mercredi 19 octobre 2016

Hollande, l'esbrouffe grecque...


 Le concombre démasqué : un président à l'image de la société qu'il défend...

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 Avertissement aux lecteurs/-trices : l'auteur des lignes qu'on lira ci-dessous met bien en évidence le rôle joué par François Hollande et ses conseillers pour amener le gouvernement d'Alexis Tsipras à la capitulation. Et à l'assomption de la servitude volontaire par laquelle il impose à son peuple, avec une bovine et criminelle constance, la politique de misère exponentielle que l'Eurogroupe a voulu exemplaire de ce qu'il en coûte de seulement esquisser un geste de refus de sa loi d'airain ! En s'appuyant sur le livre "Un président ne devrait pas dire ça", qui revient au président comme un boomerang tellement il dévoile la médiocrité, la duplicité et, paradoxalement, le cynisme autosatisfaits d'un homme avouant sans vergogne avoir un très fort sentiment de supériorité, avec comme corollaire un profond mépris des peuples, le journaliste met surtout le doigt sur tout ce que ces "qualités" révèlent être les ingrédients nécessaires à la défense des possédants. 

On passera sur des formules convenues du journaliste (il n'est évidement pas un anticapitaliste !) du type "le président français ne peut saisir que, si la Grèce a sa part de responsabilité..." : en effet qu'est-ce que la Grèce, qui plus est dans le contexte d'exacerbation des oppositions de classes qui a caractérisé ce pays, et quelle est la responsabilité d'un peuple dépossédé par le "système" de tout pouvoir sur l'ordre/désordre des choses où une banque comme Goldman Sachs a pu, avec l'aval des politiques et des capitalistes locaux, jeter, en toute impunité, les bases du pillage du pays. 

 Que cet arbre d'une concession à des clichés (1) que, par ailleurs, l'auteur s'attache à dénoncer dans le livre commenté, ne cache pourtant pas la forêt de la percutante mise en accusation qui est faite d'un homme labellisé de gauche et menant une des pires politiques de droite que la France ait connues.  Lequel a, malgré les jeux de masques du sauveur de la Grèce qu'il a essayé en vain de monter dans ce livre, montré, comme le rappelle cet article, sa capacité à exporter son savoir faire de crapule servile du patronat pour écraser un peuple en oeuvrant à amener son chef de gouvernement, pourtant de "gauche radicale", à la trahison, le tout en complicité active du pouvoir allemand et des autres hiérarques européens.

Antoine

(1) Romaric Godin aura longtemps vanté l'habileté tactique (et même l'"intelligence stratégique de premier plan") avec laquelle Alexis Tsipras manoeuvrait et reculait sur le programme pour lequel il avait été élu ! Il aura, en même temps, été dans le déni du rapport de force qui s'instaurait en voyant un affaiblissement des eurocrates dans l'instant où pourtant ils avançaient de façon décisive leurs pions et resserraient le noeud coulant qu'ils avaient passé autour du cou de leur interlocuteur (lire ici)! Ce n'est qu'assez tardivement que notre journaliste prit la mesure du désastre politique et social en cours. Depuis lors, il produit des analyses souvent fines et relativement distanciées de la doxa libérale sur la Grèce et, appuyé sur une mise en perspective de nombreuses données économiques, ne ménage plus la politique d'Alexis Tsipras.


 Dans le livre de confidences paru la semaine dernière, François Hollande se dresse un portrait de "sauveur de la Grèce". La réalité pourrait être différente. 

Derrière le bruit médiatique qui s'est concentré depuis la sortie du livre de « confidences » du président de la République sur les « gaffes » de l'hôte de l'Elysée et ses «erreurs de communication », il convient de ne pas oublier que l'essentiel de l'ouvrage vise bien à construire l'image d'un président en action, dans toute la splendeur et l'étendu de son pouvoir. Nulle part cet effort n'est si visible que dans les pages consacrées à la politique étrangère, et en particulier à la troisième crise grecque du premier semestre 2015.

