Montpellier. L'autoexclusion électorale comme conséquence de l'exclusion sociale...Comme réponse aussi !


 "Mais si la pratique politique n’est pas très élevée dans ces zones, le non-vote ou la faiblesse des scores du FN sont aussi le signe d’une culture politique"

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 Communiqué du Nouveau Parti Anticapitaliste 34 Le NPA 34 appelle à se rassembler au soir du 2nd tour des présidentielles avec toutes celles et ceux qui pensent que, quelle que soit l'issue du vote , les luttes doivent continuer.
Le NPA 34 prendra toute sa place sans attendre d'autres échéances électorales dans les initiatives et les mobilisations pour construire un autre monde débarrassé du capitalisme et de ses oppressions.
Rendez-vous dimanche 7 mai à 19h place de la Comédie Montpellier

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 Extraits. Dans ce quartier populaire, l’abstention a pris des allures de sanction, et devient même parfois militante et revendicative. Lors du premier tour, 40 % ne se sont pas déplacés. Face aux inégalités sociales, aux discriminations ou à l’état d’urgence, le risque FN n’effraie plus. 

Montpellier (Hérault), envoyée spéciale.-  Elle est redoutée par les uns, plébiscitée par les autres. Elle est aussi le bruit sourd de l’un des seuls moyens d’expression d’une partie des citoyens. À chaque élection en France, l’abstention est surveillée comme un indicateur de la bonne santé politique. Et dans les quartiers populaires, la vie politique a plutôt tendance à être souffrante.
La Mosson, plus communément appelée la Paillade, ne fait pas exception à la règle. 

Ce quartier populaire du nord-ouest de Montpellier a enregistré près de 80 % d’abstention dans certains de ses bureaux de vote aux dernières élections régionales. Un chiffre retentissant, au milieu des tours foisonnantes et des imposants blocs de bâtiments qui dessinent ce lieu miné par les inégalités sociales. Avec ses 27 000 habitants, la Paillade est une véritable ville dans la ville. Le tramway dépose ceux qui osent s’y aventurer, malgré les préjugés, pour le grand marché du samedi matin ou pour assister aux matchs de l’équipe de football. Mais les autres jours de la semaine, la mixité sociale peine à s’imposer, alors que le désenchantement politique, lui, envahit les esprits. 

Pour le combattre, cette année, une poignée d’adolescents a décidé de se mobiliser avant le premier tour de l’élection présidentielle. […] 

« On est partis d’un constat très simple : ici, les gens ne votent pas », dit l’un d’eux.

En cause notamment, les mensonges des élus, les déceptions diverses, la méfiance à l’égard de la politique, la méconnaissance des démarches électorales… […]

Ici, les bureaux de vote affichent un taux de participation autour de 60 %, contre 80 % à l’échelle nationale. […]

Si les jeunes se sont en partie mobilisés, la Paillade enregistre un taux d’abstention de 40 %, en hausse de dix points par rapport à 2012 pour le même scrutin. Le grand vainqueur, à la Mosson comme à Montpellier, se nomme Jean-Luc Mélenchon. C’est « le nouveau vote utile de la gauche », selon Emmanuel Négrier, chercheur en science politique à l’université Montpellier-I. Mais, « quelle que soit la beauté d’une campagne, on doit faire face à une loi sociologique immuable, explique le chercheur au CNRS : l’intégration politique dépend aussi de l’intégration sociale ». Or, celle-ci est fortement fragile, voire inexistante dans les quartiers populaires. Et l’abstention à la Mosson est plus élevée (d’environ dix points) que dans l’ensemble des zones urbaines sensibles (ZUS) de Montpellier.  

« On parle de zones où les niveaux de détresse et de précarité sociale sont les plus élevés, et les taux d’inscription aux listes électorales les plus faibles [ici, 11 321 inscrits, soit moins de la moitié de la population du quartier – ndlr]. Cela a forcément une incidence sur le vote », poursuit-il. Selon un rapport préfectoral rendu public en 2012, 31 % des habitants sont de nationalité étrangère (contre 11 % pour l’ensemble de Montpellier), 46 % des moins de 26 ans sont au chômage, 12 500 personnes vivent sous le seuil de pauvreté et 45 % de la population est sans diplôme. […] 

