jeudi 9 février 2017

Dans la rubrique "on se pose, on lit, on réfléchit..."


 Retour sur le fascisme pour qu'il ne fasse pas retour


 Dans cet article, Jairus Banaji revient sur les débats portant sur la caractérisation du fascisme. Il cherche à montrer – en se fondant notamment sur les travaux d’Arthur Rosenberg – que le fascisme ne saurait être réduit à un simple mouvement petit-bourgeois ou à une incarnation politique du capital financier, mais doit être conçu comme un véritable mouvement de masse.

[…] La thèse principale de Rosenberg est donc ici que « l’idéologie qu’on appelle aujourd’hui “fasciste” était déjà bien répandue à travers l’Europe avant la guerre », et exerçait une forte influence sur les masses. 

 
 Il poursuit, « cependant, à une exception près, ce qui manquait alors c’était la tactique singulière d’utiliser des sections d’assaut nazies, qui est caractéristique du fascisme moderne. La seule exception fut celle des Centuries noires de la Russie tsariste et leur façon de déclencher des pogroms ». « Aux yeux de la loi, les membres des sections d’assaut devraient être jugés et mis en prison. Mais en fait, rien de semblable ne leur est arrivé. Leur condamnation en justice est de la poudre aux yeux – soit la sentence n’a pas été appliquée, soit ils ont été graciés ». Ce qu’il faut en retenir, c’est que les sections d’assaut agissaient de connivence avec l’Etat, un thème sur lequel il revient de façon récurrente. Pour ce qui est des pogroms eux-mêmes, il soutient que « la rage des masses patriotiques doit être fabriquée ». C’est ce qui arriva lors des pogroms tsaristes en 1905.

Rosenberg considérait le fascisme italien comme une force de modernisation qui avait brisé le pouvoir des cliques du Sud pour ouvrir la voie au capitalisme industriel du Nord. En Italie, « le fascisme fut et resta le parti du Nord développé », écrasant la classe ouvrière mais brisant également la domination des cliques féodales arriérées du Centre et du Sud de l’Italie. « Mussolini fut le dirigeant de l’Italie moderne du Nord, avec sa bourgeoisie et son intelligentsia ». « La concentration des capitaux aux mains de l’Etat, au travers du soi-disant ’’système corporatiste’’, facilita le contrôle des groupes de capitalistes les plus efficaces. Furent systématiquement développées l’industrie lourde, les industries chimique, automobile, aéronautique et navale. Où trouve-t-on là l’esprit ’’petit-bourgeois’’ censé constituer l’essence du fascisme? ».

Dans le cas de l’Allemagne, c’est le poids même de la droite nationaliste qui est si impressionnant. C’est dans ce contexte-là qu’a émergé le nazisme, qu’il a survécu à sa fragmentation pendant les années de stabilité de 1924 à 1929, et retotalisé à la fois ses idéologies et une grande partie du passé allemand – le formidable poids du militarisme et l’antisémitisme latent mais largement répandu qui avait survécu pendant la période de Weimar.  

[…] Une partie importante de cet essai entreprend de discréditer la dite « théorie de la classe moyenne » du fascisme. Rosenberg était convaincu que le fascisme n’était pas un mouvement petit-bourgeois, pas plus que la base de la masse des partis fascistes n’était limitée à la petite bourgeoisie.

[…] Les nazis pouvaient attirer « tout un éventail de classes et d’intérêts », même si « c’est la classe moyenne qui était la plus attirée vers le parti ». C’est, en gros, la position de Rosenberg, puisqu’il fait sans cesse référence aux cols-blancs et aux fonctionnaires en tant qu’éléments déterminants de la base sociale des nazis, tout en refusant de caractériser ni le parti ni le mouvement en tant que parti (ou mouvement) de la classe moyenne.

