Mobilisons-nous !

Vendredi 30 juin
-à partir de 18h-
Appel à Résistance 34
Réoccupation de l'Esplanade et de la Place de la Comédie.
-Montpellier
-
Ateliers débats thématiques et réflexion sur les modes d'action.
Cliquez sur l'image


jeudi 21 juillet 2016

Etat espagnol. 80e anniversaire du coup d'Etat franquiste


 Le franquisme une question non encore résolue 
Dossier Guerre Civile espagnole


Il y a 80 ans en Espagne, le 17 juillet 1936, un putsch militaire dirigé par quelques généraux, dont Franco, tentait de renverser le pouvoir républicain de Front populaire. Dès le lendemain, à Barcelone, Madrid et bien d’autres villes, les travailleurs descendaient dans la rue, s’affrontaient aux militaires, prenaient les casernes, mettaient un coup d’arrêt au « pronunciamiento ».
Commençait alors une guerre civile qui allait durer presque trois ans et est restée, dans l’histoire « officielle », comme un affrontement entre « le fascisme » et « la démocratie ». Côté « fasciste », les armées de Franco, appuyées par une aide massive en matériel et en troupes fournies par l’Italie et l’Allemagne fascistes. Côté « démocratie », les troupes de la République, mal armées, mal entraînées, aidées par l’URSS et les Brigades internationales, tandis que les « démocraties », dont la France du Front populaire, se cantonnaient dans une politique hypocrite de « non-intervention ».

L’horreur de cette guerre civile, le fait qu’elle ait débouché sur l’instauration de la dictature franquiste, qu’elle ait fait l’objet d’une propagande stalinienne mensongère, a contribué à masquer une autre réalité : l’intervention, à la mi-juillet 1936, des masses populaires était allée bien au-delà de la défense du pouvoir républicain contre les « généraux félons », c’était une révolution sociale qui éclatait, apogée d’années d’exacerbation de la lutte des classes.
Cette révolution allait se heurter, dans le camp « républicain », à un combat sans merci mené par les dirigeants staliniens, socialistes, républicains bourgeois, nationalistes catalans, qui justifiaient leur politique contre-révolutionnaire au nom du fait que l’urgence était à « la défense de la démocratie contre le fascisme ». Cliquer ici

  

En 1933 est créée la CEDA (confédération espagnole des droites autonomes) par Gil Robles, disciple de Mussolini. Il espérait arriver au pouvoir par les élections pour instaurer sa propre dictature. La CEDA gagna effectivement les élections de 1933, mais de crainte des réactions ouvrières, la bourgeoisie recula et constitua un gouvernement sans membre de la CEDA.
Et c’est en fin de compte Franco, qui appliquera le « programme fasciste » : destruction des organisations ouvrières et démocratiques, prison, torture, mort pour des centaines de milliers de leurs militants.
  

 
Côté ouvrier, les années suivant la proclamation de la République furent celles d’un bouillonnement politique incontestable. Dès 1931, grèves dures et occupations de terres se multiplient. Cette radicalité sera une constante des luttes de classes en Espagne jusqu’à 1939 – l’insurrection des Asturies fit 3 000 morts à elle seule...
  

Au nom du fait que la révolution espagnole était « démocratique bourgeoise » (D. Ibarruri, PCE), il fallait rétablir la légalité, satisfaire la (faible) bourgeoisie républicaine. Ce fut effectif avec l’écrasement des travailleurs catalans, qui ouvre la voie de la reprise en main par le gouvernement en zone républicaine. Tout le problème est que cette politique mena au désarroi, à la démobilisation des ouvriers et paysans. La voie était ouverte pour les franquistes, et le Front populaire avait rempli sa terrible fonction…
  

Deux leaders marocains commencent une négociation avec la direction du Comité central des milices de Catalogne dominée par la CNT et la FAI. Un projet de traité reconnaissant l’indépendance avec des liens très étroits avec l’ancienne métropole est élaboré. Il est approuvé par tous les partis catalans et par le gouvernement de la Generalitat. Une cérémonie officielle est organisée, les contacts sont pris avec les tribus marocaines du Rif, la question de l’argent et des armes est réglée : les opérations militaires auraient pu assez rapidement commencer. Mais il fallait l’accord du gouvernement de Madrid...

