Notes d'introduction à l'article du Monde "Montebourg : un opposant farouche (re)devenu partisan des gaz de schiste"
Hier "démondialisateur" ardent avant de se découvrir mondialisateur hollando-compatible promouvant le "Made in France" (!), la veille pourfendeur de l'exploitation du gaz de schiste, bientôt procédant à un renversement total de position sur la question, Montebourg, par-delà l'artifice du fringant et décompléxé jeune loup ministériel, agitateur d'idées iconoclastes, se révèle être l'emblème parfait de son parti : l'incarnation du bougisme statique du PS qui le fait tourner à vide, de plus en plus de façon désordonnée, autour du même centre de gravité, depuis la mise sur orbite social-libérale des années 80 : les intérêts du capital.
Tournoiement que vient confirmer le tout dernier reniement annoncé par le compère Moscovici : il n’y aura pas la taxe sur les transactions financières pourtant promise pendant la campagne présidentielle... Le "maximaliste" Montebourg n'a pas encore réagi. Mais, dans une répartition synchrone des rôles, si le "minimaliste" Moscovici se couche devant les lobbies bancaires pour casser un projet de taxation financière au demeurant peu révolutionnaire, Montebourg, promptement redressé de son lamentable aplatissement à Florange, la joue chevau-léger d'autres lobbies, ceux de l'industrie pétrolière et gazière, en décochant le leurre d'une "compagnie publique et nationale d'exploitation". Le recadrage opéré par Ayrault "exclu[ant] d'exploiter des gaz de schiste en France" participe de la batterie des promesses appelées à gagner du temps. Les patrons savent qu'il faut faire avec cette stratégie socialiste "en crabe" qui, de Montebourg en Moscovici, laisse toujours espérer-désespérer, chez certains autres, que cela va se redresser à gauche alors que c'est le coucher à droite qui prévaut contre les vents et marées du discrédit auprès du peuple ! Double jeu que connaît par coeur le Medef réjoui alors qu'à gauche, même à la gauche de la gauche, il en est qui s'ingénient à l'ignorer en prétendant toujours recréer en douceur une unité à gauche...vraiment (PCF), quitte, pour d'autres (PG), à brutaliser quelque peu le PS par un pressing au remaniement gouvernemental : Jean-Luc Mélenchon est-il toujours partant pour intégrer une équipe ministérielle substituant le gris Ayrault par le vif-argent Arnaud ?
En cette avant-veille d'une incontournable mobilisation en défense des retraites, voilà une hypothèque qu'il serait bienvenu de lever en optant pour la construction d'une opposition sociale et politique frontale au gouvernement, en organisant les convergences nécessaires pour qu'une opposition de gauche vienne enrayer l'attentisme désabusé, voire le basculement vers l'extrême droite, de certaines fractions de la population subissant le plus rudement l'austérité socialiste-capitaliste ! Encore faudra-t-il éviter le piège électoraliste redoutable d'une union au premier, mais aussi "seulement" au second tour, des prochaines municipales avec les candidats socialistes carbonisés par l'orientation de "leur" gouvernement ...et quelques "affaires" ! Se retrouver en "fusion" de liste, même technique, avec ces gens-là, serait une invitation paradoxale à se tourner vers l'abstention ou vers un vote à droite ou à l'extrême droite; ou comment faire advenir ce que l'on prétend éviter ! Avec en prime le discrédit dramatique d'une gauche d'alternative prise au piège électoral de ce qui inévitablement apparaîtrait une manoeuvre politicienne d'alternance. Pensons un seul instant à l'effet que produirait une liste réunissant, au second tour à Montpellier, l'anticapitaliste du Front de Gauche Francis Viguié, contempteur, au premier tour, du fossoyeur de la régie publique de l'eau, le socialiste Jean-Pierre Moure, et ledit Jean-Pierre Moure, qui plus est, en haut de l'affiche !
Montebourg : un opposant farouche (re)devenu partisan des gaz de schiste
Le Monde.fr |
Par Elvire Camus et Jonathan Parienté
Lors de son intervention télévisée du 14 juillet, François Hollande a réaffirmé son opposition à toute exploitation des gaz de schiste.
Des propos qui sonnent comme un énième recadrage de son ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, qui redisait quelques jours plus tôt son souhait de rouvrir ce dossier.
Mais M. Montebourg a souvent changé d'avis sur la question : il a aussi
bien joué le rôle d'un détracteur farouche de cette "fausse bonne idée"
que celui du pragmatique qui ne peut pas écarter, en temps de crise,
les ressources supposées du sous-sol.
