fonctionnaires dans le vote FN doit se comprendre au regard des déceptions sur le long terme enregistrées autant auprès des gouvernements de droite que des gouvernements de gauche, même si la gauche socialiste garde encore une position électorale assez forte. […]
  
Si l’on ne prend que les actifs certains de voter, le niveau de vote FN grimpe encore chez les fonctionnaires de catégorie C : 39% pour les agents de la fonction publique d’État (FPE), 28,8% pour ceux de la FPT et 44,7% pour ceux de la FPH. Le niveau moyen de vote FN au sein des entreprises publiques passe quant à lui à 30,3% contre 30,5% pour l’ensemble des salariés du privé. 

Il faut encore souligner que si l’on écarte du calcul les fonctionnaires membres du monde enseignant au sens large (c’est-à-dire les enseignants des premier et second degrés, du supérieur, comme les personnels de direction des établissements), le vote FN atteint 30,5% des suffrages exprimés au sein de la FPE et 15,8% au sein de de la seule catégorie A. Le FN obtient d’ailleurs des scores appréciables au sein du monde enseignant : 9,4% dans l’ensemble de ce monde, mais également 9,8% chez les instituteurs et professeurs des écoles, 9,2% chez les professeurs du second degré et 8,4% chez ceux du supérieur. Chez les policiers et militaires, le score du FN atteint 51,5%. […]  

Le portrait-robot du fonctionnaire choisissant le FN 
 
D’où viennent politiquement les fonctionnaires affichant leur intention de vote en faveur du FN en 2015 ? En moyenne, environ 58% d’entre eux ont voté pour Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Les nouveaux électeurs viennent pour l’essentiel de la droite : dans la FPE, 19% des agents électeurs FN ont voté Nicolas Sarkozy en 2012. Dans la FPT, ils sont 25%, dans la FPH, 18%. Et cela sans compter les anciens électeurs de François Bayrou ou de Nicolas Dupont-Aignan. Les anciens électeurs de François Hollande sont en moyenne 10%. L’analyse des transferts depuis le second tour de la présidentielle de 2012 est encore plus claire : de tous les fonctionnaires choisissant le FN en 2015, 58% avaient voté pour Nicolas Sarkozy et 25% s’étaient abstenus ou avaient voté blanc et nul. Le jeu des abstentions recouvre la porosité des frontières électorales entre le FN et la droite représentée par les listes LR-UDI. 

Le vote FN des fonctionnaires ne varie guère selon les régions, sauf à suivre les tendances nationales. En revanche, les caractéristiques sociales conservent toute leur importance. Dans la FPE, les hommes votent FN à hauteur de 29% contre 17% des femmes, ce qui est dû à la présence forte de ces dernières chez les enseignants. Contrairement aux attentes, la différence entre agents titulaires et agents contractuels ne joue pas. En revanche, le clivage culturel est très net puisque 16% des agents de la FPE qui ont un diplôme d’études supérieures choisissent le FN contre 34% de ceux qui n’ont pas dépassé le niveau du baccalauréat. Les mêmes écarts s’observent dans la FPT. Dans l’hospitalière, l’écart est encore plus grand : 20% de ceux qui ont un diplôme d’études supérieures préfèrent le FN contre 43% de ceux qui ont le niveau baccalauréat. Tout semble indiquer en conséquence que ce sont les fonctionnaires de rang modeste et les plus exposés aux usagers dans leur travail quotidien qui ont la plus forte probabilité de voter FN. La progression de ce dernier est néanmoins impressionnante même chez les diplômés. 

Les ressorts de la crise  

Plusieurs clés d’explication peuvent être fournies. La première est l’évolution de l’offre politique du FN qui défend désormais les services publics, tournant le dos à son ancien discours poujadiste. Ensuite, le gel du point d’indice et la réduction régulière des effectifs, notamment dans la FPE, ont créé des tensions fortes à l’égard d’un gouvernement de gauche dont les fonctionnaires attendaient beaucoup après 2012 alors même que la crise économique puis les attentats terroristes ont démontré la faiblesse des moyens d’action de l’État. Par ailleurs, dans une grande mesure, la contestation sociale s’investit désormais moins dans l’action syndicale, comme en témoigne le faible taux de participation aux élections professionnelles de décembre 2014, que dans le choix électoral.

