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Samedi 24 juin
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samedi 23 avril 2016

Nuit Debout et les Indignée-s espagnol-es, Podemos...


Nuit Debout, Noche en pie ...

En guise d'introduction

Et si Nuit Debout faisait la lumière sur l'expérience espagnole du... post-15M ?
par Antoine (Montpellier)

Depuis le début, les moments Nuit Debout voient affleurer des références élogieuses au mouvement des Indigné-es espagnols qui, en 2011, en un jour devenu emblématique du mouvement, le 15 mai (15 M en espagnol), initièrent une longue occupation des places dans tout le pays (1). Il n'est évidemment pas question de doucher l'enthousiasme qu'un tel mouvement suscite alors que, à sa façon, la France "prend" à son tour ses places. 

Il y a cependant beaucoup à dire sur une tendance manifeste à mythifier l'évènement d'outre-Pyrénées et à éluder d'en analyser les caractéristiques, les acquis mais aussi les contradictions et même les impasses. Impasses politiques auxquelles Podemos a proposé une réponse, qui, pour certains, s'exposant au risque d'une nouvelle impasse, devrait, comme le 15M lui-même, être soumis au régime de la discussion.


C'est dans cet esprit de la nécessité d'en discuter, au fond, dans celui de mettre au clair ce qui pourrait être un rapport "productif" de Nuit Debout à l'une des expériences les plus fortes qui lui a tracé la voie (en pointillés), celle d'une mobilisation de masse s'émancipant des cadres politiques établis, que nous proposons ce remarquable dossier de la revue CQFD. Datés de novembre dernier et donc n'intégrant pas les résultats de la dernière législative (20 décembre), ces textes n'en conservent pas moins leur acuité politique.

Le mérite de l'immersion, qu'on y lit, dans le terrain du nouveau municipalisme espagnol, tient à ce qu'il nous fait échapper à ce qui, à vouloir chercher un modèle nous économisant d'aller au bout de notre propre réflexion, tendrait à figer, à "glacer" et en fait à stériliser ce qui fait la chaude richesse du processus espagnol ouvert en 2011. Et donc à stériliser ce qui, dans ce mouvement, pourrait nous aider à "penser" le nôtre et les perspectives qui s'ouvrent à lui ou, mieux, que nous devons travailler à lui ouvrir... 

Podemos et le nouveau municipalisme ? Ce serait donc cela qu'il faudrait approcher en lieu et ... place de cette si lyrique et romantique révolte des places ? Non, plus précisément ce que celle-ci a "donné": l'accession d'acteurs du 15-M, ceux/celles militant dans Podemos mais ailleurs aussi, au Parlement et à la tête des municipalités de grandes villes, rien moins que Madrid et Barcelone mais aussi Cadix, Saragosse ou La Corogne...En somme il importerait de nous pencher plus sur l'après du 15-M que sur le pendant car, au point où nous en sommes ici, l'urgence d'obtenir le retrait de la Loi Travail se double de la nécessité de faire battre en retraite ce dont cette loi est le nom soit, selon l'expression désormais consacrée,"son monde" (2). Et il y a fort à parier que cet au-delà d'une victoire sur la Loi Travail participerait, malgré les urgences, de la "lente impatience" dont parle Daniel Bensaïd et qui caractérise le processus espagnol du post-15M (3)

Pour parer à l'inévitable objection que Nuit Debout et, plus largement, la mobilisation des salarié-es, des chômeurs/-ses, des étudiant-es et lycéenn-es, n'ont a priori rien à gagner à s'engager dans la voie de l'institutionnalisation que suggère l'idée même, au débouché d'un mouvement social radical, de constituer soit un parti devenu très "parlementariste", Podemos (4), soit de s'inscrire dans une démarche municipale..., nous invitons à prendre en considération le titre de ce dossier : Au-delà de Podemos, le pari municipaliste. Titre au demeurant qu'il serait plus juste, à la lecture de ces articles, d'énoncer "Au-delà de Podemos, au-delà du pari municipaliste... la quête persistante d'une alternative par la rupture avec le système". Car l'important c'est que ni Podemos ni le nouveau municipalisme n'épuisent les promesses des Indigné-es. Ils leur ouvrent, ce qui est déjà précieux, le champ des possibles par où la "rue", sortant les places de ce qui finit par se vérifier comme leur impuissance circulaire, en les connectant aux "lieux de travail" pourrait configurer le triangle au coeur duquel s'invente un nouveau rapport au politique. Lequel rapport serait irréductible à ces deux lieux emblématiques du vieil ordre du monde, le Parlement et les Mairies, qui, malgré la présence, en leur sein, des "alters" aux généreux projets "rupturistes", leur imposent structurellement, à ce jour, la logique politique (égratignée tout de même dans les mairies), économique et financière (la dette, les expulsions de logements...), de "l'idem". Toutes choses que le dossier de CQFD met bien en lumière dans le paradoxal jeu combiné d'une approche en empathie critique qui, à cet effet, prend le parti de laisser parler les acteurs de terrain de ce qui reste, malgré tout, un exceptionnel moment social et politique ! 

