vendredi 31 mars 2017

"La Guyane, c'est la France" (Mélenchon) ? Oui, mais...


 ... coloniale !

 Entretien. Fabien Canavy est secrétaire adjoint du MDES (Mouvement pour la décolonisation et l’émancipation sociale). Avec lui, nous revenons sur la mobilisation qui secoue la Guyane depuis quelques jours. 

Quelle est ton appréciation du mouvement actuel ? 

C’est un mouvement qui touche toute la Guyane. Il est parti d’une revendication sur l’insécurité qui est pour nous une conséquence de la façon dont notre pays est traité depuis des centaines d’années. C’est le résultat d’une situation coloniale où l’on ne met pas de développement, où l’on ne met pas de l’éducation et qui conduit au chômage de masse et à toutes sortes de déviances : insécurité, trafic de drogue, alcool, suicide (notamment chez les jeunes autochtones).

On assiste aujourd’hui à un mouvement de grande ampleur qui s’interroge sur les causes. Par exemple, ce barrage sur le rectorat, pour l’éducation, pour des constructions scolaires (il faut construire 5 lycées, 10 collèges et 500 places en primaire d’ici à 2020), pour des programmes liés aux réalités de la Guyane, pour plus d’enseignants, des classes avec moins d’effectifs, un enseignement de qualité, et des enseignements en langues maternelles (il y a au moins 6 nations autochtones en Guyane, 4 groupes Bushinengé [descendants d’esclaves qui ont marronné], etc.) qui touche toutes les composantes de la société. Cliquer ici

Mais attention au ver qui est dans le beau fruit de la révolte
 
 



[…] De l’ensemble de cette misère spécifique à ce territoire grand comme la région Aquitaine et des luttes qui y sont liées, il en est très peu question sur les ondes et sur les manchettes des journaux hexagonaux. Même attitude au niveau institutionnel. Les informations, les négociations transitent désormais et ostensiblement par des hérauts modernes, au nom et au look marketing. Les 500 frères. Né après le meurtre d’un habitant d’un quartier populaire de Cayenne en février 2017, ce « collectif contre l’insécurité » dit s’emparer des questions économiques et sociales, le chômage, la déscolarisation, etc., et tient ses distances avec les 37 syndicats composant l’Union des travailleurs guyanais (UTG), jugée pas assez dure. Ses actions se veulent musclées et ses revendications visent davantage à renforcer les moyens policiers et judiciaires : éradication des squats, construction d’une deuxième prison, maintien d’un escadron de gendarmes mobiles affecté en renfort, renvoi dans leur pays d’origine des détenus étrangers pour y purger leur peine, soit plus de 50 % des détenus. Les 500 frères dénoncent une immigration non contrôlée. Mickaël Mancée, un des porte-parole, assume la radicalité du collectif en la matière : « Un voleur mort, c’est un voleur qui ne vole plus », en sous-entendant que la majorité des voleurs sont des étrangers. Il se dit prêt à mobiliser ses « frères » s’il n’aboutit pas : « Aujourd’hui, on dialogue. On fait tout pour empêcher une guerre civile. On est tous pères de famille, on n’en a pas envie… Mais si les voyous veulent la guerre, on la fera. » 

Cagoulés et vêtus de noir des pieds à la tête, ces hommes – il n’y a pas de femmes – aujourd’hui soutenus par la population, disent remettre en cause l’abandon des pouvoirs publics. Parmi eux, on compte des artisans, pêcheurs, ouvriers, chefs d’entreprise, d’anciens militaires… âgés de 25 à 55 ans. Leur nom viendrait du film « 300 », un péplum américain sorti en 2007 qui sublime la vaillance et la beauté de 300 soldats spartiates face à l’armée perse, représentée comme barbare et décadente. Même si 100 serait le nombre des membres du collectif, soit un Guyanais sur 3 000, le lien entre le groupuscule et la fiction ainsi que la bande dessinée dont elle est issue, est certainement incarnée par l’idéologie véhiculée : un penchant pour l’ordre et la lutte contre la barbarie, personnifiée par l’Autre. Cliquer ici

 Dernières infos et analyses


Moins d’une demi-heure après le début de la rencontre avec les ministres de l’Intérieur et des Outre-mer, le collectif de grévistes guyanais est sorti de la préfecture de Cayenne en déclarant que «ça ne pouvait pas se passer comme ça». 

