mercredi 14 juin 2017

Montpellier.Salarié-es en lutte à l'HP.

Violentes agressions à l’hôpital psychiatrique de Montpellier :
les soignants mettent en cause le manque de personnel

C'est une réalité qui se généralise partout en France : du fait des lois Bachelot et Touraine, plus de 22000 postes et 16000 lits vont être supprimés dans les hôpitaux français. A l'hôpital psychiatrique de la Colombière à Montpellier, ce sont les soignants qui en font les frais au travers de violentes agressions de la part des patients. La semaine dernière, des salariés mobilisés ont envahi le CHSCT pour tenter de se faire entendre par leur direction.

Fracture du plancher orbital, entorse cervicale, marques de strangulation, hématomes et traumatismes : c'est ce qui guette au quotidien le personnel de l'hôpital psychiatrique de La Colombière, faute de disposer des effectifs et des lits suffisants pour accueillir les patients dans de bonnes conditions. La double peine, c'est qu'une fois l'agression vécue, c'est la croix et la bannière pour les personnes pour bénéficier d'une prise en charge médicale et judiciaire correcte, et ce malgré les protocoles censés encadrer les accidents.
De violentes agressions aux séquelles durables

Il y a quinze jours, ce sont deux infirmiers qui ont été violemment agressés : le premier a failli perdre son œil tandis que la seconde souffre de multiples hématomes, conséquences des coups de poings qu'elle a reçus. Aux urgences, après s'être vu diagnostiquer une fracture du plancher orbital, le salarié s'est entendu dire qu'il devait retourner travailler, et qu'il n'avait « qu'à ne pas se faire taper sur le même œil »... Il lui a ensuite fallu tenter plusieurs commissariats et gendarmeries pour réussir à faire enregistrer sa plainte. Quant à sa collègue, elle s'est également vu refuser le dépôt de plainte sous prétexte qu'elle n'avait pas de séquelle grave.
Cet accident n'est pas un événement isolé, les soignants en témoignent : à La Colombière, il ne se passe pas une semaine sans qu'une équipe soignante se prenne un coup – sans compter les innombrables agressions verbales. Les agressions n'atteignent pas toutes le même degré de violence ; mais combien en faudra-t-il pour que la direction prenne le problème à bras le corps ? Le 24 décembre, une infirmière se trouvant seule dans la pièce commune avait, pour sa part, été plaquée contre un mur par un patient, strangulée, puis frappée à coups de poings sur le thorax et dans le haut du cou. Mais un 24 décembre à 18h, il n'y a pas de médecin dans le service : la psychiatre de garde n'avait alors pas voulu se déplacer, ni pour venir voir le patient agité, ni pour ausculter l'infirmière agressée ou s'entretenir avec elle. Seule l'interne de garde était venue, mais elle ne pouvait pas établir de certificat d'arrêt de travail et d'accident de travail. C'est donc seulement le lendemain, 25 décembre, que l'infirmière s'est rendue aux urgences, sur son temps de repos, car trop la douleur au cou était trop intense. Diagnostic : entorse cervicale. Sous traitement à base d'opium et paracétamol, et équipée d'une minerve, la salariée s'est alors entendu dire par le médecin qu'il ne lui ferait pas d'arrêt de travail parce qu'elle était « en capacité de travailler », malgré la douleur et le traumatisme psychique... Une fois de nouveau au travail, c'est finalement la psychiatre de garde de La Colombière qui acceptera de délivrer à l'infirmière un certificat d'accident de travail avec arrêt de travail pour 15 jours ; avec les renouvellements, l'arrêt durera au total deux mois. L'infirmière portera la marque de la strangulation pendant un mois.
Normalement, chaque agression doit être signalée à la direction via une fiche d'évènement indésirable remplie sur l'intranet. Mais les agents, ne recevant pas de réponse, ou une réponse identique à chaque fois, ne le font même plus. C'est tout bénéfice pour la direction, qui peut alors se bercer de l'illusion que les agressions diminuent.
Travailler en hôpital psychiatrique condamne-t-il à subir ce niveau de violence ?
La Colombière est certes un hôpital psychiatrique, accueillant des hommes et des femmes en souffrance psychique, et dont certains peuvent de ce fait passer par des crises les amenant à être violents. La fréquence des agressions et le niveau de leur violence ne sont cependant pas une fatalité : la protection des personnels soignants passe ainsi par la qualité des soins dispensés aux patients. Mais en diminuant le nombre de postes tout en augmentant le nombre de patients accueillis, on peut évidemment s'attendre à une explosion des agressions.
Les services psychiatriques comportent en effet la particularité de disposer de chambres d'isolement ou d'apaisement, en service fermé, prescrites pour des patients qui le nécessitent. Ces patients sont vus deux fois par jour et peuvent à tout moment retourner dans leur chambre normale. Mais de plus en plus, les personnels soignants doivent admettre des patients en « surnuméraire », c'est-à-dire des patients supplémentaires admis sur les chambres normales des patients placés en chambre d'isolement. Pas besoin d'avoir fait l'ENA pour comprendre qu'il y a alors plus de patients que ce que ne le prévoient les lits disponibles et les effectifs soignants ; en outre, le fait que les patients en chambre d'isolement doivent alors y être maintenus alors qu'ils n'en nécessitent plus l'usage pose des problèmes d'éthique évidents. Tout cela augmente le risque de passage à l'acte et le niveau de tension psychique dans les unités fermés. Le problème vient donc bien d'un manque d'effectif et de moyens, et non d'une spécificité liée au travail en établissement psychiatrique.
Mobilisation des personnels : une première action qui doit montrer la voie
Jeudi dernier, à l'appel de la CGT, suivie par Sud et FO, c'est donc près de 80 travailleurs de La Colombière qui se sont réunis à 8h dans la cour d'honneur, puis ont envahi ensemble la séance du CHSCT afin de se faire entendre de la direction. Les revendications sont claires : arrêt du fonctionnement en surnuméraire, embauche de personnels pour revenir à des effectifs dignes de ce nom, meilleure formation des nouveaux soignants pour les accompagner de façon adéquate dans une période où la spécialisation psychiatrique a été réduite à peau de chagrin dans les formations initiales.
Les lois successives sur la santé ont déshumanisé le soin et sont en train de broyer tant les personnels hospitaliers que les patients. Mais la direction locale de La Colombière, en tant que décisionnaire, a aussi ses responsabilités. Jeudi dernier, elle s'est néanmoins contenté de maigres promesses. Rejetant toute idée d'embauches supplémentaires, la direction s'est engagée à faire le point sur les formations à suivre pour les personnels qui débutent dans le domaine, à renforcer la prise en charge par la médecine du travail et les possibilités de porter plainte, ainsi qu'à rappeler aux cadres, médecins et directeurs de garde que le surnuméraire doit être évité le plus possible, et à leur demander d'essayer de renvoyer les patients sur d'autres hôpitaux...
Il va falloir maintenant être vigilant quant à la mise en œuvre de ces annonces et à la mesure de ces résultats, et ne pas hésiter à durcir l'affrontement si les choses ne bougent pas.
Lise Carre, Bati D'Alandu et Dom Thomas. Correspondance NPA34