Les socialistes envisagent un temps de saisir le Conseil constitutionnel. Ils y renoncent finalement de peur que les Sages ne censurent la loi. Si tel avait été le cas, les permis qui avaient été accordés en 2010 seraient restés valables, sans restriction. Et le PS aurait dû en assumer la responsabilité politique. D'autant plus que la position défendue alors par le pouvoir UMP est très proche de celle de l'actuelle majorité.
Le groupe socialiste à l'Assemblée – alors dans l'opposition – dépose sa propre proposition de loi, qui va bien plus loin que celle votée quelques jours plus tôt. Ce texte, présenté par Arnaud Montebourg et d'autres députés, a pour but d'interdire toute "exploration et exploitation des hydrocarbures non conventionnels sur le territoire national". Et ce, quelle que soit la technique employée.
Car, détaillent les parlementaires PS dans l'exposé des motifs de la loi, "le texte adopté [par la majorité quelques jours plus tôt] n'interdit nullement l'exploration et l'exploitation d'autres hydrocarbures non conventionnels. Il interdit simplement la fracturation hydraulique. (...) Or, d'autres techniques existent et sont aussi impactantes pour l'environnement que la technique interdite par le texte. Il s'agit par exemple de la technique de 'fracturation pneumatique'". Et ces autres techniques ne sont pas interdites.
Malgré les votes des députés PS, et donc de M. Montebourg, la proposition de loi n'est pas adoptée.
Et la partie de son programme consacrée aux gaz de schiste ne souffre d'aucune ambiguïté. Il critique vertement cette "fausse bonne idée" et l'autorisation – annulée par la loi l'été précédent – accordée par Jean-Louis Borloo à la prospection. "Les coûts environnementaux d'exploitation d'une telle forme d'énergie, nichée à environ deux mille mètres sous la surface terrestre, sont pourtant considérables", déplore-t-il. Et le candidat à l'investiture socialiste de détailler l'"extraction très complexe et très partielle" de cette manne grâce à un "mélange de près de cinq cents produits chimiques", les risques de pollution des nappes phréatiques et l'impact de l'utilisation de cette énergie fossile sur le réchauffement climatique. Soit la batterie classique d'arguments des opposants à l'exploitation des gaz de schiste.
Ecartant la méthode de la fracturation hydraulique – "une position du gouvernement que nous partageons", M. Montebourg précise qu'il faut toutefois réfléchir "aux technologies suivantes", ajoutant "je crois qu'il faut s'y pencher un peu plus sérieusement". "Il faut avoir l'intelligence de regarder les problèmes dans les yeux et de les traiter ensemble", estime Arnaud Montebourg. Soit exactement la position de la majorité précédente.
Après la publication, le 5 novembre, du "pacte pour la compétitivité de l'industrie française" (PDF), qui prône effectivement la poursuite de la recherche sur les techniques d'exploitation des gaz de schiste, le gouvernement ferme pourtant, une nouvelle fois, la porte à une telle solution. "Cette proposition n'est pas retenue, la ligne édictée par le président de la République lors de la conférence environnementale reste inchangée", précise alors le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault. Les Verts saluent cette décision et en profitent pour rappeler leur "opposition ferme et résolue à la recherche et à l'exploitation des gaz de schiste".
Mais le débat n'est pas clos, et la confusion pas dissipée pour autant. Une semaine plus tard, lors de sa première conférence de presse, le 13 novembre 2012, le chef de l'Etat revient sur son refus catégorique, en n'excluant plus l'exploitation du gaz de schiste par d'autres moyens que la fracturation hydraulique. "La recherche est possible sur d'autres techniques que celle de la fracturation hydraulique", précise-t-il.
Après la déclaration de son ministre du redressement productif, Jean-Marc Ayrault rappelle qu'il est "exclu d'exploiter des gaz de schiste en France". Lors de son intervention télévisée du 14 juillet, François Hollande va plus loin en déclarant : "Tant que je suis président, il n'y aura pas d'exploration de gaz de schiste." Dans cet entretien, il parle bien de fin de l'"exploration" et non de l'"exploitation" des hydrocarbures non conventionnels. Le chef de l'Etat a ainsi fermé définitivement la porte aux gaz de schiste. A moins que son ministre du redressement productif ne lui fasse changer d'avis.
