Etat espagnol : Podemos entre l'espoir et la désillusion...


 À gauche toute ? Mais vers où ?

 A lire ci-dessous Comment le mouvement social peut-il éviter de déléguer ses réponses politiques ? (Antoine)


Les sondages étaient, jusqu’à la veille des élections, unanimes : le grand événement de ces élections allait être le « sorpasso »1, autrement dit le dépassement du PSOE (socialistes) par Unidos Podemos (l’union de Podemos et de Izquierda Unida, une sorte de Front de Gauche espagnol) pour la seconde place de la compétition électorale. Certains voyaient même cette coalition talonner le PP (Parti Populaire, de droite, au pouvoir depuis novembre 2011). Une campagne de terrain active et, il faut le dire, une bonne dose de méthode Coué aidant parmi les dirigeants de ce regroupement politique, c’était finalement rien moins que la gagne qui était en jeu. L’affluence dans les meetings montrait que ce discours triomphaliste avait percé dans l’esprit de larges fractions de la population. 

L’espoir d’en finir avec la terrible cure d’austérité appliquée, sous l’égide de l’Union Européenne, comme réponse à la « crise » de 2008, semblait avoir trouvé enfin la formule politique pertinente : une union des gauches dont le pacte scellé entre Podemos et Izquierda Unida n’était que l’embryon appelé à se développer grâce à un accord avec le PSOE. Accord que le « sorpasso » devait rendre paradoxalement possible en forçant ce parti, enfin devenu conscient du discrédit dans la population que lui valait son adhésion au néolibéralisme, à franchir le Rubicon et à s’émanciper du syndrome de parti du système, d’aile gauche du funeste bipartisme, dont le PP est l’aile droite. Rappelons que ledit bipartisme avait été mis en place par la Transition (ce passage en douceur de la dictature à la démocratie) en 1978 (vote de la constitution) et a assuré, pendant près de 40 ans, une domination sans partage des bourgeoisies de l’Etat espagnol. 

La déconvenue, suite aux résultats du dimanche 26 juin, a été cuisante : non seulement le PSOE conserve sa place de premier parti de « la gauche », malgré son pire résultat électoral depuis 1978, mais le Parti Populaire renforce son score  de parti majoritaire. Cliquer ici

Comment le mouvement social peut-il éviter de déléguer ses réponses politiques ?

Le texte ci-dessus s'essaye à tirer le bilan de la trajectoire, décevante, suivie jusqu'ici par Podemos mais ce qui s'y analyse a des implications qui débordent largement le seul Etat espagnol. Vu la place qu'occupe ce parti dans les préoccupations de nombreux/-ses militant-es de la gauche de contestation du capitalisme en Europe (et même au-delà), vu l'espoir qu'il suscite, celui d'échapper à la malédiction syriziste qui a fait du "Podemos grec" l'agent docile de la Troïka austéritaire, les lignes ici proposées à la lecture voudraient participer du débat général, nécessaire, sur les débouchés politiques des mobilisations sociales : chez nos voisins d'outre-Pyrénées autour du rapport, devenu problématique, que Podemos entretient avec le 15-M (mouvement des Indigné-es de 2011) dont il est issu; ici dans ce que la reprise de la mobilisation contre "la loi "Travail" et son monde", à la rentrée, pourrait (devrait ?) apporter comme réponse politique évitant l'enlisement institutionnel qui est hélas à l'oeuvre chez nos voisins ibériques... et dont certains, à la gauche du PS, voudraient poser les jalons avec, comme horizon, les élections de l'an prochain ! Il y a ici seulement des questions, les réponses sont à élaborer collectivement et dans la réactivation de l'impertinence sociale affirmée avant l'été !

Antoine


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 Iglesias : "... et je crois que José Barrionuevo est le meilleur ministre de la démocratie"

Ce dessin tourne en dérision l'incroyable affirmation par Pablo Iglesias que le socialiste José Luis Zapatero aurait été le meilleur président de gouvernement de la démocratie espagnole. Alors que, comme il est rappelé dans l'article de Contretemps, "c’est pourtant la promulgation, en septembre 2010, de sa « réforme du travail » (dont, avec justesse, il a été dit ici, en France, qu’elle avait largement inspiré l’actuel projet de Loi Travail !) qui avait été un des déclencheurs de la révolte du 15M, après avoir provoqué une journée – malheureusement sans lendemain – de grève générale."

José Barrionuevo était ministre de l'Intérieur du socialiste Felipe González : il fut condamné, en 1998, à 10 ans d'emprisonnement pour avoir organisé la "sale guerre" contre l'ETA en constituant le groupe paramilitaire des GAL (Groupes Antiterroristes de Libération) responsable d'assassinats de personnes soupçonnées, parfois erronément, d'être membres du groupe basque. On conviendra que la charge du dessinateur contre Iglesias est rude. Mais à la mesure de l'énormité énoncée sur Zapatero !

NPA 34, NPA