-------------------------- 

"L'attaché militaire de l'ambassade de France - pas à proprement parler un gauchiste - note alors : "Si le gouvernement d'ici devait perdre la guerre, ce ne serait pas pour des fautes tactiques et techniques, mais pour avoir porté atteinte à sa seule force, l'élan révolutionnaire de l'armée."" (Cliquer ici)

--------------------------

Nous ne vous oublierons jamais

 
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 Mais l'Espagne du Parti Populaire c'est aussi cela... Ils n'ont rien oublié non plus !

La cathédrale de Valence célèbre une messe en l'honneur de Franco (lire ici, en espagnol)

La chaîne de télévision Intereconomía célèbre le 18 juillet (date d coup d'Etat franquiste) avec la Fondation Francisco Franco. Cliquer ici

La 2 emite una película de propaganda franquista en el 80 aniversario del golpe de Estado (La 2 diffuse un film de propagande franquiste pour le 80e anniversaire du coup d'Etat)

Malgré une Loi de la Mémoire historique (2007), l'impunité des crimes du franquisme

La loi de la Mémoire historique « maintient la règle de l’impunité » comme contrepartie de la reconnaissance et la réparation qu’elle accorde aux victimes de ce régime. Elle crée ainsi une contradiction jugée inacceptable entre, d’une part, la possibilité que des poursuites soient engagées contre des responsables franquistes, non par l’Etat (ce que les associations regrettent) mais par des individus, et d’autre part, la non-annulation de la loi d’amnistie qui n’autorise pas ces poursuites. Malgré ses avancées, elle agit ainsi, estiment de nombreuses associations pour la Mémoire historique, selon le même schéma de compensations de la loi d’amnistie : avant, liberté et démocratie contre impunité et en 2007, reconnaissance et réparation contre impunité. […] 
 
Diverses associations ont profité de l’adoption par le Conseil des ministres en juillet 2006 du projet de loi de la Mémoire historique, malgré ses limites, et ont eu recours au célèbre juge Baltasar Garzón pour instruire une dénonciation des crimes du franquisme : jusque là, même dans la Loi de Mémoire historique, une telle démarche de mise en cause de façon globale du franquisme n’avait jamais été envisagée. […]
Parmi divers aspects des documents produits par le juge Baltasar Garzón, il y a en un qui a une grande importance sur le plan juridique mais aussi politique, celui des "desapariciones forzadas de personas" [disparitions forcées], 114.266 au moment de la rédaction de ce document, chiffre réévalué aujourd’hui autour de 130.000. Ce point est un des plus sensibles dans l’argumentation du juge Garzón puisque, en droit, la notion de disparition implique que les délits qui lui sont associés ont toujours cours en tant que « délits permanents », ce qui laisse donc ouverte la possibilité d’instruire devant les tribunaux sans que puisse être prononcé un non-lieu, tant que les corps des disparus n’ont pas été localisés et retrouvés et que les faits liés à ces disparitions n’ont pas été éclaircis. La procédure judiciaire engagée touche ainsi à la question très symbolique et très sensible, comme nous l’avons vu, de l’exhumation des fosses. Le débat provoqué par le juge Garzón sur le franquisme s’est  focalisé sur le choix de celui-ci d’argumenter à partir d’une distinction entre crimes contre l’humanité, imprescriptibles, et délits politiques, amnistiables : "Cualquier ley de amnistía que buscara eliminar un delito contra la humanidad que no puede catalogarse como crimen o delito político, sería nula de pleno derecho" [Toute loi d'amnistie qui chercherait à éliminer un délit contre l'humanité qui ne peut être assimilé à un crime ni à un délit politique, serait, de plein droit, entachée de nullité ]. Cette distinction permit au juge de ranger les crimes du franquisme dans la première catégorie et, à partir de là, en référence au Droit International, de tenter de lever le blocage que la loi d’amnistie de 1977, une loi "preconstitutional" [préconstotutionnelle] » rappelle Carlos Jiménez Villarejo, et donc sans légitimité politique, sous-entend-il, fait peser sur toute volonté d’imputation de la dictature. […] 
 
