jeudi 15 juin 2017

"Féministes, nous nous insurgeons...


... contre l’instrumentalisation de notre combat par une classe dominante au service de ses intérêts xénophobes et oligarchiques."

 
Texte collectif.

Burkinis, cafés non mixtes, voile à l’université, harcèlement de rue… D’inlassables polémiques ne cessent de faire courir la même petite musique : le problème de la condition des femmes en France, ce serait l’islam ou les étrangers. Autant de tentatives de dédouaner nos hommes autochtones ou sévissant dans les beaux quartiers.

Pendant la primaire de la droite, où il ne fut pas besoin d’un quelconque voile pour souligner la quasi-invisibilité des femmes, ces messieurs ont vanté leurs valeurs laïques et féministes. Pourtant, rien sur l’ingérence politique de mouvements conservateurs comme la Manif pour tous et le très filloniste Sens commun. Rien sur celle du pape gendarmé contre la théorie du genre à l’école. Rien sur la participation de Jean-Frédéric Poisson à leur compétition, candidat ouvertement opposé au droit à l’avortement. Évidemment rien sur la publicité sexiste qui ne cesse de nous réduire à l’état d’objets sexuels, comme Yves Saint Laurent, ou qui promeut la culture du viol comme Bagelstein. Cliquer ici


  "Mieux vaut éviter de porter des robes, des jupes ou des décolletés dans tous les endroits très masculinisés, paramètre qui a tendance à accentuer un rituel de construction de l’identité virile par la violence, la domination et l’humiliation des femmes."



La mobilisation de Parisiens contre les trafics et le harcèlement de rue dans leur quartier du 18e arrondissement s'est muée en une accusation contre la population migrante et musulmane. Un phénomène comparable à d'autres situations d'hystérie collective nées de faits divers exagérés ou transformés.
Jeudi 18 mai, deux associations d'habitants du 18e arrondissement parisien mettent en ligne une pétition adressée au gouvernement et à la Mairie de Paris, titrée « La Chapelle & Pajol : les femmes, espèce en voie de disparition au cœur de Paris ». Elles y dénoncent le harcèlement de rue, le sexisme et l'insécurité dont elles sont témoins dans leur quartier du Nord de Paris – l'un des plus pauvres de la capitale, confronté de longue date aux trafics et qui cumule les difficultés sociales. Le soir-même, un article publié par une journaliste du Parisien rebondit sur les dénonciations des riverains et pointe clairement du doigt les coupables : « Des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes. » L'article mélange amalgames, imprécisions et généralités pour raconter le quotidien d'un quartier populaire dans lequel les femmes n'auraient plus « droit de cité » et dont les établissements leur seraient « interdits ». Cliquer ici

"Les paniques identitaires sont des outils idéologiques utilisés par une catégorie de ce que l'on appelle les entrepreneurs de morale, des personnes qui cherchent à en influencer d'autres pour qu'elles adhèrent à leurs idées. Cette catégorie des « entrepreneurs identitaires » fait de l'identité le facteur explicatif des problèmes dont il est question."

"Que ce soit à La Chapelle, Sevran ou avec le burkini, ils subvertissent des valeurs progressistes : le féminisme et la laïcité."

"Depuis les années 1980, on assiste à la construction d'une matrice pour l'accueil de ces paniques, qui a fait qu'au début des années 2000, les populations étaient prêtes à les recevoir. Nous n'avons pas identifié la première panique identitaire mais l'affaire du voile à Aubervilliers en 2003 fait office de précurseur. De là, les pouvoirs en place n'ont cessé de questionner la compatibilité de l'islam avec la République. À partir du moment où cette matrice d'interprétation a été soutenue au plus haut sommet de l'État, beaucoup de gens sont devenus convaincus qu'il existait un « problème musulman »."

 


 L’antiracisme institutionnel ? Un avatar consensuel de l’idéologie nationale-républicaine bien fait pour entretenir le mythe d’une France fidèle à ses valeurs comme à ses traditions supposées. C’est ce même avatar qui transforme des problèmes politiques, structurels et sociaux en enjeux purement éducatifs et moraux, et qui occulte ainsi la gravité des discriminations qui minent l’existence des habitants des quartiers populaires. Cliquer ici





NPA 34, NPA