[…] « La vaste majorité de la population en général ne réclamait pas à grands cris  de mesures antisémites, ni ne faisait pression pour les obtenir » ; cependant, ils permirent qu’un gouffre se crée entre la minorité juive (et bien sûr d’autres minorités, JB) et eux. Nous avons donc là un paradoxe, ou un paradoxe apparent que Browning, dans d’autres travaux, appelle une « réceptivité très large aux tueries de masse », ou bien, ce qui a été appelé, de façon moins dramatique, « le soutien public allemand au pouvoir nazi », y compris le fait que la connaissance des camps de concentration (déportation et exécutions de masse des juifs, etc..) était disponible et « largement répandue » ; il fallait rajouter à cela la distinction aiguë et évidente entre les éléments ouvertement nazis de la population et la population civile, le soi-disant « Mitlaüfer », qui pouvait montrer un dégoût répété devant des actes de brutalité et de violence, tout en acceptant les principes généraux de discrimination légale et d’exclusion sur des bases raciales, et entretenir des attitudes discriminatoires.   

[…] Le travail innovant de Bankier, qui s’attaque de front à la question de la docilité et montre par quelles voies complexes interagissent certaines formes passives et d’autres génocidaires du racisme, les livres de Claudia Koonz Les mères-patrie du IIIe Reich et La Conscience Nazie constituent tous deux des indicateurs importants de certaines possibilités pour les socialistes et la gauche marxiste de restructurer les termes du débat sur le fascisme, sans exagérer le degré d’intégration des travailleurs (par exemple) dans l’Etat fasciste, ni se voiler la face devant la question difficile concernant la forme et le degré de complicité de masses importantes de la population avec les crimes du régime ; nous choisissons ici d’y voir – un « consensus génocidaire », une « complicité passive » ou une « indifférence morale » ordinaire.

Le texte intégral est à retrouver sur le site de Contretemps en cliquant ici

Illustration par NPA 34

 A lire aussi

"La fonction historique de la prise du pouvoir par les fascistes consiste à modifier par la force et la violence les conditions de reproduction du capital en faveur des groupes décisifs du capitalisme monopoliste."

La victoire du fascisme traduit l’incapacité du mouvement ouvrier à résoudre la crise du capitalisme de la maturité conformément à ses propres intérêts et objectifs. En fait, une telle crise ne fait, en général, que donner au mouvement ouvrier une chance de s’imposer. Ce n’est que lorsqu’il a laissé échapper cette chance et que la classe est séduite, divisée et démoralisée, que le conflit peut conduire au triomphe du fascisme.

[…] La dictature fasciste […] défend non pas les intérêts historiques de la petite bourgeoisie, mais ceux du capital monopoliste. Une fois cette tendance réalisée, la base de masse active et consciente du fascisme se rétrécit nécessairement. La dictature fasciste tend elle-même à détruire et à réduire sa base de masse. Les bandes fascistes deviennent des appendices de la police. Dans sa phase de déclin, le fascisme se transforme à nouveau en une forme particulière de bonapartisme. Cliquer ici
 

 Hier le fascisme, aujourd'hui l'extrême droite populiste ?



[…]


 Pour accéder à l'intégralité de cet article ainsi qu'à la totalité du numéro de la revue Contretemps (septembre 2003), dont le dossier est consacré à l'extrême droite, cliquer ici

 Le FN, un parti néofasciste


 Il est commun, parmi certains spécialistes de l’extrême droite contemporaine comme Jean-Yves Camus ou Nicolas Lebourg (dont les travaux sont au demeurant très utiles), de moquer la prétendue naïveté de ceux qui assimilent ou, tout simplement, comparent le FN au fascisme ou au nazisme, en faisant dériver cette assimilation ou cette comparaison d’une forme de « paresse intellectuelle ». C’est pourtant le refus de comparer les dynamiques politiques et sociales à l’œuvre dans les sociétés européennes durant l’entre-deux-guerres et aujourd’hui qui incline à la paresse, en particulier parce qu’il suggère que l’extrême droite contemporaine n’a rien à voir avec le fascisme historique en raison de sa rupture revendiquée avec les formes les plus visibles et violentes d’apparition et d’enracinement du fascisme, d’ailleurs très variables selon les sociétés et les circonstances dans lesquelles s’imposèrent des mouvements et des dictatures d’extrême droite (de l’Allemagne nazie au Portugal de Salazar, de l’Italie mussolinienne au régime de Vichy, etc.). […]
 
Contre les demi-habiles qui refusent toute comparaison entre l’actuelle montée du FN et le fascisme historique, la catégorisation comme « postfascisme » du FN, proposée par l’historien Enzo Traverso, a au moins le mérite de ne pas effacer ce lien, donc d’autoriser la continuité d’une réflexion stratégique. Elle a néanmoins le défaut d’être purement chronologique (le « postfascisme » c’est l’extrême droite après le fascisme), même si Traverso a tenté de lui donner un contenu politique en invoquant notamment l’importance prise par l’islamophobie pour l’essentiel de l’extrême droite en Europe – point sur lequel on ne peut qu’être d’accord. Préférer parler de néofascisme à propos du FN, ce n’est pas s’en remettre à une catégorie morale visant simplement à délégitimer le FN, c’est adopter une catégorie politique insistant sur la continuité du projet fasciste malgré le changement, relatif, des formes et des moyens (le faible recours à la violence de rue en particulier).

