vendredi 3 février 2017

Quand LO tombe dans l'eau de ... l'anti-anti-islamophobie, c'est la lutte ouvrière qu'elle noie !


 « Le racisme n’ose plus sortir sans fards. Il se conteste. Le raciste dans un nombre de plus en plus grand de circonstances se cache » (Fanon) ... et réapparaît au grand jour sous le maquillage de l'islamophobe !
 [Lire ci-dessous notre dossier sur le racisme islamophobe]

 Le 15 janvier 2017, Lutte Ouvrière (LO) mettait en ligne sur son site 1 un article (non signé) intitulé « Le piège de la "lutte contre l’islamophobie" », extrait de la dernière livraison de la revue mensuelle Lutte de Classe. Celles et ceux qui ont suivi les prises de position et les analyses de LO concernant les « débats sur l’Islam », qui agitent régulièrement le champ politique français depuis une quinzaine d’années, n’ont pas été surpris du fond de l’argumentation. Mais le moins que l’on puisse dire est que les arguments avancés et la forme prise par le raisonnement de LO, sans même parler des attaques contre divers individus et organisations, méritent que l’on s’y arrête… et que l’on y réponde. 

Lutter contre la lutte contre l’islamophobie

Nous connaissons la précision et la rigueur de LO, et ne pouvons manquer de remarquer que l’utilisation des guillemets, dans le titre même de l’article, n’est pas anodine : « Le piège de la "lutte contre l’islamophobie" ». Le problème n’est donc pas le terme « islamophobie », dont LO a régulièrement contesté la pertinence, mais la « lutte contre l’islamophobie » elle-même. Ce que confirme l’article en lui-même, dont la cible n’est pas celles et ceux qui défendent l’emploi du terme« islamophobie » mais celles et ceux qui entendent lutter contre les violences et discriminations islamophobes.

C’est en effet une nouveauté : même si LO continue à qualifier d’ « ambigu » le terme « islamophobie », nous n’en sommes plus aux formulations lapidaires de 20102, lorsque l’on pouvait lire que « le plus souvent il s'agit de sous-entendre par islamophobie un rejet de tous ceux qui partagent la foi musulmane, ce qui est une ânerie, non seulement quand il vise l'attitude des communistes révolutionnaires, mais même en ce qui concerne l'attitude de l'impérialisme français et des hommes qui le servent au plus haut niveau ». LO reconnaît en effet désormais l’existence de discriminations contre les Musulman-e-s, et reprend même à son compte la formule « oppression spécifique » : « Une partie de la classe politique française actuelle rejette et discrimine les musulmans, en tout cas les pauvres, ceux des cités et des usines, car elle ne rejette certainement pas les milliardaires des théocraties du Golfe. Et il est compréhensible que nombre de jeunes se sentent victimes d’une oppression spécifique, qui existe bel et bien. » Lire la suite

A lire aussi

"Si les formes du racisme évoluent, le fond, lui, demeure. Plus encore : c’est même parce que l’aspect du problème évolue que le problème peut se perpétuer."

 Si l’œuvre de Frantz Fanon (1925-1961) est incontournable pour penser l’islamophobie contemporaine, dans le contexte français en particulier, c’est parce qu’il a mieux que d’autres compris les évolutions historiques de son temps, qui se reflètent aujourd’hui dans le nôtre. S’il n’utilise jamais le terme «  islamophobie », réapparu dans l’actualité dans les années 2000 après un siècle d’éclipse, Frantz Fanon – qui fut médecin, psychiatre, essayiste, militant anticolonialiste – en avait parfaitement compris les logiques de fond. C’est ce que l’on propose d’étudier dans ce texte. 

[…] Ainsi se poursuit le processus d’encodage de la race déjà identifié par Fanon : l’« islam » tel que l’envisagent, le définissent et l’investissent les dominants fonctionne comme un code permettant de maintenir et de réaffirmer la ligne de démarcation entre les Blancs et les non-Blancs. Rompant avec le « racisme vulgaire » d’antan, ce racisme à référent « religieux », apparemment plus distingué, se donne un aspect plus « acceptable ». À la formule « les bougnoules à la mer ! », on préfère dorénavant des expressions apparemment plus tolérables : « Les musulmans doivent respecter les règles républicaines ! ».
Les mécanismes d’encodage et d’euphémisation du racisme s’accompagnent, comme l’avait très bien perçu Fanon, par des dispositifs de dénégation. On ajoutera alors quelques formules rituelles (« Je ne suis pas raciste, je suis laïque ! »). Mais, comme le soulignait à nouveau Fanon, ce n’est pas le problème du racisme qui a disparu, mais simplement l’« aspect du problème » : qu’on « biologise » la race ou qu’on l’« islamise », le processus d’infériorisation – et le déni de l’égalité qui l’accompagne – demeure. 

