mercredi 22 février 2017

Pour débattre...De Malcolm X aux Indigènes de la République...


 « Nous avons besoin de l’histoire.....mais nous en avons besoin autrement que n’en a besoin l’oisif blasé dans le jardin du savoir. »*

[En 1964] Malcolm X connaît une révélation spirituelle. En avril, de retour aux États-Unis après son voyage à La Mecque, la ville sainte, après avoir accompli le hadj, il déclare s’être converti à l’islam sunnite orthodoxe. Rejetant tout lien avec la Nation et avec son dirigeant, Elijah Muhammad, il annonce son opposition à toute forme de bigoterie. Il se montre désormais disposé à coopérer avec le mouvement des droits civiques et à travailler avec tous les Blancs qui soutiennent sincèrement les Noirs américains. 

Cependant, en dépit de ces proclamations, il continue à faire des déclarations controversées en appelant les Noirs à créer des clubs de tir pour protéger leurs familles contre les racistes et en condamnant les deux candidats à l’élection présidentielle, le démocrate Lyndon B. Johnson et le républicain Barry Goldwater, qui ne constituent pas, d’après lui, un véritable choix pour les Noirs. Cliquer ici

 * Nietzsche, De l’utilité et de l’inconvénient de l’histoire, cité par Daniel Bensaïd dans Walter Benjamin, thèses sur le concept d’histoire


La "réinvention" décisive ...
Extrait de Malcolm X : une vie de réinventions (1925-1965)

 Note : le SWP fut, jusque dans les années 80, la section étatsunienne de la
Quatrième Internationale (Secrétariat Unifié).






















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 Malcolm X, Fanon, Cabral, Lumumba, le Che, Giap...

 Fanon dit en substance : « Je ne veux pas être esclave, pas même de l’esclavage, je ne suis pas prisonnier de ma généalogie. » – il développe une conception de la négritude différente de celle de Senghor, inscrite dans un horizon d’universalité. Malcom X est passé d’un vrai communautarisme religieux et racial à une ouverture internationaliste qui lui a d’ailleurs coûté la vie. Tout cela s’explique par le contexte. À cette époque, les voix du tiers-monde, c’étaient Amilcar Cabral, Lumumba, le Che, Giap, et pas le Mollah Omar. (Quand l’histoire nous désenchante. Entretien avec Daniel Bensaïd, Revue Mouvements, 2006/2, n°44)

1er décembre 1955 : Rosa Parks

Malcolm X (et Memmi) pour répondre à la question "Y a-t-il un « racisme anti-blanc » ?" chez les Indigènes de la République (MIR), devenu en 2010 le Parti des Indigènes de la République (PIR)

Extrait de "Y a-t-il un « racisme anti-blanc » ?" (Oppression raciste et « racisme » des opprimés : une différence de nature), 10 mars 2006, Les Mots sont importants.net

Le mouvement d’émancipation des Noirs aux Etats-Unis a été et demeure traversé par un racisme anti-Blanc, il n’en demeure pas moins un mouvement d’émancipation. On peut considérer qu’une telle idéologie ne peut conduire à terme qu’à une impasse du point de vue des objectifs de libération du peuple noir et, plus généralement, du point de vue des idéaux égalitaires ; pour autant, peut-on appréhender ce racisme dans l’absolu, indépendamment du contexte historique précis de son émergence ? Ne faut-il pas plutôt en comprendre les ressorts et pointer les contradictions ? « Toute thèse affirmant la supériorité d’une race est condamnable » écrit Claude Julien mais, ajoute-t-il aussitôt, « elle obtient le prodigieux résultat de rendre aux Black Muslims la fierté et la dignité humaines que le racisme des Blancs leur refuse » :

« En exaltant la négritude, les Black Muslims libèrent le Noir de la honte et du sentiment d’infériorité qui lui ont été imposés par des siècles d’esclavage, de mépris, d’injustices. » 

Mis en perspective historique, contextualisé, ce « racisme édenté » a été en même temps que réactionnaire du point de vue des valeurs d’égalité, un moment progressiste de la lutte pour l’égalité des Noirs et des Blancs aux Etats-Unis. Dans le même esprit, Albert Memmi écrivait : 

« Le racisme du colonisé n’est en somme ni biologique ni métaphysique, mais social et historique. Il n’est pas basé sur la croyance à l’infériorité du groupe détesté, mais sur la conviction, et dans une grande mesure sur un constat, qu’il est définitivement agresseur et nuisible. Plus encore, si le racisme européen moderne déteste et méprise plus qu’il ne craint, celui du colonisé craint et continue d’admirer. Bref, ce n’est pas un racisme d’agression, mais de défense. (...) C’est pourquoi on peut soutenir cette apparente énormité : si la xénophobie et le racisme du colonisé contiennent, assurément, un immense ressentiment et une évidente négativité, ils peuvent être le prélude d’un mouvement positif : la reprise en main du colonisé par lui-même. » 

Redire Memmi, aujourd’hui, dans un contexte idéologique marqué par l’hégémonie de l’antiracisme abstrait, conduit au pilori, une plaque d’infamie clouée au front : « Coupable de hiérarchiser les racismes » ! Bien plutôt, il s’agit, pour nous, de ne pas confondre dans une même « haine de l’autre » des phénomènes différents, de saisir leurs dynamiques historiques et les paradoxes des luttes des dominés, dominés également par les valeurs des dominants qu’ils combattent. 

