mardi 20 septembre 2016

Esquisse d'une généalogie de l'islamophobie dans "la France laïque"...


 Historiciser et (re)politiser la réflexion sur le "nouveau racisme" !


C'était il y a dix ans. Une date dans la diffusion de l'islamophobie que ce brûlot raciste bénéficiant d'un soutien soigneusement orchestré. Un modèle du genre qui a ébranlé l'antiracisme et creusé au sein de la population française un fossé qui ne cesse de s'approfondir. […]

Le 19 septembre 2006 paraît dans le Figaro une tribune de Robert Redeker professeur de philosophie dans un lycée toulousain et membre du comité de rédaction des Temps modernes, visant les musulmans à travers la personne du fondateur de leur religion. […] 

La dernière phrase [Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde.] confère son sens au discours : l'article ne vise pas Mahomet, mais les musulmans. 

Éduqués dans la pensée d'un tel personnage, ils seraient depuis 1.500 ans programmés comme pervers sanguinaires, inaptes à la modernité démocratique et activistes de la conquête du monde par l'obscurantisme. Un discours courant durant la guerre d'Algérie. Le même genre de falsification circulait au sujet des juifs il y a quatre-vingt ans. Notons qu'il n'est nulle part question de l'extrémisme musulman, mais de l'Islam qualifié d'idéologie contaminant ses fidèles. Et comme une religion exprime la nature profonde de la population au sein de laquelle elle s'est développée, il s'agit bien là selon l'auteur, d'une population sous-humaine. Cliquer ici

Note du blog du NPA 34 : l'auteur du billet ci-dessus souligne la ligne de partage entre les organisations antiracistes avec d'un côté, celles  (la LICRA et SOS Racisme) qui, soutiens de Robert Redeker, "se cantonnent désormais à un antiracisme ambigu : défense de personnes victimes de ségrégation (à l'emploi, au logement ...) et dépôt de plaintes contre des écrits classiquement racistes, mais promotion de l'islamophobie et guerre judiciaire contre les critiques de la politique israélienne et autres activistes de BDS, tandis que les deux autres – le MRAP et la Ligue des droits de l'homme – sont restées intégralement fidèles à leurs principes." Eh bien non, nous avons le triste privilège à Montpellier d'avoir vu la LDH, suivie par le Mrap, s'inscrire dans la campagne menée par la LICRA, le CRIF et quelques autres officines proisraéliennes, pour criminaliser, à travers deux militants accusés de manière aberrante d'antisémitisme, ceux et celles qui, ici, ont été et sont les plus efficaces défenseurs de la cause palestinienne, les adhérents de BDS 34 (ils voient désormais leurs activités sur la place publique entravées et harcelées policièrement et judiciairement) : lire ici
Avouons-le, il y a dans cette faute politique de la LDH et du Mrap, d'une exceptionnelle gravité, quelque chose qui résiste à l'explication rationnelle. Nous saurons un jour, espérons-le, le fin mot de cette sortie de route qui, dans l'immédiat se donne à voir comme une parenthèse noire, puisque nous avons retrouvé la LDH en pointe pour contrer la campagne islamophobe construite autour de "l'affaire du burkini".
 
"Des attaques brutales, répétées et assumées contre les élèves « issus de l’immigration », ouvertement assimilés à des terroristes en puissance (voir ici et ). Le message de Brighelli est limpide : l’école a sombré, et la France avec elle, depuis qu’elle s’est ouverte aux élèves de tous les milieux et à l’immigration."

Brighelli à l’université d’été du FN, ce n’est ni une surprise, ni la dérive d’un ancien gauchiste qui aurait mal tourné, c’est dans l’ordre des choses : l’aboutissement naturel d’un positionnement idéologique, d’un discours sur l’école par essence d’extrême-droite.  

Les points de vue sont connus et de longue date : à travers ses publications, qui se répètent à l’identique d’une année sur l’autre, à travers ses interventions médiatiques, dans une sorte de frénésie verbale qui s’auto-entretient, Brighelli développe les mêmes idées fixes sur le système éducatif, usant jusqu’à la corde ses thèmes favoris : « déclin » et « ensauvagement » de l’école. « Effondrement » du niveau des élèves, baisse des « exigences », incarnée par la suppression des redoublements, abandon des « savoirs » (« grands auteurs » en littérature, « grands hommes », « grandes dates »  en histoire), « autorité du maître » bafouée par des « sauvageons » auxquels Mai 68 aurait donné les pleins pouvoirs, critique de la mixité renvoyant à un mépris réel pour les élèves (1), « bonnes vieilles méthodes » - nécessairement syllabiques pour l’apprentissage de la lecture – à base de répétition et de par cœur, inépuisable phobie du « pédagogisme » (comprenez la formation des maîtres), dénonciation obsessionnelle du collège unique, examens « bradés » etc : la liste est longue des poncifs qu’on enfile comme des perles, renforcée, ces dernières années par des attaques brutales, répétées et assumées contre les élèves « issus de l’immigration », ouvertement assimilés à des terroristes en puissance (voir ici et ). Car le message de Brighelli est limpide : l’école a sombré, et la France avec elle, depuis qu’elle s’est ouverte aux élèves de tous les milieux et à l’immigration.  Cliquer ici

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De la nécessité de ressourcer nos mémoires : le développement de l'islamophobie en France s'est affirmé de façon décisive, dans les années 80, via la diabolisation "anti-islamique", menée par "la gauche" gouvernementale, d'un pan important de la classe ouvrière et du basculement de ladite gauche à droite (et depuis lors vers les rivages de l'extrême droite). Pour avis à une gauche "radicale" trop souvent abonnée à l'amnésie ou la méconnaissance sur ce sujet...