Sauveur de la Grèce, le storytelling de l'Elysée

Intitulé « le facilitateur », ce chapitre de 14 pages* dresse le portrait en pied d'un François Hollande arbitre de l'Europe, capable de retenir la furie destructrice d'Alexis Tsipras, le premier ministre hellénique, et de Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances. Le chef de l'Etat français aime se présenter comme « protecteur » du chef du gouvernement grec. Les deux journalistes auteurs de l'ouvrage soulignent ainsi sa « mansuétude » envers Alexis Tsipras (qu'ils comparent avec celles, coupable à leurs yeux, qu'il a adopté envers Christiane Taubira et Emmanuel Macron), de son « acharnement » à maintenir la Grèce dans la zone euro. On le voit batailler avec Angela Merkel pour que « tout faire pour maintenir la Grèce » dans l'union monétaire. Cliquer ici

 A lire aussi

En ce début d’automne, la situation continue d’empirer en Grèce, et on peut s’interroger sur des chiffres récents indiquant par exemple que la mortalité infantile est passée de 3,75 pour 1 000 en 2014 à 3,96 en 2015, ou que le nombre de morts et de départs à l’étranger dépasse celui des naissances et des arrivées en Grèce... 

Ces chiffres à eux seuls justifieraient une rupture politique majeure, pour sortir de cette évolution catastrophique. Mais ce n’est pas la voie suivie par Tsipras et son gouvernement : il applique en élève consciencieux les ordres de la troïka qu’il avait acceptés en été 2015, et la phase actuelle, c’est celle des privatisations et de nouvelles attaques contre le droit du travail. Dans le collimateur, les compagnies nationales comme DEI (électricité) ou EYDAP (eau). Même si le ministre de l’Économie jure que l’eau ne sera pas privatisée, sa distribution à Salonique relève en partie du privé (d’autant plus intéressé que le dernier exercice y est fort bénéficiaire !) et des mobilisations ont commencé contre cette menace. Cliquer ici


Grèce : le monde sans pitié de l'Eurogroupe (La Tribune)






Et aussi

Dans le livre Un président ne devrait pas dire ça, le chef de l’État se livre au long de 61 entretiens qui donnent à voir un président isolé, commentant tout et rien comme si tout se valait, achevant de le discréditer. 

[…] À la lecture des 662 pages, copieusement fournies en citations présidentielles, François Hollande apparaît, seul en son Palais, centré sur lui-même, semblant ne plus mesurer la valeur de ce qu’il dit. 

[…] François Hollande a parfois une très haute opinion de lui-même. « François est à l’aise avec lui-même, il s’aime. François a toujours su qu’il était le meilleur », résume dans le livre l’ancien conseiller Aquilino Morelle. Le président confirme. « J’ai un sentiment de supériorité très très fort. »
 
[…] François Hollande s’aime bien, donc. Et quand il devient président de la République, il rencontre une fonction qui confère à un homme un incroyable pouvoir. Il l’assume, le revendique. La rencontre de ces deux paramètres a un effet démultiplicateur. Il est roi de la République. « J’aurai vécu cinq ans de pouvoir relativement absolu, finalement, puisque c’est aussi ça la Ve République. J’impose à mon camp, qui n’y aurait sans doute pas consenti naturellement, des politiques que je considère comme justes. » Quant à ceux qui l’ont si longtemps moqué par le passé ? « Ça ne m’énerve pas, puisque je suis devenu président de la République. » 

En campagne, devant la presse, il critiquait la pratique du pouvoir de François Mitterrand. Il dit désormais : « Mitterrand n’exerçait pas pleinement le pouvoir. Il laissait faire ses ministres, presque parfois trop. » Hollande assume d’ordonner à son gouvernement. « C’est ça, la décision politique. C’est à moi d’en décider, pas à eux [les ministres – ndlr]. » À propos d’une baisse d’impôts, il raconte les réticences de Bercy. Puis : « Et j’ai dit à Sapin [ministre des finances – ndlr] : “Maintenant, tu fais.” Et il fera ! » 

François Hollande ne dit pas « nous », il dit « je ». « J’ai fait des réformes. » Il méprise parfois le Parlement. « Ça m’a toujours frappé sur le plan parlementaire qu’une agrégation de gens intelligents peut faire une foule idiote. C’est ce que Marx appelle le “crétinisme parlementaire”, c’est-à-dire, en gros, un corps qui se défend. » Il assume qu’il le consulte (ou pas) au nom d’intérêts bien compris, et non d’une conception de la démocratie profondément ancrée.