Comme à l’époque de Fanon, l’islam est ainsi instrumentalisé par les secteurs dominants de la société française. Cet islam imaginaire, construit par et pour les privilégiés et imposé aux millions de personnes qui sont estampillées comme « musulmanes » sans qu’on ne leur demande jamais leur avis, permet aux premiers de maintenir les seconds dans une situation de perpétuelle domination et de dépendance (et d’agiter sous les yeux des racisé.e.s les menaces funestes qui, d’après Fanon, « existent en horizon » dans toute société raciste). Cliquer ici 

"Ma vie à l'école, c'était ma vie sociale... Je n'étais plus rien. J'étais une exclue... Et là j'ai pensé qu'on m'avait cassé mon avenir." 
"Je me demande comment on peut s'émanciper si on ne passe pas par l'école"
 
 
Sorti en France à la fin de l'année 2004, ce film documentaire - mis en ligne par son réalisateur et son producteur - offre une occasion de mettre en perspective historique (courte) et sociologique les questions et problèmes que font régulièrement naître les manifestations publiques ou visibles de la foi et des sentiments religieux musulmans

Engagé, mais ni provocateur ni polémique, le propos de Jérôme Host nous invite à la réflexion et au débat critique argumenté, antidotes aux cris, anathèmes et amalgames, qui encombrent aujourd'hui le débat suscité par la décision prise par le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d'admettre la candidature d'Ilham Moussaïd, militante anticapitaliste, écologiste, internationaliste, antiraciste, féministe, laïque et voilée, sur sa liste pour les élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Un racisme à peine voilé est sorti en salles quelques mois après l'adoption par la majorité (UMP) de l'époque et le renfort d'une très large partie de l'opposition de la loi du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. 
 

 


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La construction médiatique de l'islamophobie

"Lisez le début du livre de Claude Askilovitch, Nos mal-aimés : il raconte comment il a quitté magazine Le Point de Franz-Olivier Giesbert, après avoir refusé de raconter n’importe quoi quand qu’il fut chargé « de préparer une cover (ces longs articles qui illustrent la couverture et déterminent les ventes d’un journal) au thème imposé, ‘l’islam sans gêne’ (ou ‘le culot des islamistes’, c’était l’alternative) ». Il découvre  alors, en enquêtant, une réalité « plus riche », mais elle ne correspond pas à  la « ligne du journal » qui, finalement, fait sa cover sur « l’islam sans gêne » sans lui. Voilà comment se construit, depuis longtemps (il faut le souligner), une actualité post-fact, où la majeure partie de la réalité sociale est niée. Mais cette construction produit, au bout du compte, un effet de croyance où des stéréotypes, sans cesse ressassés, deviennent des dogmes… et la laïcité devient une religion civile où l’adhésion à ces « dogmes » est « obligatoire » (cf. Jean-Jacques Rousseau)." Tiré de Laïcité: l’échec de Valls est d’abord le sien (Jean Baubérot)

 
Alors que le Conseil constitutionnel doit se prononcer, mardi 24 janvier, sur les contrôles d’identité, le Défenseur des droits publie, vendredi, une enquête qui confirme que cette pratique policière vise surtout des jeunes hommes issus des minorités visibles, accréditant l’idée de contrôles « au faciès ». D’après le travail mené par le Défenseur des droits début 2016 auprès d’un échantillon représentatif de plus de 5 000 personnes – une première à l’échelle nationale –, « 80 % des personnes correspondant au profil de jeune homme perçu comme noir ou arabe déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années (contre 16 % pour le reste des enquêtés) ». Ces profils ont donc « vingt fois plus » de probabilités d’être contrôlés. Cliquer ici


 Réponse du Bondy Blog aux accusations de Gilles Kepel

"Burkini". Mélenchon ou la France soumise à la vision islamophobe des choses...
 
 NPA 34, NPA