Son rejet du racisme, Malcolm l’attribue à son pèlerinage à la Mecque et à ses voyages en Afrique durant les mois qui suivent sa rupture avec les Black Muslim. Durant ces voyages, explique-t-il, il a pu rencontrer de nombreux blancs, blonds, aux yeux bleus complètement dénués de racisme anti-Noir ; il a pu voir, en Algérie et au Maroc, d’autres blancs, eux-mêmes traités en Noirs, et qui avaient été violemment colonisés ; il a pu surtout constater que d’autres peuples étaient en lutte contre l’Amérique qui dominait le monde comme elle dominait les Noirs en son propre sein : 

« Auparavant, j’ai permis que l’on se servît de moi pour condamner en bloc tous les Blancs, et ces généralisations ont injustement blessé certains d’entre eux. (...) je me refuse dorénavant à condamner en bloc toute une race (...). Je ne suis pas raciste et je ne souscris à aucun des dogmes du racisme. »
 
Il ne cessera de le répéter par la suite, tout en continuant à parler de « l’homme blanc » : 

« Tous nous avons subi, dans ce pays, l’oppression politique imposée par l’homme blanc, l’exploitation économique imposée par l’homme blanc et la dégradation sociale imposée par l’homme blanc. Lorsque nous nous exprimons ainsi, cela ne veut pas dire que nous sommes anti-Blancs, mais que nous sommes opposés à l’exploitation, opposés à la dégradation, opposés à l’oppression. Et si l’homme blanc ne veut pas que nous soyons ses ennemis, qu’il cesse de nous opprimer, de nous exploiter, de nous dégrader. » 

Malcolm X met en cause le système ségrégationniste mais, sans faire du Blanc un coupable éternel. Il souligne sa participation à ce système car, dans les conditions de l’Amérique, seule une petite minorité des Blancs parvient elle-même à se détacher du racisme anti-Noir. 
 

Les indigènes sont opprimés en tant qu’Arabes ou que Noirs dans une société qui privilégie les Blancs, comment pourraient-ils lire la réalité de cette société à travers une autre grille que la grille ethnique ou raciale ? « C’est habituellement le raciste blanc qui a créé le raciste noir. » Il ne s’agit certes pas de « refaire à rebours le chemin de Malcolm X », comme le craint Daniel Bensaïd, mais de ne pas rejeter indistinctement ceux qui commencent là où il a commencé.

Supprimer le postcolonialisme, c’est reconnaître, pour les supprimer, les frontières qui clivent une société basée sur les discriminations ethniques. Ce combat se mène dans la durée mais sans céder à la tentation ultimatiste (poser la fin comme précondition), sans craindre les situations paradoxales, il constitue dès l’abord un axe majeur. (L'intégralité de l'article)

Note : L'auteur de ces lignes, Sadri Khiari, a été membre de l'opposition tunisienne depuis la fin des années 1970, lorsqu'il rejoignit la section tunisienne de la Quatrième Internationale, qu'il a dirigée jusqu'à sa disparition au milieu des années 1990. Il a été membre fondateur du Conseil national pour les libertés en Tunisie et de RAID Attac Tunisie. Installé en France, il a été également membre fondateur du Mouvement des Indigènes de la République (MIR), devenu le PIR dont il est l'un des dirigeants (voir la note Wikipedia qui lui est consacrée).

On trouvera plusieurs de ses écrits sur le site de Contretemps : cliquer ici

Daniel Bensaïd et les Indigènes de la République

Sur l’appel des Indigènes, ce n’est pas l’idée d’un mouvement autonome qui me gêne, même si j’ai un doute sur le contenu et le sens de cette autonomie et sur les critères de sa délimitation. Je ne crois guère à un même mouvement regroupant les sans-papiers chinois, les étudiants mauritaniens et d’autres. Je crois plutôt qu’on va retrouver des organisations spécifiques, et l’idée de regrouper tout cela dans un même creuset me paraît une construction intellectuelle. Je ne suis pas du tout hostile à la revendication de populations provenant de pays qui ont été colonisés, et qui sont toujours en butte à la discrimination imprégnée de l’héritage colonial. La question est de savoir comment traiter le problème. Analyser cela à travers la grille du portrait du colonisé d’autrefois, comme le font certains textes annexes à l’appel, c’est passer à côté de la situation spécifique de populations immigrées qui portent sur elles ce stigmate colonial, mais sont ici pour y vivre de façon non temporaire et sont confrontées aux contradictions de cette société. La référence au schéma colonial me parait de ce point de vue passer à côté de l’originalité des situations actuelles dans le contexte de la mondialisation libérale. Plus en cliquant ici 

La boussole d'une "politique de l'opprimé"

"L’un des principaux défis pour la gauche radicale devrait au contraire consister à imaginer, et surtout à renforcer activement, une « politique de l’opprimé ». Daniel Bensaïd entendait par là une pratique politique autonome des subalternes, de tous ceux et toutes celles qui se trouvent structurellement exclu·e·s du champ politique, de l’État au sens politique, en somme une capacité d’action collective irréductible à la politique d’État ou à une politique visant la conquête du pouvoir d’État." (Ugo Palheta, Vers l’autoritarisme ? Crise de la démocratie libérale et politique d’émancipation)


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