Enfin, une grande partie des fonctionnaires souffrent du décalage entre les discours sur la République et la laïcité et les pratiques du terrain où les demandes communautaires se multiplient. L’absence d’une philosophie claire de l’État et des services publics se fait sentir. L’enquête nous apprend à ce titre que 50% des fonctionnaires considèrent que la société se détériore en France, 15% seulement considèrent que les politiques publiques sont au service de l’intérêt général. Dans les trois fonctions publiques, 20% des agents considèrent que les enfants d’immigrés nés en France ne sont pas des Français comme les autres et 50% que l’Islam constitue une menace pour l’Occident. Dans la FPE, cette dernière réponse obtient 43% dans la catégorie A et 57% dans la catégorie C. Dans la FPH, 45% dans la catégorie A et 61% dans la catégorie C.

Conclusion 

La conjoncture de l’après 13 novembre 2015 a certainement joué un rôle dans la polarisation du vote aux élections régionales sur le FN. Néanmoins, son implantation au sein des trois fonctions publiques s’est confirmée fortement, mettant au jour un trouble profond chez les gardiens de la République qui doivent tout assumer, de la crise économique à la barbarie terroriste, et dont les membres les plus modestes n’attendent plus grand-chose des projets de réforme qu’ils soient portés par la gauche ou bien par la droite. Le texte intégral est à lire ici : "Les fonctionnaires et le Front national"

A mon avis  : ce qu'il en coûte que la gauche reste dans le sillage de la "gauche"...

La publication de cette note jette un pavé dans la mare de ceux/celles qui persistent à faire des oeillères un outil essentiel du positionnement politique. Autant dire que c'est d'abord du côté de la "gauche" que la chose va faire mal (il va de soi que les guillemets sont désormais incontournables, au demeurant pas seulement depuis l'état d'urgence et autres lepèneries portées par le gouvernement mais ces crapuleries n'arrangent rien). Car, tout de même, comme le rappelle cette étude, c'est bien le secteur social emblématique de la gauche ... de toujours (là, momentanément on enlève les guillemets, comprenne qui pourra !), celui des trois fonctions publiques, qui est atteint par le mal politique. Il y a ici comme un bastion qui est en train de céder, ce qui va ajouter au sentiment de désarroi et d'impuissance de vastes secteurs militants qui, après avoir délaissé un PS passé à droite, se sont donnés à un Front de Gauche dont la moindre des fautes politiques n'est pas qu'il aura accrédité, et il récidive à ces régionales, que, face au FN, il faut faire bloc avec la "gauche" : le tout dans une terrifiante réaction en chaîne de démissions politiques où, pour ne prendre que ces exemples desdites régionales que j'ai évoqués ailleurs, le PS retire ses candidats dépassés au premier tour par la droite et appelle à voter au second tour pour elle. Jusqu'ici il y a comme une logique indiscutable au vu de ce que la politique économique du gouvernement mais aussi celle menée sur le terrain de l'immigration, de la politique réservée aux quartiers populaires, de l'islamophobie et plus généralement en matière de sécuritarisme policier, doivent à celles de son prédécesseur de droite. 

L'illogique apparaît quand ce rapprochement à droite toute de second tour, sur fond de lepénisation politique accélérée des partenaires impliqués, s'est trouvé articulé à une fusion de "gauche", au second tour, des diverses composantes du Front de Gauche avec le PS, toujours pour combattre un FN dont personne n'ignorait que pourtant une partie de ses idées avaient investi la citadelle (!?) socialiste.

C'est ce mécanisme impitoyablement dévastateur pour une idée de la gauche, déjà dramatiquement saccagée depuis 2012 par les choix gouvernementaux et les atermoiements du Front de Gauche à s'en dégager en termes d'opposition "radicale", qui finit de sanctionner que, pour beaucoup de gens, il n'y a décidément rien de bon à attendre à gauche. Si l'on ajoute que le NPA, porteur de bien des espoirs lors de sa création en 2009, a été incapable de résister aux retombées de la défaite du grand mouvement social de 2010 en défense des retraites, en particulier sa récupération électoraliste par le Front de Gauche, on ne peut s'étonner que, la politique ayant horreur du vide, de larges fractions de la population cèdent à des mystifications lepénistes relookant le programme sur le mode "attrape-tout social" sauf, bien entendu, ce qui touche à l'immigration et à la diabolisation laïque-antilaïque de l'islam, cet avatar culturel du racisme anti-arabe indéboulonnable !