Étant donné les éléments présentés plus haut, il n’y a aucune raison de penser que le FN a rompu avec le projet historique de l’extrême droite française : une régénération de la nation et de son unité, fondé sur la volonté d’une mise au pas, sinon d’une soustraction violente, de tous les éléments considérés comme allogènes ou sources de divisions (migrant•e•s, descendant•e•s de colonisé•e•s, musulman•e•s, homosexuel•le•s, militant•e•s internationalistes, syndicalistes, etc.). Cliquer ici

 Nouveautés et invariants du FN
 
Dans “Le ‘nouveau’ Front national en questions”, Alexandre Dézé, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Montpellier et Sciences Po Paris, démontre que contrairement aux stéréotypes, les invariants du FN à la papa l’emportent sur les nouveautés.

[…] Le FN est-il devenu un parti comme les autres ? Le lifting réalisé par Marine Le Pen a-t-il vraiment changé sa face ? La réponse est encore une fois négative selon Alexandre Dézé, qui démontre en comparant la stratégie, le programme et les soutiens du FN avant et après l’accession à sa présidence de Marine Le Pen, qu’“il existe bien plus d’invariants entre le FN mariniste et le FN lepéniste que de nouveautés”. La dédiabolisation ? L’histoire du FN est celle d’une entreprise de dédiabolisation éternellement renouvelée. Rien d’inédit donc dans les mains tendues du FN à la droite, ou encore dans les micro-partis périphériques censés accueillir de nouveaux adhérents en présentant un visage respectable.
Au niveau du programme, le FN repose toujours sur ses fondamentaux : critique anti-système, préférence nationale, défense de la nation, rejet de l’Union européenne, sortie de la zone euro, rejet de l’immigration et des immigrés, désignés comme étant la cause du chômage et de l’insécurité. La réorientation antilibérale du FN date de 1992, le discours social de Marine Le Pen fait donc office de continuité. Cliquer ici



 Quoi qu’en dise sa présidente, le Front National n’a jamais cessé d’être raciste et xénophobe, à en juger par l’opinion de ses adhérents et sympathisants. C’est ce que montre le sondage annuel effectué pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Cliquer ici

 De la nécessité de rompre avec l'antifascisme ...électoraliste !


Malgré les divergences d'analyses, parfois profondes, sur les résultats de ces élections, il y a quasi consensus sur l'idée qu'il vient de s'opérer un tournant politique en France. Le point d'irradiation de cette vague consensuelle est bien entendu le score du Front National qui confirme sa capacité à stabiliser à un niveau élevé ses résultats électoraux et même à enclencher sur ce socle une dynamique de progression importante. Qu'on en juge : obtenant nationalement, au premier tour, plus de 6 millions de voix, il parvient à progresser de 800 000 voix au second tour (+ 400 000 voix par rapport à la présidentielle de 2012). Son échec à obtenir la majorité dans une région, à relativiser par l'obtention de 358 conseillers régionaux, a provoqué un soulagement qui mérite pourtant d'être scandé sur le mode du "ce n'est que partie remise". Il n'est pas politiquement inadmissible, à cet égard, de dire que, sur ce point, Marine Le Pen a raison.

Outre en effet le résultat en voix que les pourcentages n'autorisent pas, au demeurant, à minimiser, il faut être conscients qu'à ces élections, le FN s'est affirmé comme le premier parti de France et qu'il aura fallu, et c'est un point sur lequel il faut s'attarder car il donne le sens profond de l'évènement, un front uni droite-gauche pour l'empêcher d'empocher les dividendes politiques de sa percée, à savoir des présidences de région. […]

L'onde de choc frontiste aura été telle qu'il aura fallu que se mettent en mouvement deux logiques politiques, l'une, en continuité institutionnelle, l'autre de réinvestissement institutionnel, pour que le FN échoue sur son propre investissement des institutions à la hauteur de ses visées, à savoir la majorité dans quelques régions : ces deux logiques sont, d'une part, celle, certes hémiplégique côté droit, de "l'unité républicaine", l'autre la forte poussée de participation (+ 10 points) au second tour.

