dimanche 27 novembre 2016

Montpellier. Etat d'urgence...un an. On lui fait sa fête ?


La manif du jour : il y a urgence à dégager cet Etat !

Correspondance NPA 34

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Environ 300 personnes ont occupé pendant plusieurs heures ce samedi après-midi, à Montpellier, ce que l'état d'urgence voudrait leur interdire ou transformer en zone à risque pour toute expression libre...La rue ! Ils et elles ont manifesté depuis le Plan Cabanes en faisant une déambulation dans le quartier populaire tout proche (que certains qualifient, pour le moins maladroitement, de "quartier arabe", lire ici), avant de se diriger vers la gare et la place de la Comédie, où se tenaient les AG Populaires Nuit Debout, pour finir à la Préfecture.

Ah ! La Préfecture, siège de l'Etat de siè...pardon, de l'état d'urgence... Lieu emblématique localement de la dissolution, menée depuis le centre, des droits démocratiques, de l'irruption de l'arbitraire socialaud que l'extrême droite thatchéro-filloniste et FHaine rêve de démultiplier, lieu hyperconnecté à toutes ces officines patronales que la loi "travail" a muées en espace de béatitude orgasmique irrépressible...

Reste que la rue est revenue, l'espace d'un bel et prolongé instant, à sa fonction politique essentielle de lieu de la manifestation libre du refus de l'ordre des dominants, refus exprimé dès le début de ce rassemblement à travers l'intervention des organisateurs/-trices de l'AG contre l'état d'urgence et les violences policières, puis celle de BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction) pour la solidarité avec la Palestine et la récupération du droit à exprimer cette solidarité sur l'espace public montpelliérain que bafoue le supershériff proIsraël de la mairie. Le NPA puis la CGA conclurent le temps des discours.

 

Il est à noter la très forte proportion de jeunes qui a donné à cette manif un ton des plus combatifs à travers des slogans comme Ce n'est pas les immigré-es qu'il faut virer mais l'état d'urgence et la précarité, P comme pourri, S comme salaud, à bas, à bas le Parti Socialaud, Ce que fait la police crève les yeux, Police partout, justice, nulle part... Et l'incontournable doublet "Tout le monde déteste la police/ La police déteste tout le monde", dont l'inexactitude politique littérale est de peu de poids face à l'expression de la rage largement partagée qu'il permet d'exprimer. Celle que suscite ce corps d'Etat chargé de combler, par une violence décuplée, la carence de légitimité politique de gouvernants se vouant à porter à l'extrême le pouvoir patronal sur le registre hérité des temps primitifs/primaires du développement du capital. En une équation, formule du projet à l'oeuvre, qui se passe de longs commentaires : XXIe siècle = XIXe siècle. Qu'on se le dise, le temps capitaliste, si postulé incarner une modernité qui va toujours de l'avant, tourne à l'envers pour ce qui est des droits sociaux ! Car il est, surdéterminé par le hors temps de sa vérité économique et sociale, paradoxalement scandé par les cycles du profit roi, lequel ne se "civilise" (1) que contraint par les circonstances (dans l'après-guerre, par la chance que fut la "reconstruction" de ce qu'il avait contribué à détruire mais aussi par le rapport de force social et politique si défavorable pour lui, pour cause de collaboration de ses "élites" et de défaite du régime en qui celles-ci avaient mis leurs espoirs).

XIXe siècle ! Un temps où le patronat avait quartier libre pour écraser le monde du travail et où, en corollaire de classe, l'armée tirait, sans faire de quartier, sur les grévistes. Un temps qui est devenu l'eldorado à récupérer pour une police qui n'en finit pas d'exiger, dans l'absurde mimétisme des Nuits Debout occupant "illégalement" les rues, qu'on la militarise plus qu'elle n'est déjà pour mener à bien ses basses besognes dans les "quartiers" mais aussi contre les manifestant-es défendant les droits du travail... Voilà qui signe le défi que nous avons et que nous devons convaincre de partager autour de nous : rompre l'infernale circularité des temps que nous imposent le capital, son Etat et ses valets de gauche et de droite, et que l'extrême droite porterait à incandescence en détruisant le fil rouge qui nous unit aux artisans (hommes et femmes) courageux des grandes résistances ouvrières passées !  Que nous devons, sous peine de périr, garder ...présentes !

   

Abrogation de l'état d'urgence, abrogation de la loi travail c'est tout un et c'est le début de tout !


Dans ce sens ne manquez pas le rendez vous (politique mais aussi festif !), le 3 décembre, de l'AG Populaire Nuit Debout de Montpellier qui a tenu le haut du pavé contre la loi "travail" (comment, entre autres riches choses, oublier, lire ici, la réception préparée à un Valls persuadé qu'il pouvait venir parader dans une ville qui, à travers une bonne part de ses habitants, sortait, toute chaude encore, de la bagarre ?) : il s'agit d'analyser s'il y a disponibilité (ou pas) pour faire muter cette AG Populaire en la transformant en un outil de lutte adapté aux circonstances actuelles, celles d'une pause du mouvement social contre la loi "travail" et son monde (où l'état d'urgence et l'Etat policier occupent une place centrale), mouvement social dont nous sommes un certain nombre à penser qu'il pourrait bien rebondir ! Et dont il faudrait contribuer à ce qu'il trouve les ressources de ce rebond ! 
 
POINT DE VUE.
Le plaisir d'occuper la rue, de retrouver la continuité des mobilisations du printemps, la place importante qu'ont pris les jeunes dans cette manifestation, tout cela est vrai et nous a fait chaud au cœur...
Mais ce n'est pas dévaloriser cet événement que d'en voir les limites. Il en est une qu'il me paraît important de souligner. Important pour l'avenir de notre combat contre le monde de la loi Travail et son état d'urgence.
La tonalité générale des slogans et des pancartes se plaçait sur le terrain de la lutte anti-flics. Ce qui est tout à fait compréhensible dans la mesure où les exactions et l'impunité deviennent monnaie courante et qu'il faut les dénoncer et les combattre. Mais pour avoir des chances de combattre efficacement l'état d'urgence, il est absolument nécessaire de faire connaître à la population tous les dangers qu'il représente. Et là, c'était plutôt mince. La population qui a pu voir notre manifestation n'a pas appris grand chose sur cette infamie, ses dangers, son rôle réel.
Prendre conscience de ces carences doit nous aider à envisager notre combat sous un angle plus pédagogique et plus centré sur les graves atteintes aux libertés.
Nous n'arriverons à bout de l'état d'urgence que si nous parvenons à gagner le soutien de secteurs importants de la population.
C'est à mon avis dans ce sens-là que nous devons envisager nos prochaines initiatives.
Claude



Flic flac *

*Onomatopée. S'emploie pour transcrire le bruit répété d'un liquide, d'un objet flexible qui en frappe un autre (fouet, gifle, etc.).


(1) Guillemets de rigueur : voir, ci-dessous, le texte Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation


Suite de la correspondance photo de la manif...















L'opticien fétiche des flics ?




Clin d'oeil solidaire, camarade...


Photos NPA 34

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