Montpellier. Un café "espagnol" de débats très Motivés sur les Indigné-es, Podemos, etc...


La radicalité indignée va-t-elle "pouvoir" se moduler Podemos au lendemain des élections législatives ?

Le local du NPA 34 a résonné, mercredi dernier, dans le cadre de notre Café Motivé-es, d'échanges très fournis sur la situation dans l'Etat espagnol : les deux intervenants, Antoine et Miguel, ont introduit par un rappel de ce qui a amené l'émergence de "l'heureuse surprise" du mouvement des Indigné-es en 2011. Un bref retour a été fait sur la sortie du franquisme, sur l'accès à la démocratie par un processus de Transition qui a assuré une nouvelle modalité de domination capitaliste et enfin sur la crise économique de 2008 que l'occupation indignée des places a transformée en crise sociale et politique. 

Nous en sommes là, bientôt cinq ans après ce tonitruant 15-M (15 mai 2011, début de ce processus indigné), avec la tentative de prolonger cette mobilisation sur le terrain politique avec l'avènement, en particulier, de Podemos.

Beaucoup d'interrogations ont nourri les interventions sur cette réponse politique qui a marqué un tournant avec l'élection législative de décembre dernier et la percée de ce parti et des coalitions auxquelles il participait. La tactique actuelle des dirigeants de ces organisations de proposer un gouvernement de coalition au PSOE, le parti socialiste, sur des propositions de rupture avec la politique de la droite au pouvoir, déroute, c'est le moins que l'on puisse dire. Ce PSOE était en effet jusqu'à récemment "crédité" de faire partie de la "caste" à combattre, d'être un des piliers du régime, configurant avec le Parti Populaire, le système bipartite par lequel, depuis le début de la Transition, a été déconstruite toute esquisse d'alternative populaire. 

La question se pose : assistons-nous, chez les dirigeants de Podemos, à une machiavélique opération de mise sous pression des socialistes pour qu'ils finissent de se déconsidérer en révèlant de façon éclatante leur adhésion au régime ou y a-t-il croyance sincère, et par là plutôt problématique, qu'on peut faire évoluer ce parti jusqu'à lui faire renier ... ce qu'il est ? L'avenir dira, en fait très prochainement, de quoi il retourne, y compris sur l'autre volet important de la situation : la capacité du mouvement social à se relancer, en dépassant les impasses du 15-M, et à faire valoir ses objectifs par-delà tout arrangement dans le cercle fermé des tractations parlementaires. Les anticapitalistes intervenant dans Podemos ont la lourde responsabilité d'aider à l'affirmation de ce cycle de mobilisations sociales. 
 
 
C'est autour d'une excellente paella (merci Claude !) que les objections, réponses, arguments et contre-arguments se sont déployés dans un esprit de camaraderie et une belle volonté d'écoute. Le débat ne fait que commencer... Nous aurons l'occasion de le reprendre !

Correspondant NPA 34 (photos de Jacques G)

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Au menu (paella comprise) : les mobilisations dans l'Etat espagnol. Débattre des proximités et des différences avec la situation en France pour dessiner, en convergence, la sortie de la crise du capitalisme...


En exclusivité (extraits)

 L'Anticapitaliste, mensuel du NPA, février 2016

 Les Espagnols se retrouvent, suite à l'élection législative du 20 décembre, devant l’inédit d’une « ingouvernabilité » qui, à l’heure où ces lignes sont écrites, menace de déboucher sur… de nouvelles élections générales. 

Le total des voix du PP (droite libérale-conservatrice) et du PSOE (socialistes) s’élève à près de 12 millions 800 000 (nous arrondissons les chiffres), soit 51% des exprimés alors que, 4 ans auparavant, ces chiffres s’établissaient à 17 millions 900 000 voix, soit 73% (83,7% en 2008) ! Coïncidence : pour un corps électoral relativement stable, le différentiel de – 5 123 854 de voix PP + PSOE obtenues entre 2011 et 2015, correspond quasi exactement au total des voix de Podemos et des coalitions auxquelles il participait (5 189 333 voix, soit 20,7%). L’onde de choc du mouvement des Indigné-es de 2011 (15-M) est toujours là qui vient de briser ce qui faisait l’ordinaire du régime né en 78 : sa capacité, via le rituel des élections,  à fixer très massivement sur les deux partis fonctionnellement abonnés à cette tâche le consensus populaire nécessaire à sa perpétuation. 

Un hémicycle sans boussole 

Face aux 123 député-es du PP, aux 90 du PSOE, aux 40 de Ciudadanos (parti libéral anti-indépendantiste), Podemos et ses alliés pèsent 69 député-es. Pour le PP, avec la perte de 63 député-es, c’est la majorité absolue (176 député-es) qui s’envole et l’obligation qui lui est faite de passer des alliances. D’où les efforts désespérés pour créer le front uni antiPodemos avec le PSOE, voire avec Ciudadanos, permettant de reconstituer une majorité parlementaire. 