Le fascisme est aux portes...


Concernant la première modalité de réponse institutionnelle, elle s'est traduite par le "geste" du PS consistant à se retirer des régions où la droite était en tête au premier tour sans qu'il soit payé de retour ailleurs par le désistement d'une droite accrochée, non sans quelques voix discordantes, au sarkozyste "ni retrait-ni fusion". Quant à la seconde, elle aura été ce que d'aucuns qualifient de sursaut républicain ou encore citoyen, par lequel se sont mobilisés des abstentionnistes du premier tour sensibles à l'appel du PS, de la droite mais aussi de certains secteurs de la "gauche radicale", à neutraliser le risque que le FN ne s'empare de certaines régions. […]
 
A partir de là étonnons-nous que François Hollande soit allé oecuméniquement célébrer, ce jour, avec Xavier Bertrand "l'esprit de concorde nationale" qu'aurait inauguré, lors du premier conflit mondial, la fraternisation entre soldats ennemis ! Le Figaro en frétille d'aise en rappelant les propos de Bertrand sur la nécessité de «sortir du climat de guerre civile entre politiques» ! Le tout alors que Valls et Raffarin s'affichent "prêts à collaborer sur «un pacte républicain» contre (sic) le chômage" (la photo de Raffarin levant le poing - en réalité il soulève sa veste - aux côtés de Valls pourrait à elle seule être le condensé de ce programme ...commun esquissé !). Ajoutons, pour terminer sur ce point, l'appel du premier secrétaire socialiste à créer une "Alliance populaire" concrétisant ce que l'élection régionale a, selon lui, mis en marche et l'on comprendra que le barrage contre le FN aura été, avant tout, une vaste manoeuvre d'instrumentalisation par le PS de l'épouvantail frontiste permettant une seconde instrumentalisation, celle de "la gauche de la gauche" qui, à quelques rares exceptions, aura foncé dans le panneau du "tout sauf le FN" ! Un panneau où le message subliminal s'expose désormais ouvertement : celui d'une collaboration de classe renforcée contre le FN, contre le terrorisme et "pour les (contre)réformes économiques et sociales" dont "Bertrand/Macron" sont les duettistes emblématiques ! […]

Il n'y a pas dans ces lignes la prétention d'avoir totalement cerné une problématique politique complexe pour avoir été, en grande partie, complexifiée, opacifiée par ceux qui, discrédités politiquement, parviennent à se saisir de ce que la Ve République recèle comme bases de manoeuvres pour faire de faiblesse force : en jetant par-dessus bord, pour la gauche de gouvernement, ses derniers marqueurs de gauche et ainsi en décrochant encore plus des couches populaires par l'agression qu'elle leur fait subir. Quitte à faire monter "l'ennemi absolu" ! Absolu ? Le voeu de l'auteur de ces réflexions serait que soit mesuré que le FN participe, mi-volontairement, mi-involontairement, du jeu de simulacre par lequel la caste politicienne créé son unité gauche-droite; qu'à cet effet il est surinvesti comme parti "fasciste" et donc comme totalement étranger à "l'arc républicain" alors que ledit arc est, lui-même, largement contaminé, non par ce supposé fascisme, mais par une idéologie d'extrême droite radicale. On peut combattre résolument la proposition de Marion Maréchal-Le Pen de couper les vivres du Planning Familial, s'élever contre les provocations "préfascistes" de "la garde biterroise" de Ménard, s'organiser pour défendre les migrants des agressions fascistes sans en conclure que la politique du FN est celle de la construction de milices antiouvrières, dans un contexte, au demeurant, on l'a déjà évoqué, où, rendant vaine la fonctionnalité de réponses fascistes, le mouvement ouvrier et le mouvement social s'illustrent, pour l'un, par son atonie et, pour l'autre, par sa difficulté à retrouver une masse critique de convergence des luttes. 