On lit et on en tire de quoi échanger au long de la Nuit Debout ?

Antoine

Note : Il est regrettable que dossier, dont il a été dit beaucoup de bien, n'évoque cependant pas la nécessité pour les "nouvelles municipalités" de devoir compter sur les voix du PSOE (socialistes) pour avoir la majorité. Ce qui n'arrange rien aux obstacles qu'elles rencontrent.

(1) Et l’indignation retentit dans l’Etat espagnol…
(2) Contre la loi travail et son monde : sept manifs en dix-sept heures, qui dit mieux ?
(3) Une lente impatience 
(4)  Podemos, ou l’art de « prendre d’assaut le ciel » par les élections et Etat espagnol - 2015, année électorale. 2016 : relance des mouvements sociaux ?


 Partout où nous sommes passés frémissait comme une remontée de sève du vieil esprit libertaire des années 1930
qui irrigue encore, souterrainement, la conscience collective – la guerre civile en moins. Sans dogmatisme, avec l’envie de trouver des solutions à l’urgence sociale et d’expérimenter de nouvelles formes de fonctionnement collectif, en prise avec des pratiques de transformation sociale. Sans espérances échevelées. Un mouvement lucide sur ses limites, à la fois pragmatique et stratégique.

Effet pervers, le pari municipaliste aura été une véritable saignée pour les mouvements sociaux. Les plus actifs, les plus doués pour la communication ou l’organisation collective, celles et ceux au carnet d’adresses bien fourni, se sont impliqués dans le processus électoral, déshabillant le front de l’action collective dans les rues.

Mais la plupart des personnes rencontrées, même critiques sur la dérive électoraliste et personnaliste (« péroniste », disent certains...) de Podemos, reconnaissent que le moment est, si ce n’est historique, du moins exceptionnel, riche en enseignements et en expériences. Malgré les divergences, tout le monde souhaite la subversion de l’état des choses actuel. 



Sous lunettes et barbe fine, le visage souriant de Carlos a longtemps voyagé en Amérique latine, rapportant dans les valises de ses yeux une expérience de révolutionnaire avisé. Il retrace l’histoire des Plataformas de afectados por la hipoteca (PAH) luttant contre le système inique des hypothèques et expulsions.

Après plus d’un demi-million d’expulsions locatives et hypothécaires en cinq ans, la question du logement en Espagne est brûlante. La plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en expériences. Impressionné, CQFD a assisté à une assemblée de la PAH de Vallecas, l’un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid.

Nous n’en sommes qu’aux premiers mois de notre mandat et tout est allé très vite. Pour gagner en expérience, partager nos idées et nos difficultés, nous avons participé à une coordination des mairies du changement à Barcelone, puis à une autre à Malaga, où le thème de l’appui mutuel était très présent. Nous avons aussi parlé du problème de la dette, qui ne pourra pas être résolu chacun dans son coin. Les dettes municipales sont si importantes que l’on doit penser collectivement à la façon de nous en affranchir en refusant de payer. Cela ne pourra se faire qu’après un audit public et si de nombreuses mairies mènent un mouvement commun de désobéissance pour dire : « Nous ne paierons pas, car cette dette est illégitime.»