Que les fonctionnaires, y compris les enseignants, se montrent de plus en plus réceptifs à ce discours de haine contre les musulmans pour "riposter" à ce que tant la gauche que la droite ont fait aux services publics (au service aux usagers et aux conditions de travail des agents) est proprement désastreux et signe la faillite de la "gauche" comme de la gauche qui, entachée du soupçon de duplicité (contre le PS mais avec le PS), lui reste rattachée. 

Le constat terrible que fait ce rapport d'un basculement dont il faut envisager, sous réserve d'autres confirmations sondagières et analytiques où la question décisive de l'abstention, passée à la trappe ici, serait intégrée, qu'il est historique, doit amener à dépasser impérativement l'accablement induit. Nous devons tous et toutes, qui maintenons le cap de l'alternative sociale et politique, méditer d'abord ce paradoxe incroyable qui fait que la faillite du PS se manifeste "encore", dans les fonctions publiques, "seulement" dans une incapacité à élargir un socle d'influence finalement maintenu et que donc l'effondrement "à gauche" concerne en fait ce qui se pose comme ... à gauche : "Cet investissement dans le FN joue-t-il contre la gauche ? Il ne joue pas tant contre la gauche socialiste, qui obtient encore des scores honorables en 2015, ni contre les écologistes, que contre le Front de gauche et l’extrême-gauche qui s’effondrent. Dans la FPE [Fonction Publique d'Etat], le score moyen pour les listes PS est de 36% en 2012 contre 34% en 2015, passe de 2% à 8% pour les listes écologistes mais de 15% pour les listes FDG ou d’extrême-gauche à 7%. " Inutile de crier à l'injustice : pour un PS (aussi pour EELV) qui bénéficie probablement d'un déplacement de la droite vers lui, parmi les couches les plus ouvertes à la modernité technocratique-libérale qu'il représente, la gauche à la gauche du PS se retrouve, elle, orpheline d'une récupération en provenance du PS (mais aussi de l'abstention). Cette récupération a déjà eu lieu, pour une large partie, lors la présidentielle de 2012 en se fixant sur le candidat Mélenchon. L'effondrement aujourd'hui de l'influence politique acquise alors, ici parmi les fonctionnaires, mais cela se vérifie dans les autres couches sociales, tient à l'incapacité de cette coalition PC-PG-Ensemble, etc. à assumer le seul rôle qui aurait pu faire pièce au FN comme au PS : celui d'une radicalité de rupture et d'alternative. Ce positionnement c'est le FN qui l'a pris par défaut, par défaut du Front de Gauche mais, soyons honnêtes, aussi par défaut de tout ce qui se situe à la gauche du Front de Gauche. 

Le pire serait que, dans cette partie-ci de la gauche (toujours sans guillemets), on se la joue "on l'avait bien dit", "on avait raison", etc. Ce triomphalisme petit-pied est absolument dérisoire et, tout comme la chute du faux communisme de l'URSS a entraîné celle de tous les vrais opposants communistes au stalinisme, on vérifie que le basculement à droite (extrême) du PS comme la déroute politique du FdG est notre défaite à nous tous aussi parmi ce que l'on labellise trop vite, mais passons, extrême gauche.

Que cette note sur la pénétration de l'extrême droite dans les fonctions publiques serve d'avertissement sur ce qu'il en coûte de ne pas assumer pleinement, avec toutes les difficultés que l'on peut imaginer mais qui ne seront jamais aussi grandes que celles que nous vivons maintenant, que l'on ne peut tricher sur l'urgence de reconstruire l'espoir ... à gauche en jetant à la poubelle tout ce qui, de près ou de loin, nous assimile à la "gauche" ! Notre relance politique passe par un réinvestissement, certes pas toujours très immédiatement gratifiant au vu des rapports de force actuels, du terrain social trop délaissé au profit des illusions du grand soir électoraliste. Mais cela passe aussi par une clarification des bases d'accord politique, paradoxalement peut-être pas le plus difficile, et surtout des bases d'alliance induites par cet accord ! C'est à ce prix que, aussi douloureuse soit-elle dans l'immédiat, cette note aura été utile en attirant l'attention sur une carence  terrible du moment et, en quelque sorte en creux, sur l'urgence à y remédier.

Antoine

A noter, ce qui mériterait de s'y attarder : Plus de ​50% des policiers et militaires ont voté FN en 2015

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