Elvire Camus
Journaliste au Monde
- Juillet 2011 : Montebourg présente et vote une proposition de loi contre toute exploration et exploitation des gaz de schiste
Les socialistes envisagent un temps de saisir le Conseil constitutionnel. Ils y renoncent finalement de peur que les Sages ne censurent la loi. Si tel avait été le cas, les permis qui avaient été accordés en 2010 seraient restés valables, sans restriction. Et le PS aurait dû en assumer la responsabilité politique. D'autant plus que la position défendue alors par le pouvoir UMP est très proche de celle de l'actuelle majorité.
Le groupe socialiste à l'Assemblée – alors dans l'opposition – dépose sa propre proposition de loi, qui va bien plus loin que celle votée quelques jours plus tôt. Ce texte, présenté par Arnaud Montebourg et d'autres députés, a pour but d'interdire toute "exploration et exploitation des hydrocarbures non conventionnels sur le territoire national". Et ce, quelle que soit la technique employée.
Car, détaillent les parlementaires PS dans l'exposé des motifs de la loi, "le texte adopté [par la majorité quelques jours plus tôt] n'interdit nullement l'exploration et l'exploitation d'autres hydrocarbures non conventionnels. Il interdit simplement la fracturation hydraulique. (...) Or, d'autres techniques existent et sont aussi impactantes pour l'environnement que la technique interdite par le texte. Il s'agit par exemple de la technique de 'fracturation pneumatique'". Et ces autres techniques ne sont pas interdites.
Malgré les votes des députés PS, et donc de M. Montebourg, la proposition de loi n'est pas adoptée.
- Automne 2011 : les gaz de schiste, une "fausse bonne idée"
Et la partie de son programme consacrée aux gaz de schiste ne souffre d'aucune ambiguïté. Il critique vertement cette "fausse bonne idée" et l'autorisation – annulée par la loi l'été précédent – accordée par Jean-Louis Borloo à la prospection. "Les coûts environnementaux d'exploitation d'une telle forme d'énergie, nichée à environ deux mille mètres sous la surface terrestre, sont pourtant considérables", déplore-t-il. Et le candidat à l'investiture socialiste de détailler l'"extraction très complexe et très partielle" de cette manne grâce à un "mélange de près de cinq cents produits chimiques", les risques de pollution des nappes phréatiques et l'impact de l'utilisation de cette énergie fossile sur le réchauffement climatique. Soit la batterie classique d'arguments des opposants à l'exploitation des gaz de schiste.
- Septembre 2012 : Montebourg veut "reparler" des gaz de schiste
- Novembre 2012 : "Ça mérite qu'on y réfléchisse"
Ecartant la méthode de la fracturation hydraulique – "une position du gouvernement que nous partageons", M. Montebourg précise qu'il faut toutefois réfléchir "aux technologies suivantes", ajoutant "je crois qu'il faut s'y pencher un peu plus sérieusement". "Il faut avoir l'intelligence de regarder les problèmes dans les yeux et de les traiter ensemble", estime Arnaud Montebourg. Soit exactement la position de la majorité précédente.
Après la publication, le 5 novembre, du "pacte pour la compétitivité de l'industrie française" (PDF), qui prône effectivement la poursuite de la recherche sur les techniques d'exploitation des gaz de schiste, le gouvernement ferme pourtant, une nouvelle fois, la porte à une telle solution. "Cette proposition n'est pas retenue, la ligne édictée par le président de la République lors de la conférence environnementale reste inchangée", précise alors le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault. Les Verts saluent cette décision et en profitent pour rappeler leur "opposition ferme et résolue à la recherche et à l'exploitation des gaz de schiste".
Mais le débat n'est pas clos, et la confusion pas dissipée pour autant. Une semaine plus tard, lors de sa première conférence de presse, le 13 novembre 2012, le chef de l'Etat revient sur son refus catégorique, en n'excluant plus l'exploitation du gaz de schiste par d'autres moyens que la fracturation hydraulique. "La recherche est possible sur d'autres techniques que celle de la fracturation hydraulique", précise-t-il.
- Juillet 2013 : vers un "gaz de schiste écologique"
Après la déclaration de son ministre du redressement productif, Jean-Marc Ayrault rappelle qu'il est "exclu d'exploiter des gaz de schiste en France". Lors de son intervention télévisée du 14 juillet, François Hollande va plus loin en déclarant : "Tant que je suis président, il n'y aura pas d'exploration de gaz de schiste." Dans cet entretien, il parle bien de fin de l'"exploration" et non de l'"exploitation" des hydrocarbures non conventionnels. Le chef de l'Etat a ainsi fermé définitivement la porte aux gaz de schiste. A moins que son ministre du redressement productif ne lui fasse changer d'avis.
Journaliste au Monde
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