Ce que ces élections montrent c'est avant tout que le FN, malgré la présence en son sein, et autour de lui, d'éléments proprement fascistes pouvant prendre de l'ampleur suite à un succès électoral, sert avant tout à droitiser la gauche et la droite sur ses thèmes sécuritaires (état d'urgence avec le développement de la justice administrative au détriment de celle des juges, renforcement des réponses policières, fichages, transformation de l'espace public en zones de non-droit, adhésion à une laïcité identitaire et islamophobe, violences contre les migrants, possibilité de décréter des déchéances de nationalité, etc.). Cette politique en fait "sécuritariste" devient l'outil essentiel de pacification nécessaire à l'imposition des mesures antisociales telles que préconisées par le Medef et l'UE et appliquées avec zèle par le PS et LR : le plus incroyable dans la mobilisation anti-FN du second tour est qu'elle a reposé sur le double "oubli" de la question sociale et de l'extrême droitisation lepénisante de la proclamation de l'état d'urgence avec son cortège d'abus policiers (perquisitions violentes, assignations à résidence hors rapport à la lutte dite antiterroriste...). Il est désastreux de constater que ce double oubli par focalisation terrorisée sur un supposé danger fasciste, impuissant à entraver, à moyen ou même à court terme, la montée du FN, légitime la logique sécuritaire que les partis républicains bénéficiant du vote antiFN empruntent pourtant largement à ce parti 

On comprendra aisément, que, dans la logique de ce qui vient d'être énoncé, en particulier en corollaire du refus de considérer le FN comme un parti à proprement parler fasciste, l'idée même que le PS puisse être "de gauche" nous apparaît une erreur majeure. Sans que l'on puisse dater précisément (cela mérite un travail d'explication autrement approfondi que celui-ci) le saut qualitatif par lequel il est devenu un parti bourgeois, capitaliste, de droite, on peut affirmer qu'il y a, dans la survivance du cliché du "PS un parti de gauche", un facteur politique essentiel de la crise de "la gauche". C'est en effet par l'incapacité à rompre avec le vieux schéma de "l'unité ouvrière contre le fascisme", que la majorité de la gauche radicale (essentiellement le Front de gauche) est devenue, par sa fusion sous hégémonie socialiste de second tour, un couteau sans lame et qu'elle vient d'être phagocytée par le jeu politicien de la droite : le PS et Les Républicains ! Pour le plus grand profit de socialistes parvenant à griller sur leur gauche les résidus d'une opposition anticapitaliste/antlibérale et à piéger une droite grignotée par le FN. Mais avec le dernier paradoxe que cette entrée de la droite sur orbite du PS, quoique non promise nécessairement à aboutir, devient en même temps le signe de la captation capitaliste définitive du PS. Ce qui a pour conséquence que la dénonciation de l'UMPS chère au FN gagne en crédibilité.

Il reste aux forces organisées sur la gauche du PS, aux militant-es assumant de continuer le combat pour un autre monde 1/ à trouver les ressorts pour se positionner, à contre-courant, contre l'inscription des partis d'alternative dans le jeu instrumental par lequel les Hollande-Valls-Cambadélis empruntent au FN nombre de ses préconisations politiques tout en le privant d'une alliance à vocation majoritaire avec de larges fractions de la droite, et 2/ à repartir donc de zéro dans la démystification de ce qu'un antifascisme mal compris permet comme neutralisation de l'alternative anticapitaliste ainsi que dans l'effort renouvelé d'organisation de la lutte radicale contre le système où le combat contre le FN n'est pas dissociable du rejet des consensus propatronaux (qu'ils se parent de leurs atours de gauche, républicains, voire citoyens, démocrates...). Le tout en développant des réponses politiques en direction des abstentionnistes commençant par reconnaître qu'ils participent, à part entière, d'une prise de distance à conserver contre vents et marées vis-à-vis des chiens de garde du système d'exploitation et d'oppression. Une distance à transformer en mode d'action ouvertement contestataire pour qu'ils ne soient pas non plus instrumentalisés comme on l'a vu dans ce second tour..

Sans oublier que ces réponses passent incontournablement par la (re)construction d'un mouvement social-écologique s'instituant lui-même en porteur de propositions politiques et en défricheur d'un horizon d'émancipation par la rupture avec un existant dévastateur des rapports humains et du rapport humain à la nature !

Antoine