La rencontre avait démarré ce jeudi dans une ambiance électrique, avec 1h30 de retard. Finalement, les négociations entre le collectif de grévistes guyanais et le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl et la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts pour sortir la Guyane de plus de dix jours de conflit social, se sont arrêtées net. «Ça ne pouvait pas se passer comme ça pour des questions de transparence», a déclaré un des négociateurs guyanais, le représentant du Medef local, Stéphane Lambert. Déterminés à obtenir les moyens de faire enfin «décoller» le territoire après le succès des manifestations des derniers jours, la vingtaine de négociateurs issus de la société civile guyanaise sont sortis de la préfecture, où les discussions se tenaient, moins d’une demi-heure à peine après y être entrés. Cliquer ici

La Guyane après les grandes manifestations du mardi 28 mars
 




Quelle position défend le NPA ? 

Le NPA a toujours considéré que c’était aux populations de ces dernières colonies de former leurs organisations, leurs exigences face à l’État français. 

Nous sommes partie prenante des actions de solidarité avec les mouvements anticolonialistes. Pour notre part, nous défendons évidemment le droit à l’autodétermination des populations colonisées et soutenons la revendication d’indépendance de ces territoires. Nous exigeons le retrait de toutes les troupes et installations militaires françaises. 

La nature des liens à établir entre ces territoires devenus souverains et les autres pays à l’échelle internationale doit être du seul ressort des populations locales. Nous considérons évidemment que la libération des liens coloniaux doit aller de pair avec la libération sociale. Car trop d’exemples existent d’États libérés du joug colonial pour retomber ensuite dans un nouveau, celui du néocolonialisme dans le cadre de la mondialisation capitaliste... Cliquer ici
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En débat


Laurent Lévy (page FB)


Laurent Lévy est membre d'Ensemble


S'il y une chose que l'on sait, lorsqu'on déambule à Cayenne ou à Saint-Laurent du Maroni, c'est que l'on n'est pas en France. Bien sûr, la Guyane est juridiquement française. Elle est un département, et aussi une région et une académie. On y parle généralement le français, mais la langue quotidienne de beaucoup de gens est plutôt le créole, quand ce n'est pas le saramaka, bosch ou boni. Difficile d'y ignorer le caractère colonial de la situation. Sans doute l’indépendantisme y est-il politiquement minoritaire, et constitue un long combat. Mais vous ne ferez pas croire aux guyanais-es qu'ils et elles sont des français-e-s "comme les autres". Et d'ailleurs, à supposer que des mouvement sociaux revendicatifs bloquent le Maine-et Loire, il ne viendrait à l'idée d'aucun homme politique de s'exclamer "le Maine-et-Loire, c'est la France" - même pour soutenir les revendications qui s'y expriment. C'est le genre de chose que l'on ne dit que dans une perspective colonialiste. 

Question par ailleurs : la souffrance et la colère d'un pays qui ne serait pas "la France" doivent-elles être entendues ? 

Et aussi
Cette déclaration de Mélenchon se met en contrepied, entre autres, de la centrale syndicale guyanaise UTG, en pointe dans l'actuel mouvement, qui, en juillet dernier, a rejoint LA CAMPAGNE 2016 DE DÉCOLONISATION À L'ONU https://blogs.mediapart.fr/edition/memoires-du-colonialisme/article/260716/lunion-des-travailleurs-guyanais-rejoint-la-campagne-2016-de-decolonisation... Voilà qui met encore plus au clair que le "patriotardisme" mélenchonien contredit le processus populaire guyanais. Là-bas, le discours "La Guyane c'est la France" est hors jeu ou plutôt sera rejoint par tout ce qui y combat la décolonisation, le processus enclenché à l'ONU ! Superbe le mélenchonisme bleu-blanc-rouge... (Antoine)

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