La décision de la Justice d’invalider la démarche du juge Garzón a subi l’interférence d’évènements politiques qui ont contribué à créer toujours plus de polémique : en effet, de façon  choquante pour de nombreux Espagnols, mais aussi à l’étranger, la justice espagnole a jugé recevables les plaintes, déposées en 2009 contre Baltasar Garzón et la procédure qu’il avait engagée, par des groupes d’extrême droite, défenseurs ouverts du franquisme, Manos Limpias (lié au groupe Fuerza Nueva), Libertad e Identidad et la Falange (qui finira cependant par être récusée par le juge d’instruction du dossier). Malgré l’acquittement en 2012 du délit de « prévarication » (qui est le manquement par un représentant de l’Etat à son devoir de représentation de l’Etat) dont il était accusé sur cette question, Baltasar Garzón fut condamné la même année pour ce même délit concernant cette fois l’instruction d’une affaire de corruption (l’affaire Gürtel), ce qui lui valut d’être expulsé définitivement de la magistrature espagnole. L’idée que ce juge « courageux » avait fini par payer son audace d’avoir défié l’impunité dont bénéficiaient les franquistes a vite fait son chemin en s’appuyant en particulier sur une partie de l’opinion publique mais aussi sur l’avis de juristes espagnols ou internationaux pourtant éloignés de toutes ces polémiques, mais qui, pour certains, sans remettre en cause la condamnation infligée, estimèrent disproportionnée l'interdiction définitive d'exercer ses fonctions de juge.         
La force de ces tensions autour du juge Garzón s’explique en partie par le retour de la droite, le Parti Populaire, au pouvoir en 2011. Il est bien connu que ce parti a toujours eu une vision critique de tout ce qui touche à la mémoire historique, vision qui a renforcé sa légitimité par cette victoire électorale. Sans abroger cette loi, le président du Gouvernement Mariano Rajoy et sa majorité parlementaire ont cherché à limiter sa portée, en particulier par les restrictions financières de l’Etat pour les exhumations des fosses.

Extrait du Mémoire de Master 2 Recherche d'Olivia Rabadan, Les voix (es) de la mémoire, 1975-2004 ( sous la direction de Madame Belmonte, Université Paul Valéry de Montpellier, année universitaire 2013-2014)

...........................

Il y a aujourd'hui en Espagne 3,7 millions de personnes (8% du total) qui ont connu la Guerre Civile. Lire ici (en espagnol)

 A lire aussi



Podemos en échec 

A l'élection du 26 juin, Podemos, pourtant allié, entre autres, à Izquierda Unida (Gauche Unie, une sorte de Front de Gauche), a échoué à augmenter son score de la précédente législative, 6 mois plus tôt, et à passer devant le PSOE (socialistes) pour s'affirmer premier parti de gauche. L'ensemble cumulé des voix des deux partis, Podemos et IU, accuse même une perte sèche d'un million de voix pour un score de 5 049 734 voix (21,1% contre 24,3% en décembre) et un total de député-es inchangé. La poussée que représente ce résultat par rapport au premier succès fracassant de Podemos aux Européennes de 2014  (1 253 837 voix ) est incontestable mais ne peut occulter que l'enjeu pour ce parti est désormais de devenir un parti de gouvernement ! Le fait est que c'est le Parti Populaire (droite libérale conservatrice) qui a remporté cette élection (33%), ce qui annonce des temps difficiles pour une population accablée par une austérité dont il est annoncé qu'elle va s'accentuer... Nous reviendrons prochainement sur la situation qui prévaut après cette législative.

Nos dossiers 
  NPA 34, NPA