François Hollande va jusqu’à s’épancher sur une conversation particulièrement sensible avec le président russe Vladimir Poutine, le 6 juillet 2015. « Poutine : “Je dois te donner une information, qu’il n’y ait pas de malentendu entre nous… — Oui, pas de problème, dis-moi, répond Hollande très intrigué. — La Grèce nous a fait une demande d’imprimer les drachmes en Russie, car ils n’ont plus d’imprimerie pour le faire”, affirme Poutine. » « Je me suis demandé pourquoi il me disait ça. (…) C’était dans une bonne intention », détaille le président français, trois jours plus tard, quand il rapporte l’appel aux deux journalistes. Puis : « D’ailleurs, je l’ai gardée pour moi. » C’est à l’évidence faux. Comme si François Hollande ne se rendait pas compte de ce qu’il était en train de faire.

En Grèce, ses propos ont immédiatement fragilisé Alexis Tsipras, accusé de duplicité et d’avoir programmé la sortie de la zone euro de son pays. « Jamais un tel sujet n'a été abordé au cours des différentes discussions avec Vladimir Poutine », a dû démentir l’entourage du premier ministre grec. 

[…] Sur le fond, au fil des 662 pages de ce livre comme dans les nombreux livres précédents consacrés à son action, François Hollande ne dit rien de nouveau – il assume ses choix et défend la politique, intérieure et extérieure, menée depuis 2012 avec les mêmes mots que ceux prononcés dans ses discours, ou par ses proches. Aucune duplicité de ce point de vue, hormis le sentiment entêtant, pour nombre de ses électeurs, de trahison des promesses. En campagne, il y a des « outrances », que le réel viendrait corriger, dit l’ancien candidat.

Il revendique la loi sur le travail, rappelant qu’il promeut l’inversion de la hiérarchie des normes depuis 2011 – sauf que ces propos ont toujours été implicites. « Je ne suis pas précis pour ne pas heurter », confie Hollande. « Je ne pense pas que [la loi sur le travail] va créer de l’emploi à court terme. (…) Mais je pense qu’elle va être un exemple de ce que nous devons faire pour le modèle social français. » Le même, à propos du contrat première embauche (CPE), que le PS avait pourtant vivement combattu : « Ce n’était pas absurde, notamment pour les jeunes, de dire : on va simplifier les procédures de rupture… » En social-démocrate revendiqué, il dit : « On veut dominer le système, on ne le change pas. » 

[…] Ainsi en est-il encore de ses commentaires sur les questions de société. Pour partie, il s’agit de convictions enfin affirmées au grand jour. Et pour partie, d’un grand n’importe quoi. « Je pense qu’il y a trop d’arrivées, d’immigration qui ne devrait pas être là », dit Hollande. Il insiste : « Il faut à un moment que ça s’arrête. Ce n’est pas être mauvais républicain, au contraire. » Plus loin : « Il y a à la fois des choses qui marchent très bien, et l’accumulation de bombes potentielles liée à une immigration qui continue. Parce que ça continue. » Le président va même jusqu’à citer un exemple, celui de l’institutrice poignardée à mort à Albi en 2014, par une Espagnole d’origine marocaine souffrant de troubles psychiatriques. « Pourquoi elle est venue bon… » 

Une nouvelle fois, François Hollande justifie sa position sur les réfugiés par sa crainte d’une « dislocation » nationale. « Un président de gauche doit faire son devoir, et en même temps ne pas exposer son pays à une tension telle que ça se traduise par un rejet de toute présence de réfugiés. » Le propos est convenu. Mais le président ne s’arrête pas là : « Le problème, c’est qu’il n’y a pas que des Syriens. Il y a des Érythréens, des Soudanais, des gens qui sont là et qui ne devraient pas être là. » Connaît-il seulement la situation politique de l’Érythrée et du Soudan ?