Le trentenaire a choisi de ne voter ni au premier ni au second tour, malgré le risque Front national. Le front républicain, à ses yeux, est profondément antidémocratique : on ne dicte pas aux autres ce qu’ils doivent faire, surtout lorsqu’il s’agit d’élections. « Et puis, qu’est-ce qu’elle peut bien nous faire, Marine ?, dit-il. Aujourd’hui, on est parqués dans des coins de la ville et ce n’est pas le FN qui a fait ça. » Et d’enchaîner : « On aurait peut-être plus de contrôles au faciès, plus d’injures raciales… Mais tant mieux ! Qu’on crève enfin l’abcès et qu’on cesse toute cette hypocrisie. Quand on va au travail et qu’on côtoie l’intolérance, on s’en doute bien. Là au moins, on saura à quoi s’attendre, car les gens montreront leur vrai visage. » 

Même son de cloche au centre commercial Saint-Paul. Mourad, Issam et Jamal sont peinés de voir à quel point les habitants du quartier sont abandonnés. Ils militent depuis de nombreuses années pour leur offrir un avenir meilleur, en vain. « On part avec des handicaps dès le début. Le vote n’y peut rien », soupire le trio. Ils se sentent pourtant pleinement citoyens et français. « Mais des Français de seconde zone, qui doivent se battre contre les différences de traitement », souligne Jamal, 28 ans. Pour eux, hors de question d’appeler à voter FN. Mais hors de question de lui faire barrage, alors qu’ils ne voient aucune différence entre la politique du PS et celle que souhaite mener Marine Le Pen. « Si le FN passe, ce ne sera jamais pire que maintenant !, dit l’un. Que ce soit le FN, le PS ou LR, ça ne nous touche pas. » « Dans tous les cas, on est jetés aux oubliettes et le racisme est bel et bien là. Ça ne fera que moins d’hypocrisie », complète un autre.

Un avis partagé par leur ami de longue date, Adil Soso. Abstentionniste convaincu, il n’a jamais voté à une seule élection. Quand on lui parle de démocratie, la réponse est cinglante : « Pardon, mais nous ne sommes pas en démocratie ici. Nous sommes en état d’urgence permanent. C’est d’ailleurs pour ça que le FN ne nous fait pas peur. » Si le parti d’extrême droite passe, Adil est malgré tout confiant, estimant que la gauche radicale se révoltera et luttera contre le fascisme. « Les abstentionnistes, je suis le premier à les comprendre, abonde Rabii Youssous, Pailladin et élu à la métropole – pourtant soutien du maire de Montpellier Philippe Saurel, lui-même soutien d’Emmanuel Macron. Moi-même, je ne sais pas pour qui voter ! Et quand on dit qu’avec la droite ou l'extrême droite au pouvoir, ce serait pire que maintenant, je ne suis pas d’accord. En tout cas pour les quartiers. Qui parle des quartiers dans son programme ? On ne s’interesse pas à eux, pourquoi les habitants devraient s’intéresser aux candidats ? » […] 

« Les politiques ont désinvesti les quartiers. Pour moi le vote, c’est le degré zéro de la citoyenneté », tranche Soufyan Heutte. Le trentenaire ne votera pas au deuxième tour, arguant de la nécessité d’un choc, d’un coup de pied dans la fourmilière. « Je n’espère pas la victoire de Marine Le Pen, mais je pense que son élection pourrait réactiver des solidarités, relier des pans différents de la société… à l’image des États-Unis avec Trump, poursuit-il. Si elle cherche à diviser, sa victoire produira l’effet inverse, c’est certain. Avec elle au pouvoir, les quartiers seraient davantage soutenus : non pas par les partis politiques, mais par l'ensemble de la société civile, qui ouvrirait enfin les yeux. » […] 

« C’est tout le paradoxe de la participation : ceux qui ont le plus d’intérêt à l’action publique sont ceux qui s’abstiennent, analyse le chercheur Emmanuel Négrier. Cela n’a rien à voir avec l’abstention individualiste, assure-t-il. Elle est davantage apathique : les habitants des quartiers se sentent exclus du système social et politique. La question du FN ne les préoccupe pas. D’où cette abstention qui caractérise parfois une forme de passivité, de nonchalance à l’égard de tout cela. Mais si la pratique politique n’est pas très élevée dans ces zones, le non-vote ou la faiblesse des scores du FN sont aussi le signe d’une culture politique. » L'intégralité de l'article, réservée aux abonnées de Mediapart est accessible ici


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