En habit de travail, Diego Cañamero nous reçoit chez lui, dans le modeste salon d’une des maisons autoconstruites sur le mode Castor, en coopérative. Après l’embrassade, un clin d’œil vers Mari, notre hôte ce soir : « Vous allez être hébergés par la première ouvrière agricole élue députée dans ce pays », sourit Diego, figure du SAT, syndicat de journaliers agricoles croulant sous les procès et les amendes pour occupation illicite de terres ou entrave à la circulation et à la liberté du travail... Il a été maire d’El Coronil pendant des années.

Cadix. Une équipe courageuse de convoquer cette réunion publique sur la place du 15-M, exposée à toutes les critiques et altercations, sans portique ni service de sécurité. Quelques opposants sont là, mais rares, des applaudissements plutôt, et des ¡ Sí se puede ! Quand il est invectivé par un gars du port remonté contre le bla-bla, et qui demande ce qu’on a prévu pour les chômeurs longue durée, le jeune maire l’encourage à le rejoindre à la tribune. Sur cette agora de fortune, tout le monde est là pour s’exprimer sur la chose publique. On parle expulsions, boulot, police de quartier, tourisme, et les gens font des propositions concrètes.

« Cet édifice neuf, propriété d’une banque, était à l’abandon depuis sept ans. Nous avons forcé la serrure avec l’intention d’y vivre tout en luttant pour obtenir un logement social.
Aujourd’hui, nous sommes 28 familles, une centaine de personnes en comptant les enfants. »

L’usine métallurgique Delphi (Cadix) a fermé définitivement le 7 juillet 2007. « Ce que nous ignorions, c’est que la Junta [région sous direction socialiste] et les syndicats, en négociant en notre nom, touchaient un pactole. L’Union européenne subventionne les plans sociaux dans le but d’en atténuer l’impact. Nous avons appris récemment que le seul syndicat UGT avait palpé 80 millions ! » La plupart des signataires du protocole Delphi sont aujourd’hui inculpés dans le scandale des plans sociaux bidonnés (ERE), qui a vu la chefferie socialiste andalouse mouillée jusqu’au cou. 

Nous pensons plutôt que l’institution est toute entière modelée selon les intérêts bourgeois, qu’il n’y a pas grand-chose à y jouer. Surtout que, de manière générale, je ne crois pas à l’existence d’un « centre » du pouvoir. Les institutions politiques sont au même niveau que les lobbies, les grandes entreprises, le système fi nancier international. Donc, participer à l’institution n’est pas une fi n en soi, susceptible de tout résoudre. Notre puissance est dans la coordination des autres secteurs de la société qui cherchent à transformer leurs conditions de vie. 

Depuis le 24 mai 2015, la mairie de Barcelone a une drôle d’architecture. Celles et ceux qui ont remporté le plus grand nombre de suffrages n’ont aucune expérience dans les institutions politiques, n’ont pas poli les bancs des grandes écoles. Des gens de la rue plutôt, des militant.e.s de terrain dont le combat farouche contre les expulsions de logement ou pour les droits des démunis a séduit les électeurs précarisés de la cité catalane. Les 25% de voix récoltées par la liste Barcelona en Comú, menée par Ada Colau (jusque-là porte-parole de la PAH), ne permettent cependant pas la majorité absolue. L’équipe doit faire face à l’opposition de la classe politicienne classique et des puissants entrepreneurs de la ville la plus riche de l’État espagnol.

Ce n’est qu’avec la crise qu’on a vu apparaître de vrais mouvements sociaux, hétérogènes, larges, ouverts, comme le 15-M, les mareas contre la privatisation des services, publics, la PAH...
Podemos est juste une clé anglaise qu’on doit utiliser si ça nous arrange.

Quand on militait dans la rue, on refusait de faire de l’assistanat : on cherchait des solutions qui permettent aux gens de se prendre en main et de se construire une vie digne. Une fois à la mairie, on est confronté aux mécanismes du clientélisme. On ne veut pas entrer dans une relation paternaliste avec les associations ou les mouvements sociaux, notre but est de les aider à être indépendants, pas de les mettre sous perfusion, car on ne sera pas toujours à la mairie. Cela provoque parfois des incompréhensions, car certaines personnes aimeraient qu’on règle les problèmes au cas par cas, un peu comme un monarque qui recevrait son peuple et jugerait, mais nous, on refuse ce genre de relation et, du coup, ça peut créer des mécontentements. » 

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NPA 34, NPA