Au beau milieu de ce gloubi-boulga, on peut aussi lire l’avis du président sur les joueurs de l’équipe de France, enfin certains joueurs, jamais nommés mais définis ainsi : « Il y a les gars des cités, sans références, sans valeurs, partis très tôt de la France. » Seul Karim Benzema est sauvé, parce qu’il a écrit à François Hollande : « Ce n’est pas le cas de Benzema, il m’a envoyé un mot, il a gardé un lien avec la France. » Pour le reste, il les encourage à une « musculation du cerveau ». 

Ce ne serait qu’anecdote si ces propos ne contribuaient pas à l’air du temps et à un imaginaire mélangeant quartiers populaires, couleur de peau, islam, petites frappes et immigrés. De l’islam, lui qui a pourtant rappelé lors du discours de Wagram sa place dans la République, François Hollande évoque surtout les « risques » d’une religion qui finit par trop se « voir », et qu’il rêve de dévoiler avec la « Marianne de demain ». 

« Ce n’est pas l’islam qui pose un problème dans le sens où ce serait une religion qui serait dangereuse en elle-même, mais parce qu’elle veut s’affirmer comme une religion dans la République », dit-il. Puis : « Tant qu’ils se cachaient, ça ne choquait personne. Mais on les voit, peut-être parce qu’ils sont plus nombreux. Dans beaucoup de pays, ça ne pose pas de problèmes. En France, ça pose un problème. » Et puis il dit le contraire, à la page suivante, défendant qu’on puisse porter le voile dans la rue (« on n’a jamais interdit aux prêtres catholiques de porter une soutane dans la rue »), que des lycéennes voilées soient reçues à l’Élysée ou qu’une mosquée soit construite à Tulle.

Le président semble parfois si loin de la société. Sur la déchéance, il redit qu’il y était opposé, tout en défendant l’avoir proposée pour « rassembler ». Surtout, il ne comprend pas l’émotion suscitée par sa proposition. Ce n’était pas une « grande concession pour nous ». « Cette question ne me paraissait pas majeure. »    

Il étrille aussi parfois ses propres camarades socialistes, ravis de lire que le président veut un « acte de liquidation » du PS. « Il faut un hara-kiri », avec changement de nom pour le « Parti du progrès ». Ceux à qui il rend grâce sont peu nombreux – Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve mais aussi Christiane Taubira ou Martine Aubry. Il apparaît parfois dur, moqueur – une facette de son caractère déjà décrite dans le livre de la journaliste Cécile Amar Jusqu’ici tout va mal (Grasset, 2014). « Il est très urbain et sympa, mais c’est un dur, une lame. Une carapace douce, et un noyau de métal. Il peut être très dur, ce salopard, sans te le dire franchement !… », dit de lui son fidèle compagnon Stéphane Le Foll.

Benoît Hamon ? « Mais aujourd’hui, Hamon, il abandonne le PS, il est quoi ? Pas grand-chose. » Arnaud Montebourg, qui lui avait apporté un soutien décisif lors de la primaire de 2011 ? « Le Maire [allusion à Bruno Le Maire, candidat à la primaire de la droite et du centre – ndlr], c’est Montebourg. Il se vendra le moment venu. » Aux frondeurs, il veut retirer toute investiture. Et lâche : « Il y a des gens… une bêtasse, une élue [du Sud-Ouest] qui n’a rien voté avec nous, rien et rien, et qui sait qu’elle ne sera pas investie. » On imagine qu’il s’agit de la députée de l’aile gauche Suzanne Tallard. Jean-Luc Mélenchon, qui lui rend bien le mépris ? « Il fait partie des soldats perdus. Il se sent humilié. Je le connais depuis si longtemps… Je l’ai vu ramper pour entrer au gouvernement Jospin. » 

[…] Au détour d’une longue digression sur la primaire de la droite et du centre, François Hollande dit : « Ce qui me frappe, c’est la déconsidération de l’élection présidentielle. » Mais ce qui frappe, à la lecture de ses propos, c’est la déconsidération de la politique par ceux qui la font et, finalement, la décomposition du pouvoir en place. La totalité de l'article, réservé aux abonné-es est accessible en cliquant ici

 Et encore




NPA 34, NPA