Casseurs? C'est çui qui dit qui l'est...

Nos gouvernants sont de fins tacticiens.
- 1ère étape : attendre au maximum pour lâcher les fauves.
     Laissons la parole au secrétaire général du syndicat Alliance, Jean-Claude Delage, que personne n'irait soupçonner de se ranger du côté des contestataires de l'ordre établi.
     Voici ce qu'il a déclaré sur France-Info :
"Lorsque vous voyez des casseurs détruire les vitrines, saccager des panneaux publicitaires, se servir des tubes néons à l’intérieur pour attaquer les forces de l’ordre et que des policiers mobilisés sont en face d’eux et qu’ils doivent attendre une heure en face d’eux pour intervenir (...)". Quand on lui demande pourquoi, selon lui, il répond sans détour :"Je pense que ça vise aussi à discréditer le mouvement social et syndical parce qu’évidemment, lorsque des syndicalistes manifestent contre un texte et qu’il y a des casseurs qui cassent tout dans le quartier, que les riverains sont exaspérés et que la police ne peut pas rapidement intervenir, et bien ça discrédite aussi quelque part le mouvement social". (voir l'ensemble de l'article ICI et sur le même sujet ICI).
     On peut ajouter que l'autre effet recherché de la manœuvre, c'est que les flics chauffés à blanc pendant tout ce temps, s'en donnent à cœur joie quand on les lâche...
     N'oublions pas que la présence massive de robocops agressifs et en grande tenue de combat ne peut que déclencher la colère et attiser la révolte parmi ceux et celles qui manifestent contre une loi que la population dans son ensemble condamne.
Volonté délibérée de provoquer l'incident et de le faire payer au maximum aux manifestant-es.
     Reste à mettre en place la suite. Avec l'appui bienveillant de la plupart des organes de presse.
- 2ème étape : instrumentaliser les incidents.
     Quand on a réussi à obtenir le bris de quelques vitres d'un hôpital, il faut absolument pouvoir en tirer le maximum de... profit. Et c'est là que tous les ressorts de la communication s'avèrent indispensables. 
     Alors, ils se mettent à l'ouvrage. Valls se fend d'une belle déclaration ("Avec la ministre de la Santé, nous avons tenu à rencontrer les équipes de cet hôpital, connu de tous les Français parce qu'ils accueillent des enfants. J'ai tenu à apporter ma solidarité et celle du gouvernement. C'est la première fois, de mémoire, que l'on s'attaque à un hôpital. Je salue le sang froid de toutes les équipes qui ont été choquées que l'on s'attaque à un hôpital (...) et par la violence des casseurs"). Quant à Bernard Cazeneuve, le voila qui fait le rapprochement avec le meurtre du couple de policiers de Magnanville : "Les vitres de l’hôpital Necker brisées alors que l’enfant des policiers s’y trouve… Tout cela est inacceptable ".
     Et toute la presse d'embrayer sur le thème des violences inadmissibles. En oubliant tout simplement la casse énorme perpétrée depuis des années, celle de l'hôpital public, celle de tous les services publics. Et la casse du Code du Travail à l'origine de la colère collective à laquelle le gouvernement doit faire face. Et puis la violence des forces de répression avec sa multitude de blessés et d'estropiés.
     C'est ce que vient nous rappeler le texte ci-dessous, écrit par un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker et paru sur le site lundimatin

Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker
Témoignage d’un parent.
Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. 
Merci d’avance.
Décidément, les casseurs ne sont pas 
ceux qu'on voudrait nous faire croire !
npa 34