Voici un article écrit pour un journal marxiste US il y a quelques mois. Sera-t-il finalement traduit puis publié ? Je ne sais. En attendant, il rappelle une séquence politique importante dans la généalogie de la réaction islamophobe et raciste qui ravage la France en ce moment. Car c'est dans les années 1980, sous Mitterrand et Mauroy, que les bases de l'infâme climat actuel ont été posées. […] 

L’islamophobie républicaine postcoloniale est née comme opinion massive et décomplexée au moment des grèves dans l’automobile comme dénigrement des vies d’OS brisées par l’usine et le mépris patronal. La tonalité raciste a tout emporté. La défaite est multiple. Une figure ouvrière est close. Tout cela s’inscrit dans une modernisation mitterrandienne du capitalisme hexagonal qui correspond au début de « l’aggiornamento économique » de la gauche. L’épisode Talbot est un tournant qui dessine donc la nasse dans laquelle nous sommes aujourd’hui encore - et davantage ! - plongés ! La France a absenté ses ouvriers et a relégué les cités jusqu’à les appeler des « territoires perdus de la République » et voit désormais le parti le plus proche de feu la CSL approcher aux élections près de 30% des suffrages exprimés... 

Que ce tournant politique dramatique soit « l’œuvre » de la gauche et singulièrement du Parti socialiste ne doit pas être oublié… Cliquer ici

Un autre jalon dans l'émergence de l'islamophobie : 2003, la déviation identitaire de la laïcité par la droite, que ralliera une partie de la "gauche" et dont s'emparera le FN !




Extrait de La laïcité falsifiée, de Jean Baubérot (La Découverte, 2011)

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 Toute personne musulmane, même si elle choisit de porter un foulard ou un burkini, ne remet pas en cause automatiquement la laïcité ou ne cherche pas obligatoirement à faire du prosélytisme. Comme le rappelait encore le Canard Enchaîné de ce même mercredi le burkini lancé par une styliste australienne intéressée par de nouveaux profits, n’est pas considéré comme « hallal » par les musulman.es les plus rigoristes. Cliquer ici

"Un vêtement comme les autres" du point de vue de la laïcité de 1905

« Votre commission, messieurs, a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel (…). La soutane devient, dès le lendemain de la séparation, un vêtement comme les autres, accessible à tous les citoyens, prêtres ou non. » (Aristide Briand, 1905)
  
Interdiction du Burkini: Valls ridiculisé par les américains et les européens
 
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« Printemps républicain » : le rappel à l’ordre de la bourgeoisie jacobine

Il ne faut jamais perdre de vue l’objet principal des offensives idéologiques qui soutiennent les politiques autoritaires, offensives extrêmement violentes et puissantes, si l’on en juge par les dérives rapides qui affectent la quasi-totalité du champ politique et de larges secteurs des sociétés européennes : le racisme et l’impérialisme – avec pour pointes avancées l’islamophobie et la chasse aux migrant·e·s, entre autres formes de racisme d’État, ainsi que la « guerre contre le terrorisme ».

* * *

La chose devrait être entendue. Pourtant une partie de la gauche radicale, non contente de relativiser l’importance de ces questions, va jusqu’à contester qu’elles fassent partie des termes du débat.
Nous considérons que le contrôle de la République sur les vêtements des femmes ne fait avancer aucune des causes que nous défendons (au contraire !). Aujourd’hui, dans des cercles qui s’étendent parfois jusque dans le mouvement syndical et social, il n’en faut pas plus pour se voir accuser de pactiser avec un nouveau fascisme. Et trop nombreux sont ceux qui, sans aller jusque-là, ne voient dans l’agitation autoritaire et raciste permanente qu’une diversion empêchant de s’occuper des vrais problèmes. Prenant la récente affaire du « burkini » par le petit bout de la lorgnette, certains reprochent simplement au gouvernement de faire « beaucoup de bruit pour rien ». Mais d’autres adressent les mêmes reproches aux femmes qui portent ce vêtement, ou même, les accusent de provocation extrémiste, sur fond de « lutte contre le terrorisme »…
De glissement en glissement, une partie de la gauche de transformation sociale est donc bien mûre pour traiter les antiracistes comme des « collabos ». Rien d’étonnant au fond, dans un pays où l’islamophobie n’est pas toujours considérée comme un racisme, même dans la gauche radicale. Au-delà de l’intervention du Conseil d’État, le débat en France a confirmé que la reconnaissance de libertés si élémentaires qu’elles semblent aller de soi (se vêtir à la plage !) demeure à géométrie variable. Ne rencontrant aucune protestation large et organisée, le processus trouvera les formes que l’arrêt du Conseil d’État l’oblige à chercher.
Il est grand temps que les plus naïfs apprennent à faire la différence entre un mirage et un contre-feu. Le gouvernement a-t-il beau jeu de faire enfler des polémiques racistes et sexistes, dans un contexte où il veut à tout prix refermer la parenthèse du mouvement social du printemps dernier, « contre la loi  »Travail » et son monde » ? C’est une évidence. Mais n’y voir qu’un « écran de fumée » masquant les « vrais problèmes », c’est commettre une grave méprise : cette fumée-là n’est pas sans feu. Cliquer ici 

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NPA 34, NPA