Podemos/PSOE, je t’aime, moi non plus… 

La dynamique, désormais politique, du 15-M présente méchamment sa facture et c’est le PSOE qui en paye le prix le plus fort. Podemos a beau déclarer (certes avec moins de fermeté qu’avant) qu’il est hors champ gauche-droite, sa poussée pénalise d’abord « la gauche » (PSOE et IU - Izquierda Unida, le Front de Gauche espagnol). Les socialistes se retrouvent placés  au cœur des contradictions politiques du moment : Pedro Sánchez, leur fringant secrétaire général, ferait bien le pari d’attirer Podemos dans une alliance… de gauche. Objectif : transposer au gouvernement central les ententes post-municipales avec ce parti et ses alliés pour écarter le PP de certaines mairies. Soit par une union ouverte avec répartition de ministères (à l’allemande), soit par un appui parlementaire de Podemos à un gouvernement monocolor socialiste, en rééditant peu ou prou ce qui s’est mis en place chez le voisin portugais (pacte gouvernemental entre le PSP, le Bloco de Esquerda et le  PCP). Mais cette option suscite une offensive de la vieille garde socialiste, autour de Felipe González, l’artisan « de gauche » de la Transition (mécanisme institutionnel de passage "en douceur" de la dictature franquiste à la monarchie parlementaire), et de la puissante et retorse présidente de l’Andalousie, Susana Díaz.  

Podemos au risque de ne pas pouvoir 

Après avoir connu l’embellie ouverte avec la spectaculaire percée aux élections européennes de mai 2014 jusqu’à l’impressionnante Marche pour le changement de janvier 2015, Podemos n’a cessé de perdre du souffle, ce dont les sondages à la baisse témoignèrent. Les résultats en-deçà de ses espérances aux diverses élections intermédiaires furent le prélude à l’échec retentissant à l’élection de l’autonomie catalane avant que ne se produise une « remontée » (la « remontada ») fulgurante sur les deux derniers mois de la campagne des législatives qui a donné le score remarquable évoqué plus haut. 

Podemos gagne en perdant son monopole de l’indignation. 

Le salut électoral de Podemos lui est venu de l’extérieur : plus précisément des comunidades historiques où il a fait alliance, mais dans d’autres termes que ceux qu’il posait [des listes sous sa direction], avec des groupes dont la caractéristique est d’avoir maintenu un lien autrement plus fort avec le mouvement social, avec l’esprit du 15-M, que celui qu’il conservait avec eux.  Ainsi de Barcelona en Comú (auparavant Guanyem Barcelona) qui, organisant à la municipale de mai une « confluencia » (une convergence) de partis de gauche, dont Podemos, autour de la prestigieuse figure de sa dirigeante Ada Colau, décrocha la mairie de la capitale catalane. Et qui, devant le désastre électoral guettant Podemos et donc menaçant les acquis municipalistes de la ville, décida in extremis (en octobre) de s’engager dans la législative en reconstituant une liste unitaire qu'à nouveau elle dirigeait. Ce même schéma d'alliance s'est reproduit avec succès en Galice et à dans le Pays valencien.

Par sa décision, forcée par ses partenaires, de jouer collectif, Podemos a bénéficié de l’impulsion décisive pour opérer la percée électorale qu’il visait, depuis le congrès de fondation, fin 2014, à la législative : ces alliances dépassant en effet le cadre de plus en plus étriqué, démobilisateur des énergies militantes et arrogamment  autocentré qu’offrait Podemos et ouvrant sur des dynamiques électorales gagnantes aux municipales ont redonné confiance aux militant-es des cercles et à leurs sympathisant-e. Cette confiance fut d’autant plus marquée qu’elle envoyait le signal au régime que les sujets actifs de la contestation étaient d’autant plus forts qu’ils  étaient pluriels et rétifs à toute hégémonie de l’Un ! Belle revanche d’un 15-M, jusque là réduit à l’impuissance d’une statue de Commandeur que l’on honore de loin en loin. Cerise sur le gâteau : la place, sans cesse croissante, occupée par Ada Colau dans la campagne, sur tout le territoire, de Podemos décupla une ferveur et un enthousiasme particulièrement contagieux comme cela apparut au meeting central de Madrid où, à l’applaudimètre, elle l’emporta largement sur Pablo Iglesias lui-même !


« Les institutions sont un costume taillé à la mesure de ceux qui l’ont dessiné »  

Nos camarades de Anticapitalistas dans Podemos ont mis en évidence les acquis de cette campagne des législatives : les inflexions gagnantes imposées par ce que le 15-M conserve de force propulsive et donc la nécessité d’une réorientation de l’organisation, tant, en interne, dans le sens d’un recentrage démocratique sur les cercles que, en externe, sur le développement des pratiques de « confluencia » avec la diversité des forces antisystème.

Anticapitalistas met également en garde contre l’illusion que le Parlement soit miraculeusement devenu « le » lieu de la victoire contre le régime : malgré leur crise les bipartistes [PP et PSOE] sont encore loin devant Podemos et les listes d’unité populaire et de toute façon, comme le souligne notre camarade Teresa Rodríguez,  « Les institutions sont un costume taillé à la mesure de ceux qui l’ont dessiné ». Les acquis indéniables de la campagne des législatives ne seront démultipliés que si enfin Podemos et ses alliés, loin des tentatives de se gagner, par la mécanique perverse des mécanismes institutionnels, « la caste » du PSOE,  deviennent des activateurs des mobilisations sociales dont le 15-M a puissamment esquissé qu’elles sont le dynamiseur incontournable de la crise du système de domination.

A l’élection législative, le boulet de l’échec est passé tout près, une récidive dans les « erreurs » commises  pourrait définitivement aliéner à Podemos le capital de sympathie in extrémis récupéré.  

Antoine Rabadan

Le texte intégral est ici

Le sommaire du n° 72 de la revue L'Anticapitaliste


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